L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureAcadémie des sciences morales et politiques : la candidature de Bernard Arnault sur une voie royale
À moins d’un mois du scrutin, le « comité secret » de l’institution a placé le patron de LVMH en tête de ses recommandations de vote.
Si peu doutaient de son issue, l’affaire semble désormais pliée. Bernard Arnault vient de franchir un obstacle crucial dans son processus de candidature à l’Académie des sciences morales et politiques, l’une des cinq académies de l’Institut de France. Selon nos informations, dans une lettre adressée ...
Ce choix est pourtant loin de faire l’unanimité dans les rangs. Plusieurs membres se sont émus de l’absence de publication du patron de LVMH alors que l’institution, fondée en 1832, a pour objet de perfectionner les sciences et les arts (...) mais aussi de suivre « les travaux scientifiques et littéraires ayant pour objet l’utilité générale. » Cette « utilité générale » semble par exemple plus évidente pour Yvon Gattaz, doyen de l’assemblée, auteur de nombreux ouvrages et ancien dirigeant associatif reconnu.
En interne, le professeur de droit Pierre Delvolvé, s’est même lancé dans une harangue sur ce que devrait être, ou non, l’Académie. Soit un lieu de réflexion où les palmes académiques ont plus de valeur que le bling-bling. D’autres académiciens estiment aussi que l’homme d’affaires ne respecte pas la liberté d’expression lorsqu’il s’attaque au magazine Fakir de François Ruffin, dans sa façon de contrôler les médias qu’il possède (Les Échos, Le Parisien, Radio Classique et désormais Paris Match) ou quand il interdit aux salariés de LVMH de parler à certains médias (dont l’Informé).
À l’inverse, Arnault a pu compter sur le soutien sans faille des six membres de la section Économie Politique, statistiques et finances - celle où il postule. Au delà de Pierre-André Chiappori, Yvon Gattaz aurait poussé, selon plusieurs sources, sa candidature, initialement dévoilée par La Lettre. Il a également reçu l’appui du président d’honneur de BNP Paribas, Michel Pébereau, du prix Nobel Jean Tirole, de Jean-Claude Casanova et de Dominique Senequier, présidente d’Ardian, l’une des rares femmes ( 4 sur 46 !) de l’assemblée.
Au-delà de ce premier cercle, la première fortune de France n’a pas ménagé sa peine pour convaincre les futurs votants, les appelant lui-même et en rencontrant la moitié. Les sages ont été sensibles à la disponibilité du milliardaire, qui leur a rendu visite où et quand ils le souhaitaient - jusqu’à leur domicile parfois. Il les a aussi assurés de son assiduité aux déjeuners mensuels, ainsi qu’aux différentes séances de travail. Selon nos informations, il a même indiqué à l’un des élus qu’il aurait plus de temps puisque ses enfants prennent progressivement des fonctions exécutives au sein du géant du luxe. Bernard Arnault aura un autre atout lors du vote du 2 décembre prochain : ses deux rivaux ont un CV bien discret. Alain Redslob est professeur des universités, à Panthéon-Assas (comme Pierre Delvolvé). Philippe Coffre a enseigné à Léonard de Vinci…
S’il est élu, Bernard Arnault devra comme il est d’usage faire l’éloge de son prédécesseur, Denis Kessler, l’ancien président de Scor, décédé en 2022. Strauss-kahnien devenu sarkozyste et passé par le Medef, il fut aussi un opposant du système de protection sociale à la française et des 35 heures.
Un colloque climatosceptique à l’Institut de France
En plus de l’Académie des Sciences Morales et Politiques (ASMP), l’Institut de France, placé sous la protection de la présidence de la République et logé quai de Conti à Paris, abrite l’Académie française, l’Académie des sciences, l’Académie des arts et des lettres, et celle des Beaux-Arts. L’organisme accueille, vendredi 15 novembre un colloque intitulé « Comprendre le phénomène écologie » organisé par Chantal Delsol, de l’ASMP, et Action Écologie, une association qui se présente comme une alternative à l’écologie politique. Les intervenants, 6 hommes et 1 femme, représentent toutes les nuances du climatoscepticisme, et aucun climatologue scientifique n’a été convié. Les auditeurs pourront assister à une intervention de Bertrand Alliot, à la tête de l’association Action Écologie, sur « l’homme qui voulait changer d’espèce ». Cet ingénieur a fait une thèse avec Chantal Delsol, et soutient le Rassemblement national. Ils entendront ensuite le mathématicien Benoit Rittaud, président de l’Association des Climato-réalistes, parler des « Mythes et légendes de l’écologisme ». L’historien Philippe Fabry, qui critique les prévisions environnementales dramatiques, parlera aussi de « l’écologisme », avant que n’intervienne Jean-Paul Oury, auteur d’un livre dénonçant Greta Thunberg et éditeur du site The European Scientist, pro nucléaire et militant contre l’agriculture biologique et le « catastrophisme » sur la biodiversité. L’essayiste Thomas Lepeltier, détracteur des « Scientifiques en rébellion », ces spécialistes du climat également militant face à la crise climatique, défendra ensuite les animaux, avant que Jean de Kervasdoué ne clôture la journée. Économiste de la santé, cet ancien directeur des hôpitaux a publié Les écolos nous mentent, un ouvrage tentant de décrédibiliser l’urgence écologique.
Article modifié le mardi 13 novembre : le nom de l’auteur du rapport concernant Bernard Arnault est bien Pierre-André Chiappori et non Dominique Sénéquier comme indiqué initialement