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Médias - Culture

Nekfeu se fâche avec Anne Cibron, la manageuse des rappeurs stars

Celle qui gère la carrière de Booba et Orelsan réclamait une lourde somme à l’artiste. Elle a dû se contenter d’un maigre pécule.

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BERTRAND GUAY / AFP

Un véritable phénomène. Certifié disque de diamant avec plus de 500 000 exemplaires vendus, le premier album solo de Nekfeu intitulé Feu a marqué la scène française du rap. Encensé par la critique, l’opus sorti en 2015 contient notamment les tubes On verra et Princesse, mais aussi des duos avec S.Pri Noir, Alpha Wann et même Ed Sheeran. C’est alors la consécration pour l’artiste révélé dans les groupes S-Crew et 1995. Mais pouvait-il alors deviner que, des années plus tard, une bataille juridique ferait rage autour de l’album ?

Dès 2019, Louve, la société de la discrète manageuse Anne Cibron, assigne en effet le rappeur et sa société Seine Zoo devant le tribunal judiciaire de Paris. Reconnue pour gérer la carrière de figures du rap comme Booba ou Orelsan, la pointure du milieu se plaint de n’avoir perçu aucune commission sur le succès de l’album malgré un accord conclu fin 2014 avec Nekfeu pour s’occuper de sa carrière. Ses réclamations ? 15 % des revenus bruts de l’artiste et de sa société suite à l’exploitation de Feu ainsi que sur les bénéfices de la tournée qui a suivi. Elle demande en tout 440 000 euros de provisions en réparation de son préjudice matériel et moral ainsi que pour sa commission liée aux droits d’auteur.

« C’est cool si on bosse ensemble »

De son côté, Nekfeu et sa société nient avoir signé le moindre contrat de management ou mandat de représentation avec Louve. Ils reconnaissent tout juste des « missions de prestations de services pour la production exécutive de l’album », pour lesquelles ils proposent d’allouer 10 000 euros à Cibron. Selon cette dernière, Nekfeu et sa société « ont cherché à se délier de leurs engagements de manière injustifiée et déloyale […] après que l’essentiel du travail (l’enregistrement et le lancement de l’album) a été effectué avec succès et au moment où se négociait une tournée de spectacles très importante et très lucrative ».

Pour appuyer sa théorie selon laquelle un contrat aurait bien été conclu oralement entre elle et l’artiste fin 2014, la manageuse produit à l’audience un SMS envoyé suite à plusieurs rencontres entre eux : « C’est cool si on bosse ensemble », lui écrit alors le chanteur de Reuf. Insuffisant pour établir « la volonté ferme de Nekfeu de confier à Anne Cibron un mandat de représentation », estime le tribunal, qui rappelle qu’un « mandat doit être écrit et notamment préciser la ou les missions confiées et leurs conditions de rémunération ». Finalement, même si la société du rappeur soutient que l’aide de la manageuse « s’est résumée à des interventions désordonnées et sporadiques ayant généré un surcroît de travail et un coût supplémentaire », la juridiction alloue en mars 2022 18 000 euros ainsi que 4 000 euros de frais de justice à Cibron. Sont donc prises en compte ses missions de prestations, notamment en « participant activement à la stratégie de sortie commerciale de l’album Feu et en présentant l’artiste au PDG d’Universal mais également à Ed Sheeran pour l’organisation d’un featuring ».

« Je ne pense pas que si Feu n’avait pas marché, une telle procédure aurait eu lieu. »

Mécontente de la décision, la collaboratrice de Booba fait aussitôt appel, réclamant cette fois-ci 370 000 euros de provision pour réparation du préjudice matériel subi du fait de son absence de rémunération pour le travail accompli, ainsi que 50 000 euros en réparation de son préjudice moral. Devant la Cour d’appel, la manageuse énumère cette fois-ci les prestations relevant de ce qu’elle considère comme son management auprès de Nekfeu : elle aurait fait jouer ses contacts avec le directeur historique de la programmation de la radio Skyrock pour faire passer le premier titre du rappeur à l’antenne et organiser sa participation à l’emblématique émission Planète Rap. Elle aurait aussi corrigé ses biographies pour la presse ou encore initié et suivi les discussions avec Live Nation pour organiser sa tournée…

Mais une fois de plus, ses arguments ne convainquent pas la juridiction. Si la Cour estime bien que sa société à la qualité de producteur exécutif de l’album Feu, « aucun contrat de mandat de management […] n’a été établi ». Le premier jugement condamnant le rappeur et sa société à verser seulement 18 000 euros à Cibron est donc confirmé. Contactées, ni cette dernière ni son avocate ne nous avaient répondu à la publication de cet article. De son côté, le conseil de Nekfeu maître Jean-Marie Guilloux a salué une « bonne analyse de la cour, qui confirme qu’un contrat de management ne s’invente pas et doit être écrit ». Et d’ajouter : « je ne pense pas que si Feu n’avait pas marché, une telle procédure aurait eu lieu. »