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Médias - Culture

Chez Canal+, le cost killing sans fin de Vincent Bolloré

Depuis sa prise de contrôle par le milliardaire, l’état-major de la chaîne cryptée ne cesse de chasser les coûts, notamment en pressurant les fournisseurs. De quoi entraîner de multiples litiges et amendes de Bercy.

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RICCARDO MILANI / Hans Lucas via AFP

Ce lundi 16 décembre restera une date clé dans l’histoire de Canal+ : la chaîne cryptée rentre ce jour à la Bourse de Londres. Pour susciter l’enthousiasme des marchés, voilà des semaines que le groupe briefe les investisseurs sur le potentiel et la solidité de l’entreprise. Parmi ses arguments phare...

Dire qu’à son arrivée, en 2015, le milliardaire breton promettait des mille et des cents aux équipes. « Vous êtes formidables, j’ai de l’argent, on a du temps », lançait-il, le 12 novembre 2015, aux salariés réunis à l’Olympia, avant d’ironiser sur les craintes de certains : « Quand je lis les articles sur Canal+, j’ai l’impression de me retrouver dans une série télé où il y a un psychopathe qui est arrivé dans une pension de famille. Le psychopathe, c’est moi, la pension, c’est vous. Et le psychopathe tue régulièrement un certain nombre de gens…  » Dans son discours, l’industriel allait même plus loin et s’engageait à débloquer 2 milliards d’euros d’investissements, assurant qu’« il faut avoir le courage d’investir quand ça va mal ». Las ! Les employés ne verront jamais la couleur de cet argent : les capex (comme disent les financiers) ont au contraire baissé d’un quart, avant de se redresser.

En revanche, il en est un qu’ils ont - beaucoup - vu, c’est Michel Sibony, le « cost killer » attitré de Vincent Bolloré. Né à Sarcelles en 1966, cet ancien expert-comptable est rentré dans le groupe Bolloré en 2002 comme directeur des achats. Depuis, il est devenu un fidèle parmi les fidèles du patron, qui l’envoie immédiatement réduire les coûts après chaque nouvelle acquisition. Sous sa houlette, dès 2016, Canal a lancé un plan drastique pour réduire les dépenses de 300 millions d’euros par an, dont la moitié en coupant les budgets de programmes. L’objectif a ensuite été relevé à la hausse, pour être porté à 575 millions d’euros par an, dont 60 % dans les contenus. Soit au total 1,5 milliard d’euros. Une quête d’économies qui a touché aussi bien les costumes des journalistes que les décodeurs ou les contrats des agences de com’.

Mais cette cure drastique s’est avérée souvent à double tranchant, les méthodes musclées de Monsieur Sibony générant divers contentieux. Sa cible privilégiée ? Les fournisseurs. Son mot d’ordre ? Leur demander des baisses de tarifs de 20 %. Pour les convaincre, tous les moyens semblaient bons : retarder les paiements, ou même les suspendre. Mais, selon nos informations, l’âpre négociateur s’est fait rattraper par la patrouille, ce qui a coûté cher à Canal. La direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a effectué en 2017 un contrôle accablant dans trois filiales du groupe : la Société d’édition de Canal+, Multithématiques (éditeur des chaînes thématiques), et Canal+ International (filiales hors de métropole). Elle y a constaté un retard moyen dans le paiement des factures de respectivement 49, 82 et 75 jours. Celles payées au-delà du délai légal représentaient respectivement 16,5%, 6 % et 61 % de l’ensemble, soit une somme totale de 37 millions d’euros, et une retenue indue de trésorerie de 7,5 millions d’euros. Pour se défendre, Canal a bien assuré n’avoir aucune « intention de retarder volontairement le paiement de ses fournisseurs », et qu’il fallait « tenir compte de la complexité inhérente au flux de factures à traiter dans une grande entreprise ». Elle a prétendu que ces délais étaient dus aux fournisseurs eux-mêmes, qui envoient des factures erronées ou en retard.

