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Continuer la lecture500 fortunes de France : match nul entre Challenges et le créateur du classement
Le journaliste Éric Tréguier et l’éditeur du magazine économique se disputent la propriété du palmarès des familles les plus riches de France. La justice vient de couper la poire en deux.
C’est le rendez-vous incontournable du mois de juillet. Chaque année, le magazine Challenges publie son classement des 500 plus grandes fortunes de France. Un moment crucial pour l’hebdo économique. D’une part, sa diffusion en kiosque explose, multipliée parfois par plus de huit. Et, d’autre part, la manne publicitaire coule à flot et les annonceurs jouent des coudes pour figurer dans ce numéro d’exception de plus de 360 pages (contre une centaine de pages en temps normal). Pourtant, il est aujourd’hui l’enjeu d’une féroce bataille entre son créateur et le magazine qui s’en disputent la propriété devant le tribunal judiciaire de Paris.
Un peu d’histoire. En 1994, Éric Tréguier, alors journaliste au Nouvel Économiste, a conçu une base de données savante permettant de classer les 400 premières fortunes françaises en fonction de leur patrimoine professionnel. Ce palmarès connaît un tel succès éditorial que Challenges l’embauche deux ans plus tard pour publier ce classement annuel. Leur collaboration va se poursuivre jusqu’en 2022. Cette année-là, Eric Tréguier compte partir à la retraite mais souhaite conserver la maîtrise du top 500 des plus grandes fortunes de France contre le versement d’une redevance calculée sur les recettes publicitaires du numéro spécial. À cette fin, il cède ses droits d’auteur sur cette base de données à la société Créaéditoriale dont il possède 30 % du capital (contre 70 % pour son épouse).
Sauf que l’éditeur de Challenges, Les Éditions Croque Futur, ne l’entend pas de cette oreille. Il estime en être le seul et unique propriétaire et sa réponse ne se fait pas attendre. En septembre 2023, la direction décide de licencier Eric Tréguier pour faute grave et, en parallèle, saisit la justice pour faire annuler la cession de cette base de données tout en lui interdisant de la commercialiser. De son côté, le journaliste conteste son licenciement et saisit les prud’hommes. Mais cette procédure était jusqu’ici suspendue dans l’attente de la décision du tribunal judiciaire finalement rendue le 4 juin dernier. Pourtant ce jugement risque fort de ne contenter personne. Car la cour a renvoyé les deux parties dos à dos. Selon elle, Les Éditions Croque Futur n’ont pas apporté la preuve suffisante « d’investissement financiers matériel ou humain substantiels pour la constitution, la vérification ou la présentation de la base de données ». Il ne peut donc « interdire Monsieur Tréguier et la société Créaéditoriale » de l’exploiter et de la commercialiser.
Pour autant, le journaliste n’a pas non plus réussi à faire reconnaître ses droits d’auteur. Car, selon le magistrat, si son « travail et savoir-faire (...) ne sont pas contestés et même reconnus, aucune originalité dans le choix ou la disposition des données (...) n’est établie, de sorte que ladite base de données n’est pas éligible à la protection par le droit d’auteur. » En effet, la Cour de justice de l’Union européenne reconnaît ce droit uniquement si le créateur y exprime sa « capacité créative » dans le choix ou la disposition des données et imprime ainsi sa « touche personnelle ».
Interrogé, le journaliste indique pourtant avoir fait preuve de créativité. « Il ne s’agit pas seulement d’un tableau constitué de colonnes de noms et de chiffres. J’ai développé une méthodologie unique en excluant le patrimoine personnel des grandes fortunes et en les sollicitant pour les faire réagir ».
Cette décision lui permet toutefois de débloquer deux dossiers importants pour la suite. D’une part, il va pouvoir proposer ce classement à d’autres magazines ou sites Internet. « Beaucoup de titres sont intéressés mais ils attendaient l’issue de ce procès pour lever tout risque juridique vis-à-vis de Challenges », précise-t-il.
D’autre part, sa saisine devant les prud’hommes va pouvoir reprendre. « Il n’y a pas eu de vol de la base de données puisque Challenges n’en n’est pas propriétaire et mon licenciement pour faute grave ne se justifiait donc pas, explique Eric Tréguier. Je suis donc confiant pour la suite ». En attendant, il publie une newsletter et des vidéos sur les réseaux sociaux, la Minute Riches.
Reste à savoir désormais si le magazine économique va faire appel de ce jugement alors qu’Eric Tréguier n’a pas encore pris sa décision. Contacté, Claude Perdriel, le dirigeant des Éditions Croque Futur, ne nous a pas répondu. Figurant à la 228e place du classement des Fortunes françaises avec 600 millions d’euros grâce à sa société de sanibroyeurs et de pompes SFA, il vient tout juste de recapitaliser son groupe de presse.