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Continuer la lectureEric Tréguier, licencié de Challenges pour avoir revendiqué les droits du classement des « 500 fortunes »
Le journaliste a cédé les droits d’auteur qu’il pense posséder à une société détenue avec son épouse. Le journal, qui affirme être propriétaire du classement publié chaque année depuis 1996, entend porter plainte.
À qui reviendront les droits d’auteur du fameux classement des « 500 fortunes », vitrine du magazine économique Challenges depuis presque trois décennies ? Son coordinateur historique, Éric Tréguier, aurait pu tranquillement quitter la rédaction, après 27 ans de loyaux services lorsqu’il a confié à sa direction, en novembre 2022, vouloir prendre sa retraite d’ici peu. Mais cette séparation vire au pugilat. La raison ? Le fier papa du catalogue des plus grandes richesses françaises estime mériter d’importants droits d’auteur sur les futurs classements, dont il estime avoir « inventé la méthodologie ». En effet, il avait d’abord mis au point un premier classement de ce type en 1993 pour le Nouvel économiste. Cela se présenterait alors comme une redevance annuelle sur les revenus publicitaires des numéros dédiés aux 500 fortunes.
Sans trop de surprise, Éric Tréguier s’est heurté au refus catégorique de l’actionnaire - figurant d’ailleurs dans le classement depuis 2007 - Claude Perdriel, du directeur de la publication, Vincent Beaufils, et du directeur de la rédaction Pierre-Henri De Menthon, pourtant proche collaborateur depuis une vingtaine d’années. En contrepartie, une prime alléchante - plusieurs dizaines de milliers d’euros - lui a été proposée. Sans succès. Faute d’entente, l’ex-responsable du service « Finances privées » a cédé les droits prétendus à la société « Créaéditoriale », dont il détient 30 % du capital. Les 70 % restants appartenant à Anne Prigent… son épouse.
Tentative d’appropriation d’actif
Le conflit s’est sérieusement envenimé le 21 juin dernier, quand Challenges a reçu une lettre recommandée de ladite entreprise, lui annonçant qu’elle détenait désormais « les droits patrimoniaux d’auteur du classement des fortunes », cédé par le journaliste. « Cet agissement porte atteinte à notre société mais aussi au travail collectif entrepris », a regretté Pierre-Henri De Menthon dans un mail relatant les faits à l’ensemble de la rédaction.
Ce courrier a débouché sur une mise à pied conservatoire de Tréguier, impliquant une coupure nette des accès aux données du journal par sa direction, qui craignait que le rédacteur en chef adjoint, sur la touche, ne s’en empare.
Après avoir séché son entretien préalable, le journaliste a été licencié début septembre pour faute grave. Le motif ? « Tentative d’appropriation d’un des plus importants actifs de l’hebdomadaire », nous rapporte l’un des cadres dirigeants de Challenges. Loin d’être dénouée, l’affaire devra nécessairement passer par la case justice. Le journal, également détenu par Bernard Arnault - à hauteur de 40 % - devrait prochainement porter plainte au civil contre celui qui a alimenté ses colonnes près de trente ans. De son côté, le journaliste, près à en découdre, conteste son licenciement aux Prud’hommes. « J’ai l’intention de consacrer ces prochains mois à défendre ce qui me revient », explique celui qui a constitué deux équipes d’avocats spécialisés pour plaider sa cause.
Pendant ce temps-là, selon La lettre de l’Expansion, Eric Tréguier a été remplacé par Pascale Besses-Boumard, ancienne rédactrice en chef du mensuel Gestion de Fortune.
Article actualisé le 22 septembre à 17h25 avec une modification sur les exigences formulées par Eric Treguier ainsi que sa réaction.