Aucun de ces arguments n’a toutefois convaincu les services de Bercy, qui ont infligé trois amendes pour un total de 923 000 euros, soit quasiment le maximum prévu par la loi. Furieuse, la chaîne cryptée a contesté la douloureuse devant le tribunal administratif, puis la cour administrative d’appel, mais sans grand succès. « La société n’établit pas avoir mis en œuvre depuis ce contrôle des mesures visant à assurer le respect de la réglementation en matière de délai de paiement », ont pointé les juges, accordant seulement une réduction de 50 000 euros d’une des amendes.

Les chasseurs de pirates répudiés

Au-delà de la DGCCRF, une dizaine de fournisseurs non payés ou bannis se sont mobilisés : ils ont attaqué en justice Canal+, souvent avec succès, selon notre recensement (cf. encadré ci-dessous). On retrouve des chaînes de télévision distribuées dans ses bouquets (comme Eurosport) ou des opérateurs satellites comme Astra et Eutelsat, utilisés pour diffuser ses propres chaînes. Mais aussi le prestataire de tournages Euromedia : cette société a beau appartenir à de vieux amis des Bolloré, les Barry, elle a dû aller jusqu’au tribunal pour se faire payer.

Cette chasse aux coûts a valu au groupe de longues batailles avec des sous-traitants pourtant stratégiques. Ainsi, alors que la chaîne a fait du piratage son ennemi numéro un, chiffrant les pertes liées à 500 000 abonnés, elle a répudié deux spécialistes du sujet, Thirel et TMG, la société de Thierry Lhermitte (cf. ci-dessous). Et elle s’est retrouvée en conflit avec Nagra Kudelski, fournisseur du logiciel de cryptage de la chaîne depuis 1989. Là encore une histoire d’économies. En 2016, elle lui a demandé de revoir ses prix. Pour lui mettre la pression, elle a menacé de rompre le contrat, et s’est arrêtée de le payer, laissant 11 millions d’euros de factures en souffrance. Surtout, elle l’a attaqué devant le tribunal de grande instance de Paris, lui réclamant pas moins de 196 millions d’euros, pour avoir laissé passer une faille logicielle baptisée Gowwdiak et « tirer du contrat avec Canal+ un profit excessif, déloyal et contraire à la bonne foi ».

Ce coup de pression a mis l’éditeur de logiciels dans une situation délicate. En effet, Canal+ était un de ses plus importants clients : il représentait alors 55 % du chiffre d’affaires de sa filiale française, soit près de 30 millions d’euros par an. Devant le tribunal, la société suisse a expliqué : « la suspension du paiement des factures n’est qu’une intimidation visant à mettre Nagra en situation de dépendance économique et de le contraindre dans le cadre des discussions en cours ». Finalement, Nagra a accordé une ristourne d’au moins 14 millions d’euros, et annoncé début 2017 un nouvel accord-cadre pluriannuel avec Canal, qui de son côté a renoncé à sa plainte à 196 millions. Le montant du nouveau contrat n’est pas connu. Mais, juste après ce clash, la filiale française a perdu 30 millions d’euros de chiffre d’affaires, et a dû mener en 2018 un plan social avec la suppression de 50 postes.

Match de box

Ce cost killing assumé a aussi eu un impact sur les décodeurs. Les investissements dans ces appareils ont chuté de moitié, passant de 100 à 50 millions d’euros entre 2014 et 2017. Leur rôle est pourtant clé : ils sont loués aux abonnés satellite et TNT, et finissent par rapporter plus qu’ils ne coûtent, générant près de 200 millions d’euros de revenus par an.

Le lancement du G9, permettant d’afficher des images en ultra haute définition (UHD), a dû être repoussé à cause d’un bras de fer financier avec son fournisseur, Technicolor. L’appareil a finalement été commercialisé en janvier 2018, avec quasiment deux ans de retard. Suite à cela, la chaîne cryptée a attaqué en justice Technicolor, lui réclamant 200 millions d’euros de dommages, selon nos informations. À l’appui, elle affirmait que l’indisponibilité du G9 avait entraîné une insatisfaction de ses clients, et contrarié son plan de remplacer tout son parc de décodeurs pour lutter contre les désabonnements, causant ainsi une « perte majeure » d’abonnés.

