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Industrie

Les couteaux sont tirés entre les actionnaires de Seb

Un groupe d’actionnaires familiaux a déposé des résolutions visant, notamment, à préparer la sortie de Thierry de La Tour d’Artaise, aux manettes depuis 2000.

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FRANCOIS GUILLOT / AFP

L’atmosphère s’annonce légèrement électrique lors de la prochaine assemblée générale de Seb, le 23 mai prochain. La fronde gronde entre les actionnaires du fleuron tricolore de l’électroménager, propriétaire des emblématiques marques Moulinex, Tefal, Rowenta ou Krups. L’un des trois groupements d’act...

Voilà quinze ans maintenant que ce groupement ferraille contre le management. Mais le ton est encore monté d’un cran en février. Delphine Bertrand, administratrice pour Fédéractive, a donné sa démission, expliquant dans son courrier qu’il lui était impossible d’exercer son mandat en raison de « l’hostilité et l’absence de confiance du conseil à [son] égard ». Pour la remplacer, Fédéractive propose la nomination au board de Pascal Girardot. Ancien de la Caisse des dépôts, également membre du conseil de surveillance de la société d’analyse financière et de conseil aux investisseurs Proxinvest, l’intéressé y a déjà siégé pendant une trentaine d’années.

Les deux autres résolutions suggèrent, quant à elles, de fixer à 72 ans maximum l’âge des administrateurs et du président du groupe. « Notre proposition vise à organiser en douceur la succession de Thierry de La Tour d’Artaise, septuagénaire cette année et aux manettes de Seb depuis 2000, explique Pascal Girardot. Si elle est adoptée, son mandat s’achèvera en 2027. Cela permettra de laisser un délai au président et au directeur général Stanislas de Gramont pour organiser, sans déstabiliser l’entreprise, le transfert à la DG des missions opérationnelles que détient toujours Thierry de La Tour d’Artaise C’est toujours lui qui a la main sur la direction de la stratégie et celle des acquisitions par exemple. »

Mais le conseil d’administration, dominé par les actionnaires familiaux (voir encadré ci-dessous), ne l’entend évidemment pas de cette oreille. Le 8 avril, dans une réponse cinglante, l’organe de gouvernance a invité les actionnaires à voter contre, sans mâcher ses mots. Il avance que « la présence de représentants Fédéractive au conseil a nui à son bon fonctionnement et à la dynamique des échanges » et précise que la candidature de Pascal Girardot a déjà été « massivement rejetée » en 2021 par les votants. Ambiance. Quant à l’âge du capitaine, là encore, c’est niet. « Imposer une limite d’âge (...) pourrait empêcher le conseil de bénéficier de l’agilité nécessaire pour adopter la bonne gouvernance », précise le board. « Les travaux sur la succession ont été engagés de longue date, fait savoir le groupe à l’Informé. Stanislas de Gramont a été nommé DG en 2022 et il faut du temps pour former le futur président qui sera nécessairement un membre de la famille fondatrice. »

Un groupe détenu à plus de 41% par les héritiers 

Les actionnaires familiaux issus du groupe fondateur - héritiers de la famille Lescure - sont divisés en deux grandes branches : une première entité rassemble pour l’essentiel les courants Venelle, Généraction et HCR, unis par un pacte et formant le “concert familial”. Il détient plus de 33 % du capital. Une seconde entité est groupée autour du courant dissident Fédéractive (9,5 % du capital). Soit un actionnariat familial représentant plus de 41 % du groupe.

Arrivent ensuite BPIFrance et le Fonds stratégique de participation (FSP) qui détiennent à eux deux 10 % des titres, suivi Peugeot Invest (4 %) et des actionnaires salariés qui pèsent pour un peu moins de 3 %. Le reste du capital est flottant.

Fédéractive continue de son côté sa croisade. Le groupement d’actionnaires a diligenté au premier trimestre une analyse financière sur les contre-performances enregistrées par l’entreprise lyonnaise en 2022. Seb avait alors émis deux avertissements sur les résultats en juillet et octobre. Le rapport confié à Roland Gagnon, membre de la Société française des analystes financiers (SFAF) et ancien candidat malheureux au poste d’administrateur de l’entreprise, n’est pas tendre sur la stratégie du patron du spécialiste de l’électroménager domestique : « il est très interpellant que l’exercice 2022 ait constitué une rupture brutale et inattendue, explique l’étude. Ce basculement n’a été révélé aux investisseurs que fin juillet après le vote par l’assemblée générale (...). Thierry de la Tour d’Artaise s’est vu octroyer par son conseil une rémunération de président disproportionnée au regard des standards du marché. » Pas de quoi faire trembler le groupe, qui dit avoir « pris connaissance de l’audit » et annonce qu’il va y répondre « point par point pour en démonter les inexactitudes ».

Économiquement, le groupe affiche son dynamisme. Son chiffre d’affaires est en hausse régulière : de 6,5 milliards d’euros en 2017, il a dépassé les 8 milliards d’euros en 2023. Mais le résultat net, lui, patine un peu. Il a atteint 386 millions d’euros sur le dernier exercice. Soit un niveau analogue à 2017 (375 millions d’euros). « Seb mérite mieux que ces querelles de clocher, estime Olivia Flahault, fondatrice de la société d’analyse de gouvernance indépendante OFG. L’entreprise est étouffée par ses logiques familiales et la gouvernance accumule trop de strates actionnariales. » L’assemblée générale de mai prochain ne devrait guère dégager l’horizon de ce côté-là…