L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureDeux banques travaillent à la vente d’Ami Paris, la pépite d’Alexandre Mattiussi
La marque de prêt-à-porter a fait le ménage dans son réseau de distribution B2B, sacrifiant une part de son chiffre d’affaires.
Alexandre Mattiussi amorce la prochaine étape de sa success-story. Le fondateur et créateur d’Ami Paris, épaulé depuis douze ans par son CEO Nicolas Santi-Weil (cofondateur de The Kooples), prépare une modification majeure de son actionnariat, avec la sortie prochaine de HongShan - l’ex-Sequoia Capital China détenant à ce jour 60 % du capital. Pour ce faire, les actionnaires ont confié un mandat à Centerview Partners, comme l’évoquait Glitz en mai, mais aussi à Rothschild & Co, a appris l’Informé.
Ami Paris est l’une des belles participations de l’investisseur chinois, qui n’y a investi que 10 millions d’euros en 2020, selon nos informations. La griffe a en effet connu un succès retentissant ces dernières années, avec un chiffre d’affaires qui a bondi de 35 millions à près de 320 millions d’euros entre 2019 et 2023. Un décollage d’autant plus remarquable que l’entreprise n’a levé historiquement « que » 40 millions d’euros, l’essentiel de la croissance ayant donc été financée par sa profitabilité.
Mais 2024 a été une année de transition. Les revenus ont légèrement fléchi, à environ de 300 millions, tandis que l’Ebitda cash a réduit comme peau de chagrin (la marge s’affichait jusqu’alors à près de 10 %). En cause, la volonté du management de faire le ménage dans son réseau de distribution B2B. « Sur le wholesale (vente en gros, ndlr) nous avons réduit de 800 à 700 clients, a expliqué son CEO à FashionNetwork en mai. Nous avons arrêté de travailler avec ceux qui ne suivaient pas l’élévation de la marque, ceux qui ne cherchaient que le logo et ceux qui n’apportaient pas les sécurités nécessaires en paiement ou en respect des règles. » Pour Ami Paris, cette stratégie sur le wholesale - compensée par les ventes en direct - aurait représenté un coût d’opportunité de quelque 30 millions d’euros, dont la moitié directement liée à des refus de commandes… Soit un impact de plus de deux points de marge, selon nos informations. Le wholesale ne représente désormais plus qu’un tiers du chiffre d’affaires, alors qu’il a longtemps pesé plus de 90 % (et environ 50 % en 2023).
Des coûts de structure en hausse ont aussi contribué à grever l’excédent brut de la griffe, à quoi s’ajoutent des frais ponctuels comme le rapatriement du site Internet sur une plateforme maison. Ce dernier était jusqu’à maintenant opéré en marque blanche par Farfetch, en échange d’une commission. « Ami Paris estime toutefois être en capacité de générer un Ebitda run-rate ajusté de 50 millions d’euros en 2025 », souligne un financier.
Les conseils financiers ont d’ores et déjà noué des contacts avec de potentiels investisseurs. Ces dernières semaines, le nom de Permira était régulièrement cité comme l’acheteur naturel, tant sa stratégie d’investissement fait la part belle aux dossiers « retail ». Le fonds d’origine britannique a en effet racheté 40 % de K-Way l’an dernier et est notamment connu pour être propriétaire de Golden Goose et de Dr Martens. Un autre fonds a regardé attentivement le dossier : 65 Equity Partners. Cette émanation de Temasek, le fonds souverain de Singapour, compte parmi ses senior advisors Michel Paris, l’ancien patron de PAI Partners, familier des dossiers « retail ». Enfin, Téthys aurait aussi scruté l’opportunité, mais n’aurait pas donné suite. En revanche, Felix Capital - qui a investi dans Ami Paris il y a deux ans seulement - croit dur comme fer en l’avenir de la marque et prévoirait de remettre au pot.
La gouvernance est l’un des points de difficultés du dossier. Alexandre Mattiussi et Nicolas Santi-Weil veulent garder les commandes opérationnelles du groupe, dont l’objectif serait le milliard d’euros de chiffre d’affaires d’ici 5 à 10 ans. À ce titre, la participation de 60 % de HongShan pourrait être divisée entre deux investisseurs, si toutefois ceux-là acceptent une valorisation au moins égale à celle qui avait été gravée dans le marbre lors de l’entrée de Felix Capital.