Mais pour Technicolor, ces délais sont en réalité dus à un conflit sur le prix d’achat des terminaux. Certes, un tarif avait été négocié dans une lettre d’intention signée fin 2016 : 86,74 dollars pour l’année 2017, puis 84,11 dollars ensuite. Mais trois mois plus tard, l’ex-Thomson a expliqué vendre à perte ses boîtiers en raison de l’envolée soudaine du prix des mémoires vives (DRAM). Il a alors demandé à revoir à la hausse le tarif. Face au refus de Canal+, il a résilié l’accord passé. La filiale de Vivendi a alors demandé à la justice de forcer son fournisseur à reprendre les livraisons au prix fixé initialement. À l’appui, elle a produit notamment 23 messages d’abonnés postés sur le forum internet de la chaîne se plaignant du retard du décodeur. Mais le tribunal de commerce de Nanterre l’a déboutée en référé fin 2017. Malgré ce revers, le lancement commercial du G9 a été maintenu un mois plus tard. Canal a alors accepté une hausse de prix (allant jusqu’à 107 dollars pièce) jusqu’à ce que la cour d’appel lui donne raison fin 2018, et ordonne à Technicolor de respecter les prix initiaux. Fin de l’histoire ? Pas vraiment. Canal+ refuse toujours de payer 244 868 appareils pourtant livrés, et Technicolor lui réclame à ce titre 17 millions de dollars. La chaîne contrôlée par la famille Bolloré a donc riposté en demandant des dommages. Surtout, le constructeur a cessé les relations commerciales avec ce client difficile.

Canal+ a donc dû se tourner vers d’autres fabricants. Difficile de faire appel à Pace, filiale d’Arris, qui avait fourni la génération précédente, le G5, car, là encore, un procès opposait les anciens partenaires devant le tribunal de commerce (cf. ci-dessous). Finalement, les décodeurs proviennent aujourd’hui du coréen Humax et du français Sagemcom, fabricant du G11 surnommé Global one. Mais, avec ce dernier aussi, les relations ont tourné au vinaigre. Selon nos informations, Sagemcom, après s’être plaint à plusieurs reprises de ne pas être payé, vient d’attaquer Canal+ devant le tribunal de commerce de Paris, réclamant 8 millions d’euros pour rupture brutale et déséquilibre significatif des relations commerciales.

Contactés, Canal+ n’a pas répondu, tandis que Nagra Kudelski s’est refusé à tout commentaire.

Les litiges entre Canal+ et ses fournisseurs

  • Technicolor

Fin 2015, Canal lance un appel d’offres pour un contrat de 3 ans, prévoyant de premières livraisons en 2016, puis une commande en 2017 de 550 000 à 1,1 million de décodeurs (des G9 pour la France métropolitaine et des G9 light pour la Pologne). L’appel d’offres stipule que les candidats doivent proposer des prix « fixes, fermes et définitifs ». Technicolor répond en faisant une observation sur la clause de révision des prix des décodeurs. En décembre 2016, une lettre d’intention est signée avec Technicolor, prévoyant la livraison en 2017 de 20 000 G9 et 20 000 G9 light. Entre janvier et juillet 2017, Canal commande plus de 150 000 G9 et 100 000 G9 light à son prestataire qui exécute les commandes sans réserve.

En février 2017, Technicolor demande à revoir à la hausse le tarif négocié. En octobre 2017, le constructeur résilie le contrat avec un préavis de trois mois, c’est-à-dire un arrêt des livraisons en janvier 2018. Canal saisit en référé le tribunal de commerce de Nanterre, lui demandant de reprendre les commandes au prix fixé, à raison de 25 000 G9 par mois. Le tribunal déboute Canal le 15 décembre 2017, le dommage n’étant pas jugé imminent.

La chaîne lance le G9 light en Pologne le 7 novembre 2017, puis le G9 en France le 18 janvier 2018. Canal commande alors des décodeurs à un tarif supérieur (en octobre 2018, 107 dollars pièce).

