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Continuer la lectureAddy Bakhtiar : la descente aux enfers de l’ex-roi des nuits parisiennes
Autrefois magnat du monde de la nuit, l’homme d’affaires connaît aujourd’hui de lourdes difficultés financières, a été interdit de gérer une entreprise et s’est brouillé avec la majorité de ses ex-associés. Récit d’une ascension fulgurante… suivie d’une chute vertigineuse.
« J’ai été très vite, trop vite peut-être. » Attablé à un café branché du 10e arrondissement de Paris, Addy Bakhtiar peine à faire son autocritique. Du début des années 2000 au milieu des années 2010, l’homme s’est imposé en incontournable des nuits parisiennes, à la tête de nombreux établissements p...
Selon nos informations, l’ancien chouchou du gratin parisien a été placé en faillite personnelle près de 10 fois par le tribunal de commerce de Paris et se retrouve ciblé par plusieurs redressements fiscaux. Au fil des années, il a enchaîné les banqueroutes, du B.C. Black Calavados au Lautrec. Des sociétés aux destins souvent mêlés : s’intéresser à l’empire Bakhtiar revient à se heurter à un enchevêtrement de plusieurs dizaines d’entreprises aux capitaux particulièrement mouvants. Concrètement, l’entrepreneur ne peut plus espérer gérer la moindre affaire avant 2029, quel que soit le secteur d’activité.
Sa chute est aussi fulgurante que son ascension. D’abord organisateur de soirées, Addy Bakhtiar se lance dans l’entrepreneuriat à la fin des années 1990, main dans la main avec son acolyte de l’époque Laurent de Gourcuff, dont il se séparera en 2008. « Il n’y avait plus d’entente », élude Bakhtiar. Dans la foulée, il crée sa propre holding, le groupe Spell. Tout semble sourire à l’homme d’affaires : il multiplie les investissements et les associés. Avec Dove Attia, Albert Cohen et Jean-Charles Mathey, il lance le Showcase sous le très chic pont Alexandre III. Aux côtés de Lionel Bensemoun, il ouvre, entre autres, le Lautrec Café et les restaurants Nanashi. Avec Romain Dian il reprend le fameux club Chez Régine, créé par la reine de la nuit dans les années 1970… « Il s’agit de quelqu’un de très doué et d’intelligent… même peut-être le plus intelligent de tous, confie un ponte du secteur. Mais il a voulu en faire trop sans avoir les moyens de son ambition. »
« Une nébuleuse comptable inextricable »
Sous les paillettes, les problèmes s’amoncellent. Les conflits avec les fournisseurs et les associés se succèdent. Au tribunal de commerce de Paris, un témoin de la grande époque se souvient même avoir vécu une « scène surréaliste », une « journée Bakhtiar » : « on lui avait regroupé une dizaine d’actions en responsabilité. Tout le monde riait, et lui faisait son show lors des audiences, rigolait en disant qu’il ne se souvenait pas de telle ou telle société. » À entendre de nombreux proches, l’impétueux s’est brûlé les ailes. Un ami assure avoir « tenté de le raisonner, mais il était toujours dans le déni… »
Toutes les personnes interrogées par l’Informé décrivent la même cavalerie. Addy Bakhtiar aurait eu l’habitude de ponctionner de l’argent dans une de ses sociétés à succès pour financer une entreprise en difficulté ou en ouvrir une autre, sans jamais pouvoir rembourser ces emprunts ni même payer correctement ses fournisseurs. Interrogé à ce sujet, Bakhtiar met en avant des « conventions de trésoreries » mises en place entre ses sociétés. Selon divers jugements consultés par l’Informé, ces conventions n’avaient pourtant souvent rien de légal. En 2018, dans une de ces décisions, le Tribunal de commerce de Paris indique que Bakhtiar « a fait preuve [...] d’une méconnaissance des obligations qui s’imposent à un chef d’entreprise » et qu’« il apparaît en conséquence opportun et de bonne justice de l’éloigner pour une durée importante de la vie des affaires ».
« Quand il signe un contrat et que l’encre est en train de sécher, il sait déjà qu’il va vous la faire à l’envers, souffle un proche du dossier. En 20 ans dans le milieu, j’ai rarement vu un tel niveau de cavalerie. Bakhtiar a créé une nébuleuse comptable inextricable. » Beaucoup le comparent à Stanislas Dewynter, l’ancien golden-boy de la restauration (Chez Clément, Jardins de Bagatelle) mêlé à un scandale d’escroquerie. Les deux hommes ont d’ailleurs été, un temps, associés dans l’hôtel Ermitage de Saint-Tropez.
« Quoi de mieux que de s’associer au roi des nuits parisiennes ? »
Parmi ses anciens associés, on trouve aussi Moussa Niang. Le jeune homme ne peut réprimer un rire jaune à l’évocation de son épopée avec Addy Bakhtiar. Après ses passages remarqués dans l’émission de TF1 Koh Lanta, Niang se lance dans l’organisation de soirées à Paris. Confiant, il décide de faire équipe avec cette figure de la fête parisienne pour ouvrir un club. « À ce moment-là, j’étais impressionné. Quoi de mieux que de s’associer au roi des nuits parisiennes ? » se souvient, amer, l’ex candidat. Mais peu à peu, l’apprenti entrepreneur déchante : « Il bricolait sur tout, utilisait mon argent pour financer d’autres affaires. Quand je lui demandais des comptes, il baratinait, sortait des tableaux Excel auxquels je ne comprenais rien… »
L’établissement rêvé ne verra jamais le jour. Leur société commune, Fernandel, a été placée sous redressement judiciaire puis liquidée en 2016 et Bakhtiar a finalement été placé en faillite personnelle par le tribunal de commerce de Paris en 2018, en tant que gérant de l’affaire. Si l’homme d’affaires a fait appel et dénoncé des comportements malhonnêtes de Niang à son égard, notamment concernant du vol de matériel, la Cour a estimé qu’en tant que « responsable d’un groupe qui comporte de nombreuses sociétés, il se devait d’être particulièrement vigilant et ne [pouvait] se dégager de sa responsabilité dans les difficultés de la société Fernandel en invoquant un conflit avec un associé ».
