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Continuer la lectureIl avait vendu de faux meubles au Château de Versailles, Bill Pallot rattrapé par le fisc
L’historien de l’art a reconnu avoir vendu de faux sièges contrefaits. Alors que l’affaire est toujours en cours d’instruction au pénal, il s’est fait épingler par les impôts pour activité occulte de marchand de meubles.
Comment un expert chargé d’authentifier des meubles d’époque se retrouve-t-il lui-même à en vendre des faux ? Cette position improbable a bien été celle de Bill Pallot, historien de l’art et galeriste spécialiste du mobilier du XVIIIe siècle connu et apprécié du tout Paris. Il a avoué auprès de la police avoir participé à un trafic de sièges contrefaits entre 2008 et 2012. Le principal client berné n’est autre que l’établissement public du château de Versailles qui a reconnu officiellement avoir acquis pour 2,7 millions d’euros de pièces frauduleuses dans cette affaire.
Embouteillage des tribunaux oblige, le faussaire attend toujours d’être jugé au pénal, à Pontoise. En revanche, il vient de l’apprendre, une autre bataille est d’ores et déjà perdue pour lui : son bras de fer avec le fisc. Car oui, l’éminent spécialiste ne s’est pas seulement fait pincer par la police, il a aussi écopé d’un contrôle fiscal et d’un redressement en 2017. Soyons précis : ce qui chagrine les limiers de Bercy, ce ne sont pas les transactions douteuses de Bill Pallot mais la façon dont il les a déclarées ! Comme un particulier, et non en tant que professionnel. Il est donc accusé d’avoir exercé une « activité occulte d’achat-revente de biens mobiliers ». La facture est salée puisqu’elle s’élève à 445 039 euros de rappels de TVA, ainsi que 1 154 274 euros de cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu, de prélèvements sociaux et de contribution sur les hauts revenus pour une période allant de 2008 à 2013. Il est vrai qu’un seul exemplaire de siège estampillé Louis Delanois lui aurait rapporté entre 70 000 et 80 000 euros et qu’il aurait écoulé huit meubles au total.
Notre homme a bien tenté de revoir à la baisse les sommes demandées et d’obtenir un sursis de paiement. Mais ses requêtes ont été rejetées par le tribunal administratif de Paris en septembre 2020, puis par la Cour administrative d’appel de Paris en mars 2022. Enfin, son pourvoi devant le Conseil d’État a été refusé début janvier. « Le pourvoi devant le Conseil d’État n’était pas suspensif donc cela ne m’a pas empêché de régler entièrement ce que je devais », nous assure toutefois le principal intéressé.
La lecture des décisions de justice ne manque pas de saveur puisqu’on peut y découvrir certaines déclarations étonnantes survenues lors de ses auditions par la police en juin 2016. Bill Pallot affirme ainsi avoir commandé à un artisan parisien ces meubles au départ « sans intention de les vendre » et avoir envisagé de les garder « pour son usage personnel ». Ce qui n’a pas convaincu l’administration. Le fisc relève aussi qu’il a tout encaissé sur ses comptes personnels dont un en Suisse, régularisé en 2011. Mais les impôts n’avaient pas connaissance à l’époque bien évidemment d’un tel trafic. Petite cerise sur le gâteau, Bill Pallot a demandé à bénéficier de la TVA déduite concernant des sommes réglées à un tapissier et un doreur qui auraient pourtant été payés... au noir. Il aurait enfin préféré que le fisc tienne davantage compte de ce qu’il a reversé à l’ébéniste, sans pouvoir pour autant justifier qu’il lui a bien cédé 50 % de son chiffre d’affaires.
Une personnalité incontournable du marché de l’art
Sympathique et jovial, Bill Pallot est un véritable personnage. Ce fils d’antiquaire né en Bourgogne s’est fait un nom avec son livre « L’Art du siège au XVIIIe siècle en France », qui fait toujours référence et qu’il a rédigé alors qu’il n’était encore qu’un étudiant en Histoire de l’art à la Sorbonne. Il a aussi longtemps donné des cours dans cette vénérable Université. C’est d’ailleurs l’un de ses élèves et admirateurs devenu marchand d’art, Charles Hooreman qui a révélé la supercherie des faux sièges.
Bill Pallot a été antiquaire, historien de l’art et expert en meubles et objets d’art pendant trente ans pour la célèbre galerie Didier Aaron. Un mélange des genres qui lui a permis à la fois de faire réaliser de faux sièges très crédibles mais aussi d’utiliser son réseau relationnel pour les écouler sur le marché. Il aurait ainsi cédé plusieurs chaises à la célèbre galerie Kraemer via l’expert Guillaume Dillée. Tout ce petit monde a été mis en examen par l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC) en 2016 et se déchire depuis. Afin de se rembourser, la société Kraemer a tenté sans succès de faire saisir des pièces de la collection personnelle que Bill Pallot a mis aux enchères en 2021 pour régler ses dettes fiscales. L’historien a répliqué par une procédure au Tribunal judiciaire de Paris pour réclamer sans y parvenir des dommages et intérêts.
L’expert a l’art de résumer cette affaire comme s’il avait été seulement pris le doigt dans un pot de confiture. « J’ai fait une connerie, je le reconnais, j’ai tout de suite avoué et assumé en collaborant avec la justice et la police », nous explique-t-il. « La première fois, je n’aurais jamais dû le faire, mais c’était plus comme un jeu et c’est passé comme une lettre à la poste », ajoute-t-il. Il semble s’être rapidement remis de son passage en détention provisoire qui a duré quatre mois, puis de son contrôle judiciaire. À 59 ans, il est de nouveau de toutes les mondanités parisiennes et fréquente aussi assidûment qu’avant l’hôtel des ventes de Drouot et Christie’s. « Quand on sort de prison, c’est toujours un peu difficile. Il a fallu rétablir la confiance. Mais je n’ai aucune interdiction sur le marché de l’art », fait-il observer. Bill Pallot a repris son activité de conseil auprès de clients et de décorateurs qui ont besoin de meubles et objets d’art anciens. « L’avantage », nous confie-t-il malicieusement, « c’est que cette affaire a été tellement médiatisée que ceux qui me contactent le font en toute connaissance de cause ».