Mais en parallèle, la filiale de Vivendi poursuit le combat et fait appel. En décembre 2018, la cour d’appel de Versailles suspend la résiliation du contrat, et ordonne alors à Technicolor de livrer au prix initial jusqu’à 25 000 G9 et 10 000 G9 light. L’équipementier se pourvoit en cassation, mais en vain.

Au final, Technicolor a livré 1,1 million de G9 et G9 light, dont 226 558 n’ont pas été payés, ainsi que 18 310 décodeurs Z3. En octobre 2019, il réclame devant le tribunal de commerce de Nanterre 17,2 millions de dollars pour factures impayées.

De son côté, Canal demande 200 millions d’euros de dommages à son fournisseur devant le tribunal de commerce de Nanterre, en se basant sur une évaluation du cabinet Sorgem. En octobre 2021, le tribunal de commerce de Nanterre a rendu une première décision, jugeant que « Technicolor a commis une faute en résiliant la lettre d’intention et en ne respectant pas les engagements pris », et ordonné une expertise pour chiffrer les dommages subis par Canal+.

En décembre 2020, le fabricant lance une procédure similaire devant le Tribunal de district de Varsovie, réclamant plus de 3 millions de dollars supplémentaires.

  • Pace (filiale d’Arris)

En 2008, Canal conclut un contrat-cadre pour la fourniture des décodeurs G5 avec Pace, qui livre près de 2,5 millions d’appareils jusqu’en 2015. Des défauts apparaissent affectant différentes fonctions. Concernant le module WiFi, un accord amiable est signé en 2015. Concernant les afficheurs et l’alimentation des décodeurs, Canal+ demande 24 millions d’euros de dommages devant le tribunal de commerce de Paris en 2019. Parallèlement, Canal+ Overseas cesse de payer les factures de Pace. En 2021, un accord amiable met fin au litige.

  • Eurosport

Le contrat de distribution d’Eurosport en exclusivité par Canal+ prévoyait que la filiale de Vivendi verse 30 millions d’euros pour l’année 2018. En juin 2015, Canal+, en contrepartie d’une extension de l’exclusivité, accepte de verser 11,5 millions d’euros supplémentaires.

En 2018, la filiale de Vivendi cesse de payer la quasi-totalité des redevances durant deux mois (soit 8,8 millions d’euros) en invoquant trois motifs. D’abord, Eurosport a diffusé des matchs de la coupe de France de football via son service web Player et non sur sa chaîne linéaire. Ensuite, le patron d’Eurosport a évoqué Player dans une interview à l’AFP, ce qui est considéré comme une promotion de ce service interdite par son contrat avec Canal+. Enfin, la chaîne sportive n’aurait pas informé Canal+ de la perte de « droits clés » (sic) : coupe du monde de football féminin, coupes du monde de saut à ski, combiné nordique, ski alpin et snowboard. Eurosport saisit alors la justice, arguant que les reproches de son partenaire sont « inexistants, totalement véniels et insusceptibles de justifier que Canal+ retienne 74 % des sommes dues ». Mais le tribunal de grande instance de Paris déboute la filiale de Discovery, jugeant l’affaire trop complexe pour être jugée en référé.

Puis en 2020, lors du covid, comme de nombreuses compétitions sportives sont suspendues, Eurosport ne les diffuse plus. Canal+ cesse de le payer en partie entre mi-mars 2020 à mi-mai 2020. En 2021, Eurosport saisit le tribunal judiciaire de Paris. En 2022, un accord amiable met fin au litige.

  • M6

M6 détenait une filiale de télé-achat baptisée Home Shopping Service, qui produisait l’émission M6 Boutique et éditait la chaîne thématique M6 Boutique. Canal+ distribuait la chaîne, et recevait à ce titre des commissions. Mi-2020, M6 revend Home Shopping Service au groupe Stars. En 2023, Home Shopping Service dépose le bilan, laissant auprès de Canal+ une ardoise de 584 571 euros correspondant aux redevances des années 2019 et 2020, période où M6 était encore propriétaire. N’étant pas payé par le nouveau propriétaire, Canal+ se retourne vers M6. Canal+ décide unilatéralement de déduire cette somme impayée des redevances versées à M6 pour distribuer ses chaînes thématiques (Canal J, Tiji et RFM TV). En 2024, M6 saisit la justice, mais en vain. Le tribunal de commerce de Nanterre a jugé l’affaire trop complexe pour être jugée en référé.

