L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lecture« Djadja », « Pookie »… l’ancien producteur d’Aya Nakamura réclame des millions d’euros sur ses plus gros hits
Moussa Wagué revendique des droits sur 66 titres issus des premiers albums de la chanteuse. La star et Warner, son nouveau label, ne l’entendent pas de cette oreille.
Certains artistes peuvent rapporter gros. Très gros. Moussa Wagué, fondateur du label de musique indépendant Keyzit, l’a bien compris. « Quand je signe un artiste, je suis comme un club de foot, je pense déjà à son départ, racontait le patron en décembre dernier dans le podcast “ On fait les choses" ...
Retour en 2015. Aya Nakamura, de son vrai nom Aya Danioko, en est alors aux prémices de sa carrière. Elle a 20 ans, n’a sorti que trois morceaux, mais l’un d’eux, « Brisé », a déjà enregistré 13 millions de vues sur YouTube. En décembre 2015, elle signe avec Warner, par l’intermédiaire du label Loyal. La collaboration ne dure pas longtemps : quelques mois plus tard, elle se rapproche de Keyzit Labels, société de production de Moussa Wagué. Le 21 septembre 2016, elle signe un contrat d’artiste et un mandat de représentation avec la maison de disques indépendante.
La chanteuse enregistre 14 titres avec Keyzit Labels… Avant de retourner chez Warner. « Elle s’est assise en face de moi, elle m’a parlé les yeux dans les yeux, à moi et à mon équipe, se rappelle Moussa Wagué en interview. J’aurais pu faire le fou, parce que tout le monde sentait que la petite avait un truc, que ça allait péter et être le jackpot. J’aurais pu verrouiller….. Je lui ai dit D’accord, bonne route’. » Le 24 mai 2017, Aya Nakamura, Warner et Keyzit Labels s’entendent sur des protocoles transactionnels. Warner s’engage à racheter à la société de Moussa Wagué les droits d’exploitation sur les 14 enregistrements produits, qui figureront dans son premier album. L’artiste certifie alors à la major ne plus avoir d’accord avec Keyzit Labels.
L’affaire aurait pu en rester là. La chanteuse continue sa carrière avec Warner : en juillet 2017, elle conclut avec le géant de la musique un pacte de préférence - un contrat par lequel elle s’engage à lui proposer en priorité ses prochaines œuvres. Mais Moussa Wagué accuse alors la jeune femme d’avoir déjà signé un tel pacte avec sa société Keyzit Publishing, le 21 septembre 2016. Impossible d’en cumuler deux sur la même période, il en informe la major fin 2017.
Le désaccord persistant, en 2021, l’indépendant assigne Aya Nakamura, Warner et la Sacem devant le tribunal judiciaire de Paris, pour faire annuler le contrat qu’a passé l’artiste avec le géant du disque. Moussa Wagué veut être inscrit auprès de la Sacem en tant qu’éditeur des œuvres de la chanteuse sorties entre septembre 2016 et septembre 2021, et exige que lui soient reversés les droits d’auteur perçus par Warner sur ces titres. En attendant qu’une expertise chiffre précisément les montants concernés, il réclame d’ores et déjà à Aya Nakamura un premier versement de 2,5 millions d’euros à titre de provision.
En face, la star conteste avoir signé un pacte de préférence avec Keyzit Publishing. Pour démêler le vrai du faux, le juge mandate alors une experte en graphologie : elle conclut que la chanteuse est bien l’auteure des signatures sur les trois contrats, mais pas des paraphes.
Insuffisant pour Aya Nakamura et Warner. Assurant qu’elle n’est pas l’auteure des paraphes, la chanteuse fait valoir que les cinq premières pages ont pu être accolées à la dernière pour fabriquer un faux. Elle rappelle aussi l’absence d’homogénéité des signatures relevée par la graphologue. La célébrité demande à Keyzit Publishing 15 000 euros de dommages et intérêts pour « procédure abusive » et 35 000 euros de frais de procédure. De son côté, Warner réclame 10 000 euros pour procédure abusive et 30 000 euros de frais d’instance.
Le 2 mai 2025, le tribunal adopte les conclusions de l’experte : la signature est bien de la main de la star, ce qui suffit pour que l’acte soit considéré comme valide. Selon les magistrats, la chanteuse n’a apporté aucun autre document qui pourrait expliquer d’où viendrait cette page signée et rien ne prouve qu’il s’agit d’un montage. Les juges estiment donc que l’artiste est bien liée à Keyzit Publishing.
Ils donnent cependant raison à Aya Nakamura et Warner sur un point : le pacte de préférence de 2017 entre l’artiste et Warner est lui aussi valide, parce que la major n’avait pas connaissance du contrat passé avec Keyzit Publishing lorsqu’elle a signé avec la chanteuse. Aya Nakamura a fait appel de cette décision.
La question du montant du préjudice subi par Keyzit Publishing reste maintenant à trancher : l’éditeur a demandé à consulter les relevés de la Sacem pour connaître précisément les revenus générés par les titres. Et il pourrait s’agir d’un véritable pactole, puisque sur les 66 morceaux sur lesquels Moussa Wagué estime qu’il aurait dû avoir la priorité, on trouve les plus gros hits de la chanteuse : « Copines » (575 millions d’écoutes sur Spotify), « Djadja » (557 millions) ou encore « Pookie » (243 millions). Aya Nakamura et Warner se sont opposés à cette communication de documents, qui contiennent selon eux « des informations confidentielles et stratégiques » sur l’activité de la major. Mais le 3 avril dernier, bonne nouvelle pour Moussa Wagué : le juge a donné deux mois à Warner et à la Sacem pour lui communiquer les contrats, les redditions de compte et les relevés qui attestent des droits d’auteur perçus par la major. La demande de 2,5 millions d’euros de provision de Keyzit Publishing, en revanche, a été rejetée, faute d’élément permettant de chiffrer concrètement le préjudice pour l’instant. La société a cependant obtenu 8 000 euros de provision de la part d’Aya Nakamura pour ses frais d’instance.
Contactés par le biais de leurs avocats, respectivement Me Claire Prugnier et Mes Pierre Lautier et Hosni Maati, Aya Nakamura et Keyzit Publishing ne souhaitent pas communiquer à ce stade de la procédure. La Sacem, contactée via son avocat Me Vincent Varet, ne souhaite pas s’exprimer non plus.