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Continuer la lectureLa Cour européenne des droits de l’homme donne tort à Cyril Hanouna et C8
La juridiction strasbourgeoise a rejeté les recours déposés par la chaîne contre les sanctions infligées après des séquences sexistes et homophobes de Touche pas à mon poste.
Les dérapages sexistes et homophobes de Cyril Hanouna ne relèvent pas de la liberté d’expression. Tel est le verdict rendu aujourd’hui par la Cour européenne des droits de l’homme. La chaîne C8, après avoir été sanctionnée par le CSA (devenue aujourd’hui Arcom) pour deux séquences litigieuses de Touc...
Mais la justice européenne l’a renvoyée dans ses buts. Pour elle, « les séquences litigieuses ne sont porteuses d’aucune information, opinion ou idée; n’ont en aucune manière contribué à un débat d’intérêt général; sont attentatoires à l’image des femmes, et de nature à stigmatiser les personnes homosexuelles et à porter atteinte à la vie privée. Les sanctions prononcées contre C8 n’ont donc pas méconnu son droit à la liberté d’expression, eu égard à leur impact en particulier auprès d’un jeune public ».
L’arrêt souligne que « les séquences litigieuses, diffusées sur une chaîne commerciale, avaient pour objet d’obtenir l’audience la plus large possible afin de générer des recettes publicitaires ». Et rappelle que « C8, en particulier dans le cadre de l’émission Touche pas à mon poste, avait précédemment multiplié les manquements à ses obligations déontologiques et passé outre aux mises en garde et mises en demeures ».
Respect du droit des femmes
La première sanction contestée concernait une séquence où Cyril Hanouna demandait à sa chroniqueuse Capucine Anav de fermer les yeux, avant de lui prendre la main et de la poser sur son pénis. Le régulateur avait infligé une suppression de la publicité durant deux semaines. Selon lui, le passage méconnaissait « gravement » les obligations de respect des droits des femmes. En effet, il a « placé la chroniqueuse dans une situation dégradante et véhicule une image stéréotypée des femmes ». En outre, « ces images faisaient penser aux téléspectateurs que le consentement de la chroniqueuse n’était pas nécessaire ». Circonstance aggravante : la scène n’était pas en direct, mais enregistrée à l’avance, et C8 a « choisi délibérément » de la diffuser, manquant ainsi à son obligation de « maîtrise de l’antenne ».
Lors de la procédure, le CSA avait pointé la forte proportion de jeunes devant TPMP. Précisément, parmi le 1,5 million de personnes ayant vu ce passage, il y avait 16% de mineurs, dont 172.000 moins de 14 ans.
La chaîne TNT avait déposé un recours devant le Conseil d’Etat. Mais quatre associations féministes étaient venues soutenir le gendarme de l’audiovisuel : Osez le féminisme, Le collectif féministe contre le viol, l’Association de soutien à la fondation des femmes, et l’Association européenne contre les violences faites aux femmes. « TPMP a une prédilection pour la vulgate sexiste et homophobe. On fait du trash car ça fait du cash., avait déclaré leur avocat Cédric Uzan-Sarano lors de l’audience. Le mobile de ces dérapages sont les recettes publicitaires. Ce ne sont pas des dérapages, mais une stratégie commerciale«
C8 avait alors déjà argué - mais en vain - d’une « atteinte disproportionnée » à la liberté d’expression. « Cela rappelle les plus mauvais jours des parenthèses de notre République. On ne veut pas de ça chez nous » , avait tonné son avocat Emmanuel Piwnica lors de l’audience.
Finalement, les juges du Palais Royal avaient débouté la chaîne. Ils avaient relevé que Capucine Anav avait été « placée dans une situation dégradante et présentée comme habituelle », alors qu’elle était « en situation de subordination vis-à-vis de l’animateur et producteur », qui avait agi « par surprise et sans consentement préalable ». Pour eux, cette séquence « banalise des comportements inacceptables et susceptibles de faire l’objet, dans certains cas, d’une incrimination pénale ».
« J’aime bien quand on m’insulte ! »
La seconde sanction contestée par C8 devant la CEDH concernait un canular homophobe dans TPMP Baba hot line, une version de Touche pas à mon poste diffusée en soirée. On y voyait Cyril Hanouna poster une fausse petite annonce ainsi rédigée : « Homme recherche rencontre sans tabou. Jean-José, 1m85, très sportif et super bien monté, cherche relation courte ou longue selon le feeling, bisexuel, je vous invite à déjeuner, et qui sait, peut être qu’après, je vous dégusterai... PS : j’aime bien quand on m’insulte ! »
L’animateur avait ensuite pris une voix efféminée, puis échangé au téléphone avec plusieurs hommes intéressés par l’annonce, sans les prévenir qu’ils passaient en direct à l’antenne.