  • Nagra Kudelski

Début 2016, Canal+ demande à renégocier le contrat la liant à Nagra Kudelski, jugeant « dépassé son modèle économique basé sur un coût de location des clés de chiffrement ». Parallèlement, elle cesse de payer ses factures en mars 2016. Nagra saisit le tribunal de grande instance de Paris, réclamant 11 millions d’euros. Finalement, Nagra effectue une remise de 14 millions d’euros, Canal+ paye 8 millions d’euros, et le TGI condamne Canal+ à payer 4,5 millions d’euros de factures encore en souffrance. Pour le tribunal, « la suspension décidée unilatéralement des paiements par le Groupe Canal+ est intervenue dans un contexte de négociation d’un nouveau contrat. Ce choix stratégique était donc destiné à faire pression sur Nagra dans le cadre de ces négociations ».

Parallèlement, Canal+ réclame à Nagra 196 millions d’euros devant le tribunal de grande instance de Paris, avant de retirer cette procédure un mois plus tard.

  • Thirel

Depuis 2008, Thirel était chargé de surveiller - notamment sur internet - les systèmes permettant de pirater Canal+, puis de les analyser et de les tester. Un de ses hommes clés était le hacker allemand Oliver Koemmerling (ou Olivier Kömmerling). Selon les années, Canal Plus versait entre 2,5 et 3,1 millions d’euros par an.

Mais en 2015, la chaîne cryptée rompt le contrat qui courait encore jusqu’à mi-2018. Thirel a saisi la justice, réclamant 11 millions d’euros. Finalement, le tribunal de commerce lui accorde 3,1 millions d’euros. Pour les juges, « Canal Plus n’apporte pas la preuve que le montant des prestations facturées était manifestement disproportionné alors qu’il a été librement négocié. Les contrats venaient d’être renouvelés [en janvier 2015] à la satisfaction de Canal Plus. Et la recherche de preuves est postérieure à la résiliation. Ainsi, la rupture unilatérale des contrats avant terme n’est pas justifiée : elle est abusive et constitue une faute".

  • TMG

Start-up nantaise (dont Thierry Lhermitte est un petit actionnaire), TMG récolte sur le web les adresses Internet (IP) des pirates. TMG travaillait depuis 2006 pour StudioCanal et depuis 2012 Canal+. En 2016, ce contrat lui a rapporté 308 215 euros, avec une marge brute très élevée (93 %). Cela représentait 17 % de son chiffre d’affaires total. En 2016, Canal+ signe un nouveau contrat avec TMG, avant de le dénoncer moins de deux semaines plus tard. TMG saisit alors la justice, réclamant 415 000 euros de dommages pour « rupture brutale des relations commerciales« . En 2019, le tribunal de commerce de Paris lui octroie 70 563 euros, jugeant que le préavis d’un mois accordé était trop court.

  • EuroMedia

En 2016, Canal+ veut renégocier ses contrats avec Euro Media, qui assure le tournage de plusieurs émissions (la Grosse émission…), et de rencontres sportives (tennis…), et parallèlement a cessé de payer les factures. Euro Media saisit en référé le tribunal de commerce de Nanterre, qui rend une série de six jugements ordonnant à Canal+ de payer un total de 4,2 millions d’euros, avec intérêts de retard, indemnités de recouvrement et frais de justice. Pour le tribunal, « Canal+, parallèlement aux discussions entre les parties sur l’évolution du contrat, n’a pas respecté, de manière réitérée, ses engagements de délai de règlement figurant au contrat, obligeant Euro Media à recourir à une action en référé à deux reprises ». Trois premières condamnations sont prononcées en juin 2016. Canal+ tardant encore à sortir son carnet de chèques, le tribunal ajoute dans les trois condamnations rendues le mois suivant une astreinte de 10 000 euros par jour de retard en cas de non exécution. Parallèlement, Euro Media accepte de réduire ses tarifs.

