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Médias - Culture

La série Narcos attaquée pour avoir utilisé la Ballade pour Adeline de Richard Clayderman

La série à succès de Netflix est poursuivie par Paul de Senneville, le compositeur du célèbre morceau. En cause, l’utilisation de la mélodie lors d’un passage violent d’un épisode de la saison 2.

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JOEL SAGET / AFP

C’est d’abord l’histoire d’un immense succès commercial. Composé par Paul de Senneville, le titre Ballade pour Adeline a lancé la carrière de son interprète, le pianiste Richard Clayderman. Sorti en 1976, le morceau comptabilise plus de 22 millions de ventes à travers le monde. En 2013, le musicien prend même la peine de réaliser un nouveau clip pour redonner une nouvelle vie au fameux air. On l’y voit se balader dans les rues de Paris, le regard rêveur… Changement d’ambiance. En 2020, la mélodie sert de fond à une scène de l’épisode final de Narcos : Mexico, série dérivée de la fameuse fiction relatant la traque de Pablo Escobar. Dans la scène en question, brutale et sanglante, l’un des protagonistes de l’intrigue est frappé à mort à coups de batte de baseball dans un centre commercial.

Deux millions d’euros réclamés

Ce choix artistique n’est pas apprécié par le compositeur du morceau, Paul de Senneville. Ce dernier s’indigne de l’utilisation de la ballade pour illustrer un moment aussi violent, et met en demeure trois sociétés américaines : les producteurs de la série Narcos productions et Gaumont television, ainsi que Regent music corp, chargé de gérer ses droits aux États-Unis. Rapidement, la musique est remplacée par Amor De La Calle du chanteur Octavio pour illustrer la scène litigieuse, mais pour de Senneville, c’est trop tard : le mal est fait.

Sur le sol américain une procédure concernant les droits patrimoniaux de l’auteur se solde par une transaction entre la société Regent et le compositeur en avril 2022. Mais en parallèle une autre affaire, centrée sur les droits moraux de De Senneville, a été lancée en France. Le compositeur en colère a attaqué les trois sociétés, indiquant que l’utilisation de sa chanson ne respectait pas l’esprit de son œuvre et la fragmentait. Le tout, sans le créditer au générique. À écouter l’artiste, son œuvre, du nom de sa fille, était « associée au romantisme, à la tendresse, à la pureté » et Narcos l’aurait renvoyée « à la violence, au meurtre et à la drogue, et même à l’apologie de ces phénomènes. » Pour l’ensemble de ces griefs, le compositeur réclamait deux millions d’euros aux trois sociétés. Un montant « excessif et injustifié puisque la musique a rapidement été retirée », estime pour sa part Judith Bouchardeau, avocate au Cabinet Borghese et conseil de la société Regent, ajoutant que l’œuvre avait déjà « été utilisée de façon bien plus polémique » dans d’autres productions audiovisuelles. Devant le tribunal, les sociétés Narcos et Gaumont ont détaillé les extraits en question. Une scène « montrant des hommes en slip dans une piscine posant de façon suggestive » dans un court métrage dans lequel des extraterrestres éradiquent les femmes sur terre pour fonder une société entièrement homosexuelle. Ou une séquence tirée d’un film, où une femme se suicide en présence de son fils.

Une association « à la violence, au meurtre et à la drogue »

En ce qui concerne l’absence de mention du nom de l’auteur de l’oeuvre au générique, Narcos et Gaumont ont mis en avant un « usage du secteur pour les séries ». Sur ce seul point, le Tribunal judiciaire de Paris a reconnu le 9 juin dernier une violation du droit à la paternité du compositeur. Mais au regard des deux millions demandés, la somme finalement accordée a de quoi décevoir : les trois sociétés ont été condamnées à lui verser solidairement 1 000 euros. Pour le reste, la juridiction a rejeté toutes les demandes de De Senneville, estimant que « l’accompagnement de la scène de meurtre litigieuse par Ballade pour Adeline ne [portait] pas atteinte à l’esprit de cette œuvre et ne [violait] donc pas le droit au respect de l’œuvre ». « Notre client est très satisfait de cette décision », se réjouit l’avocate de Regent. Le conseil de Narcos et de Gaumont n’a pour sa part pas répondu à nos sollicitations.

Depuis la prononciation du jugement, Paul de Senneville est décédé. Ses deux filles, désormais ayants droit de l’ensemble de ses réalisations, ont d’ores et déjà fait appel de la décision. Encore aujourd’hui, la chanson est présentée comme faisant partie de la bande originale de la série dans une vidéo Youtube intitulée « Soundtrack (S2E10) #44 | Balada para Adelina | Narcos : Mexico (2020) ». Dans les commentaires, un fan s’interroge sur l’absence de la chanson dans l’épisode disponible sur Netflix : « Quelqu’un sait-il pourquoi ils l’ont changée ? Est-ce que c’est courant ? [...] celle-ci est bien meilleure. » Voilà son interrogation résolue.

Contacté, le conseil des ayants droit de Paul de Senneville n’avait pas répondu à nos sollicitations à la publication de cet article.