Diffusé le 18 mai 2017, le passage avait suscité un tollé, notamment auprès d’associations LGBT, qui avaient lancé un appel au boycott de TPMP suivi par beaucoup d’annonceurs. C8 avait alors totalement supprimé la publicité dans l’émission durant plusieurs jours, puis l’avait fait revenir au compte-gouttes. Au total, le manque à gagner avait été chiffré en interne à 7,5 millions d’euros.
Fait rare, Cyril Hanouna avait alors battu sa coulpe. « Ma liberté d’expression, celle que je chéris par-dessus tout et que je revendique comme mon emblème, a porté cette fois-ci atteinte à autrui. Je n’ai donc pas, pour cet instant, mérité ma liberté d’expression », avait-il écrit dans Libération. Il reconnaissait que certaines personnes étaient victimes de discrimination, et donc « avaient besoin de plus de précautions, de bienveillance et de soutien que d’autres ». Il promettait de se rapprocher d’associations LGBT « pour voir comment [s’engager] pour que recule l’insupportable exclusion. Pour que la différence cesse d’être une souffrance ». Enfin, il promettait de s’assagir : « mon souci premier a toujours été de ne jamais rire aux dépens du public. Dans ce cas précis, ça n’était pas le cas et cela ne se reproduira plus ». Et en effet, TPMP s’était alors assagi durant quelques mois…
Mais cela n’avait pas suffi à calmer le CSA, qui avait reçu 37 000 plaintes. Le gendarme de l’audiovisuel avait alors infligé une amende record de 3 millions d’euros. Pour lui, la séquence véhiculait « des stéréotypes stigmatisant » les homosexuels. En effet, Cyril Hanouna a « adopté une posture et une voix très efféminées et maniérées, visant à donner une image caricaturale des personnes homosexuelles. Il a encouragé les personnes ayant répondu à l’annonce à tenir des propos d’une crudité appuyée, afin de les tourner en dérision auprès du public. »
Pire : le régulateur a aussi estimé que l’émission portait atteinte à leur vie privée : « plusieurs victimes de ce canular téléphonique ont livré des informations personnelles, et se sont prêtées à des confidences intimes relatives à leur sexualité sans avoir été informées de la diffusion publique de leurs propos, ni consenti à une telle diffusion. Aucun procédé technique destiné à protéger leur identité et leur intimité afin d’éviter qu’elles puissent être reconnues, au moins par leur entourage, n’a été mis en place ».
Pour se défendre, C8 avait invoqué la liberté d’expression. « Le droit à la caricature est un droit fondamental, une manifestation de la liberté d’expression, a plaidé l’avocat de la chaîne, Ce personnage de Jean José, bien que caricatural, ne traduit, par lui-même, aucune homophobie. Considérer l’inverse condamnerait tout droit à la caricature : il ne serait ainsi plus possible de mettre en scène un personnage parlant créole, ou ayant l’accent belge ou africain, sous peine de stigmatiser. Ce serait une atteinte grave à la liberté d’expression et une régression de nos droits les plus fondamentaux ».
La filiale de Vivendi avait contesté la douloureuse devant le Conseil d’Etat, mais s’était faite à nouveau renvoyer dans ses buts. Pour la haute juridiction, cette image « caricaturale » des homosexuels encourageait « les préjugés et la discrimination à leur encontre ». Pire : les hommes appelés par Cyril Hanouna « ont été exposées au risque d’être reconnues par leur famille ou leur entourage. Elles n’ont pas consenti, ni même été avisées, de la diffusion des conversations ».
En particulier, une association de soutien aux homosexuels, le Refuge, avait alors déclaré avoir reçu un appel d’un des hommes piégés par Cyril Hanouna. L’intéressé avait affirmé que ses parents l’avaient reconnu dans l’émission, puis l’avaient chassé de chez lui. Toutefois, le Refuge avait avoué un an plus tard dans l’Express que l’appel désespéré avait été inventé de toutes pièces par un bénévole « fragile » de l’association. Fort de cette rétractation, C8 a alors demandé au CSA de revenir sur son amende, mais le gendarme de l’audiovisuel l’avait éconduit.