  • SES Astra

Canal+ utilise les satellites Astra pour couvrir notamment la France. En 2016, Astra a réclamé devant la justice néerlandaise le paiement de 7,5 millions d’euros d’impayés, mais a perdu.

  • Eutelsat

Canal+ utilise les satellites Eutelsat pour sa filiale polonaise NC + et pour sa filiale à l’île de la Réunion. En 2016-17, Canal+ cesse de payer, laissant une ardoise de 9 millions d’euros. Suite à des mises en demeure et des menaces de couper le signal, une partie des factures sont payées.

Fin 2016, Canal Plus et NC + attaquent Eutelsat devant le tribunal de commerce de Paris, réclamant 15,5 millions d’euros de dommages, pour « abus de position dominante, abus de dépendance économique, entente anticoncurrentielle, prix excessifs, relation économique significativement déséquilibrée, refus de renégociation du contrat, durées excessives des contrats »… En 2018, un accord amiable met fin au litige.

  • Balthaz’Arts & Co

Canal+ avait conclu avec l’agence de stylisme Balthaz’Arts & Co un contrat pour fournir les costumes des journalistes et consultants de ses émissions sportives, pour un prix de 175 000 euros par an. Suite au covid de 2020, Canal+ ne paye pas l’agence durant trois mois (avril, mai, juin), soit 57 436 euros, au motif que les émissions sportives sont réduites, voire suspendues durant la période. Balthaz’Arts & Co saisit alors le tribunal de commerce de Nanterre, qui en 2024, condamne Canal+ à payer les factures contestées, plus les pénalités de retard et les frais de justice.

  • Camly

Camly, agence de communication graphique, concevait et fabriquait les packages des décodeurs de Canal+, ainsi que la publicité dans les grandes enseignes qui commercialisent la chaîne (Boulanger...). Canal+ était son principal client, représentant jusqu’à 72 % de son chiffre d’affaires en 2010. À la fin des années 2000, Canal+ réduit progressivement ses commandes, passant de 1,5 million d’euros en 2009 à 171 969 euros en 2014. En 2014, la filiale de Vivendi cesse toute commande. Camly a dû licencier une partie de ses effectifs.

Camly saisit alors le tribunal de commerce pour « rupture brutale des relations commerciales », réclamant 455 000 euros, pour être déboutée en 2017. Camly fait appel, et réduit ses demandes à 138 000 euros, obtenant finalement  20 000 euros. La cour d’appel estime que la chaîne cryptée a rompu les relations commerciales sans aucun préavis, alors qu’elle aurait dû accorder un délai de trois mois.

  • The MarketinGroup (filiale d’Intelcia) 

En 2009, Canal+ a confié à The MarketinGroup (filiale d’Intelcia) un contrat de marketing téléphonique par appels sortants. Ce contrat s’élevait à environ 5,5 millions d’euros par an, (soit 19 % du chiffre d’affaires de The MarketinGroup), avec une marge brute de 35%. En 2016, Intelcia annonce son rachat par le groupe Altice de Patrick Drahi, qui détient aussi SFR. Canal+ décide alors de rompre le contrat, au motif qu’Altice est un de ses principaux concurrents sur le marché de la télévision payante en France. Intelcia saisit alors le tribunal de commerce de Paris, réclamant 10,4 millions d’euros « rupture brutale des relations commerciales », plus 1,2 million d’euros pour factures impayées. Canal+ finit par payer les factures, mais obtient gain de cause sur la rupture du contrat, en première instance comme en appel. Pour les juges d’appel, « l’externalisation du service clientèle de Canal+ chez The MarketinGroup par les relations commerciales en cause faisait de The MarketinGroup le dépositaire du fichier clients de Canal+ à une période de forte concurrence entre Canal+ et Altice. Le rachat par Altice d’Intelcia et donc de The MarketinGroup empêchait désormais Canal+ de transmettre ces informations confidentielles, relevant de sa stratégie commerciale, en toute sécurité ».