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Continuer la lectureLa rocambolesque histoire du vrai-faux communiqué de Virginie Calmels contre Barnes
L’agence immobilière a perdu son procès en diffamation contre son ancienne patronne au sujet d’un mystérieux pamphlet.
Il y a quelques mois maintenant, vous avez pu lire dans l’Informé les dessous du départ tonitruant de Virginie Calmels, éphémère patronne des agences immobilières Barnes. Mais l’affaire n’était alors pas tout à fait soldée : un pan encore plus rocambolesque de cette histoire vient d’être réglé. Il concerne un communiqué de presse que la dirigeante avait rédigé au moment du divorce, mais jamais diffusé. Son ex-employeur avait mis la main dessus on ne sait comment – la businesswoman affirme qu’on le lui a volé —. Puis il l’avait utilisé ce texte pour attaquer en diffamation son ancienne salariée, réclamant 30 000 euros de dommages… Mais la justice a tranché, Barnes n’aura pas de gain de cause : le spécialiste de l’immobilier de luxe a été débouté en première instance, puis en appel, et enfin récemment en cassation, mettant définitivement fin à la procédure.
L’histoire a débuté le 10 mars 2019. Ce jour-là, Barnes annonce fièrement le recrutement comme PDG de Virginie Calmels, ancienne patronne d’Endemol et dirigeante du parti Les Républicains, louant « son expérience très riche, son leadership naturel conjugué à un sens appuyé de l’engagement ». Mais la collaboration tourne vite à l’aigre. Trois mois plus tard, le 13 juin exactement, le fisc, soupçonnant Barnes d’évasion fiscale, effectue un raid surprise dans les bureaux de l’agence, à Paris et à Neuilly-sur-Seine, ainsi qu’au domicile de ses dirigeants fondateurs, Thibaud de Saint-Vincent et Heidi Barnes. Juste après, Thibaud de Saint-Vincent part pour l’île de Saint-Barthélemy, officiellement pour organiser l’ouverture d’une nouvelle agence. À son retour, un clash violent a lieu entre l’actionnaire principal de Barnes et Virginie Calmels, qui démissionne dans la foulée. Parallèlement, la nouvelle du raid du fisc fuite dans la presse.
Finalement, le 24 juin, le réseau annonce « se séparer » de sa présidente « à la suite de dissensions majeures avec les actionnaires ». La patronne déchue répond dans un communiqué allusif (bien diffusé celui-ci), où elle évoque « certains dysfonctionnements », « de très nombreux risques face à certaines pratiques », et une enquête du fisc qui « vise principalement les actionnaires ».
Mais, deux jours après, le spécialiste de l’immobilier de luxe porte plainte pour « diffamation publique » contre Virginie Calmels. Il exhibe un autre communiqué, bien plus agressif celui-là. On y lit que Thibault de Saint-Vincent est « résident fiscal luxembourgeois », qu’il est « en panique depuis les perquisitions menées à son encontre par la brigade financière », qu’il s’est « envolé immédiatement [après le raid] pour l’île de Saint-Barthélemy laissant l’ensemble des équipes du groupe sous le choc », et qu’il « met en péril le groupe et ses 800 emplois ». Le texte conclut : « M. Thibault de Saint-Vincent, visiblement déstabilisé par sa perquisition et par la pression de proches tentant de le raisonner face à son attitude incompréhensible, tient des propos diffamatoires tous azimuts à l’encontre de Mme Virginie Calmels pour tenter de créer un écran de fumée masquant de présumés agissements graves commis au préjudice du groupe Barnes ».
D’abord, Barnes affirme que le texte est « mensonger » sur plusieurs points : « il n’y a pas eu de perquisition, la brigade financière n’a pas été saisie, il n’y a pas d’instruction ni de procédure pénale. » Mais surtout, le groupe immobilier prétend que ce pamphlet a été diffusé par Virginie Calmels sur Twitter et auprès de l’AFP. Certes, l’agence de presse a bien publié une dépêche donnant la parole à l’éphémère dirigeante, mais sans citer le texte litigieux. On ne trouve non plus aucune trace du communiqué incendiaire sur le réseau social de l’ancienne patronne d’Endemol. Mais Barnes affirme que celle-ci l’a bien publié, avant de supprimer son tweet. Pour corroborer ses accusations, l’entreprise fournit une attestation… signée de son agence de communication, Footprint Consultants. En face, Virginie Calmels répond que si ce texte a bien été écrit par son avocat, il n’a jamais été diffusé.
Finalement, la justice a donc intégralement débouté Barnes. Elle a notamment rappelé que, dans une plainte pour « diffamation publique », il faut d’abord prouver que les propos ont été diffusés. Quant à l’attestation Footprint Consultants, elle « est dépourvue de toute valeur probante », indique le jugement de première instance : « réalisée visiblement par l’agence de communication de Barnes, elle se contente d’affirmer péremptoirement que Virginie Calmels a publié trois communiqués sur son compte Twitter sans en apporter la moindre preuve, y compris une simple impression écran des dits tweets. »
Mais ce n’est pas tout. Barnes a aussi utilisé le vrai faux communiqué dans une procédure devant le tribunal de commerce de Paris, où il réclame un million d’euros à Virginie Calmels. La société affirme que ces soi-disant déclarations ont « déstabilisé l’entreprise et porté atteinte à son image ». Dans un premier temps, le tribunal a donné tort à Virginie Calmels, et l’a condamnée à payer 145 000 euros, en prenant pour argent comptant que le texte incriminé avait été diffusé. Pour les juges consulaires, « Mme Calmels a procédé à ces accusations dans sa communication interne comme externe, que les termes utilisés dans ses interviews sont particulièrement virulents (‘perquisitions’, ‘abus de biens sociaux’, ‘risques de nature pénale’, ‘panique’, ‘mise en péril du groupe et des emplois’) ».
Mais l’ancienne dirigeante des Républicains a fait appel, avec succès. La cour d’appel a annulé cette condamnation, taclant au passage les méthodes de Barnes : « le communiqué n’a pas été diffusé, et ne peut donc constituer le fait matériel fautif. C’est donc en faisant preuve d’une particulière mauvaise foi que Barnes et M. de Saint-Vincent font valoir ce communiqué dont ils n’ont pas été en capacité de rapporter la preuve de la publication dans le cadre de l’instance pénale qu’ils ont initié ». Une décision donc récemment confirmée par la cour de cassation.
Contactés, l’avocat de Barnes Hervé Lehman n’a pas répondu, tandis que Virginie Calmels n’a pas souhaité faire de commentaires.