Pour mémoire, le CSA avait infligé à la même époque une suppression de la publicité durant deux semaines suite à une troisième séquence de TPMP, un canular où le chroniqueur Matthieu Delormeau assistait à un faux meutre. Cette fois, la sanction avait été annulée en appel, et le Conseil d’Etat avait condamné le CSA à rembourser le manque à gagner correspondant, le chiffrant à 1,1 million d’euros.
L’émission la plus délinquante du PAF
Depuis 2012, les émissions de Cyril Hanouna, à commencer par Touche pas à mon poste, ont fait l’objet de 9 sanctions (le rappel à l’ordre le plus élevé), 9 mises en demeure, et 7 mises en garde (le rappel à l’ordre le moins sévère) de la part de l’Arcom (ex-CSA).
2012 (année de diffusion de l’émission)
- mise en garde sur la publicité clandestine de Booba le 29 novembre 2012
2013
- mise en demeure sur la publicité clandestine dans l’émisison du 20 février 2013
2015
- mise en demeure suite aux propos d’Elie Semoun contre les trisomiques le 11 mai 2015
- mise en garde suite aux propos moqueurs et humiliants sur l’entrejambe d’un danseur mineur de l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris le 3 septembre 2015
2016
- mise en garde sur la gifle de JoeyStarr à Gilles Verdez le 19 avril 2016
- mise en demeure après le baisser du chroniqueur Jean-Michel Maire sur le sein d’une jeune danseuse, Soraya Riffi, alors qu’elle s’y oppose, dans Les 35 heures de Baba diffusée dans la nuit du 13 au 14 octobre 2016, confirmée en appel
- sanction (suppression de la publicité durant une semaines) suite au canular en caméra cachée fait à Mathieu Delormeau de TPMP ! la Grande Rasshrah du 3 novembre 2016, annulé en appel
- sanction (suppression de la publicité durant deux semaines) suite à l’émission du 7 décembre 2016 où Cyril Hanouna posait sur son sexe la main de la chroniqueuse Capucine Anav, confirmé en appel
2017
- sanction (3 millions d’euros) suite à une fausse petite annonce gay dans TPMP Baba hot line diffusée le 18 mai 2017, confirmé en appel
2018
- sanction (amende de 10.000 euros) pour avoir présenté des photos dénudées de Karine Ferri le 31 octobre 2018
2019
- mise en demeure sur le parrainage suite à la promotion de Skyline Airways dans La Grande Darka le 21 septembre 2019 et Touche pas à mon Poste le 23 septembre 2019
2021
- mise en demeure sur la publicité clandestine dans Touche pas à mon poste des 4 mars, 30 septembre, 7 octobre et 26 octobre 2021, et Le 6 à 7 des 30 septembre, 7 octobre et 26 octobre 2021
- mise en garde sur la protection des mineurs le 2 mars 2021
2022
- mise en garde suite à la diffusion de menaces contre un influenceur le 22 février 2022
- mise en garde suite à la diffusion de la vidéo d’agression d’une jeune femme le 9 mai 2022
- mise en demeure suite aux propos de Cyril Hanouna sur la peine de mort dans l’affaire Lola les 18, 19 et 24 octobre 2022
- sanction (amende de 3,5 millions d’euros) et mise en demeure suite aux propos tenus contre le député LFI Louis Boyard le 10 novembre 2022
- sanction (amende de 300 000 euros) suite aux propos tenus sur Anne Hidalgo le 5 octobre 2022
- sanction (amende de 120 000 euros) suite à la publicité clandestine de marques de vêtements, chaussures et bijoux les 4, 9 et 17 novembre 2022
2023
- mise en demeure suite au témoignange d’un mineur de 17 ans sur la récente reconversion dans la pornographie de ses parents le 31 janvier 2023
- sanction (amende de 80 000 euros) suite à la publicité clandestine de marques de vêtements, chaussures et bijoux les 24, 25 et 30 janvier 2023
- sanction (amende de 500.000 euros) et mise en demeure suite aux propos de Gérard Fauré sur l’adrénochrome le 9 mars 2023
- mise en garde suite à l’invitation de faux policiers de la Brav M le 31 mars 2023
- procédure de sanction en cours concernant les propos sur Joy Smet Hallyday le 30 janvier 2023
NB : l’article est régulièrement mis à jour avec les nouveaux rappels à l’ordre