D’autres anciens associés ont accepté d’échanger avec l’Informé sous couvert d’anonymat. L’un d’entre eux peine à revenir sur cet épisode de sa vie « extrêmement douloureux, aux répercussions toujours visibles et pesantes. Je n’ai jamais rien gagné avec lui, au contraire : j’ai tout perdu. » Comme d’autres, il souligne les talents de persuasion de son ex-partenaire, avec lequel il a continué de collaborer des années durant. « Addy est incroyablement diplomate : on peut venir le voir avec une batte de baseball et repartir en lui faisant la bise » souffle-t-il. Selon nos informations, plusieurs plaintes pénales ont été déposées contre Bakhtiar par ses ex-associés.
De son côté, l’ancienne coqueluche du milieu admet bien auprès de l’Informé « avoir tiré sur la dette fournisseur », et qu’il aurait dû « mieux se structurer ». Mais, globalement, Bakhtiar a une tout autre lecture des événements. Et fixe un point de départ précis à son déclin : « en 2013 ma banque, la Bred, me lâche. Elle me demande de lui rembourser immédiatement tous mes découverts, à hauteur de 2,5 millions d’euros. » Alors que les tensions de trésorerie s’accumulent mais que « les affaires continuent à marcher », assure-t-il, une autre péripétie signe sa fin. « En 2015, mon avocat, David Honorat, m’indique que de proches parents à lui, Alain et Frédérique Birenbaum, peuvent m’accorder un prêt afin de reprendre une affaire », poursuit Bakhtiar. Prêt qu’il obtient, contre des parts de sa holding Spell mises en garantie… Mais, toujours selon lui, les Birenbaum enregistrent un mois plus tard ces titres et prennent le contrôle de la société. Contactés, les époux Birenbaum n’ont pas répondu à nos sollicitations. « J’ai été dépossédé de mon groupe, enrage l’homme d’affaires. De 1999 à 2014, tout le monde voulait travailler avec moi. Du jour au lendemain, je suis devenu un pestiféré. » Aujourd’hui, le groupe Spell est toujours en redressement judiciaire et a été vendu à la holding Andamera Corps.
« L’ego a simplement pris le dessus »
Le roi de la nuit déchu regrette amèrement sa collaboration avec David Honorat. Selon lui, ce dernier aurait à plusieurs reprises joué contre ses intérêts : « Il m’a déconseillé d’entrer en conciliation avec la Bred alors que j’aurais dû le faire, il a été avocat de certains de mes anciens associés… » égrène l’ancien entrepreneur. Plusieurs témoins de l’époque décrivent le conseil comme une pierre angulaire du « système Bakhtiar », relatant des épisodes où ce dernier convoquait ses futurs associés dans les bureaux de l’avocat, et les pressait de signer des documents sans même pouvoir les lire.
En juillet dernier, le redressement fiscal de l’un des anciens établissements de Bakhtiar, le Zeralda, a été confirmé par le Conseil d’État. Sa femme Esma Derdour est citée à de multiples reprises dans le jugement, également visée par le redressement. Aujourd’hui, la jeune femme indique à l’Informé être séparée de son mari depuis 6 ans. « Addy m’avait dit que je n’avais pas à m’inquiéter, que la procédure allait tomber à l’eau » se rappelle-t-elle. Malgré ses ennuis actuels, la jeune femme loue un homme « plein de créativité », dont « l’ego a simplement pris le dessus » et qui n’a pas voulu « ralentir la cadence d’ouvertures d’établissements ». Concernant la colère de ses associés, Derdour « la comprend » mais estime « qu’ils ont tout de même bien profité de ses contacts et de sa créativité à ce moment-là. »
« Tout le monde a peur que je revienne »
Un sentiment partagé par Bakhtiar, qui évoque à merci les « ingrats » que représentent pour lui ses ex-partenaires. « Aujourd’hui, je veux rester à distance : je préfère qu’ils s’entretuent. » Mais n’imaginez pas pour autant qu’il se soit coupé du milieu de l’évènementiel… Ce serait mal le connaître. En novembre 2021, un article du site culinaire alsacien Nouvelles Gastronomiques indiquait que Bakhtiar ouvrait « sa première affaire dans la région ». Un restaurant à Mulhouse nommé l’Astronome, dont il serait « à la tête ». Rappelons que l’intéressé est sous le coup d’une faillite personnelle qui inclut une interdiction de gérer jusqu’à 2029. Interrogé à ce sujet, l’ex propriétaire du Faust temporise : « Je suis salarié, responsable de développement. J’ai des fiches de paie, je ne suis pas gérant et je n’ai pas accès aux comptes de l’entreprise », assure-t-il. Mais qu’en sera-t-il quand sa mise au ban prendra fin ? Interrogé, un ancien proche croit peu à son éloignement définitif de la gestion d’entreprise. « C’est tout ce qu’il sait faire, donc il essaiera toujours de créer quelque chose. » Lui, pourtant, l’assure : « Je ne veux plus jamais monter une affaire, ça ne m’intéresse pas. » Et d’ajouter : « Les gens me voient comme Voldemort. Tout le monde a peur que je revienne. »