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Continuer la lectureBarnes reproche au chasseur Sterling de lui avoir fait recruter Virginie Calmels
En 2019, l’ancienne patronne d’Endemol avait quitté le géant de l’immobilier de luxe seulement trois mois après l’avoir embauchée.
C’est ce qui s’appelle un rendez-vous raté. En mars 2019, le groupe immobilier Barnes annonçait avec enthousiasme le recrutement à sa tête de Virginie Calmels, figure bien connue du business passée par Endemol, Canal+ ou encore Numericable. Mais, trois mois à peine après cette nomination, le spécialiste des biens de luxe publiait un communiqué au vitriol pour officialiser le départ de sa très éphémère présidente… Avant d’engager, remonté, des procédures tous azimuts. Au civil, il a d’abord réclamé un million d’euros à la dirigeante, en vain. Au pénal, il l’a attaquée en diffamation sur des propos qu’elle aurait tenus, sans plus de succès. Et ce n’est pas tout. Le réseau s’est aussi retourné contre Sterling International, le chasseur de têtes qui lui avait recommandé la businesswoman. Il lui a réclamé 565 488 euros, mais a été débouté par le tribunal de commerce de Paris. Un verdict que vient de confirmer la cour d’appel, selon nos informations. « Sterling a répondu à ses obligations, indique l’arrêt. Il ne peut être imputé à Sterling la responsabilité d’agissements ultérieurs de Mme Calmels au sein de Barnes. »
Au départ, mi-2018, Barnes fait appel à Sterling pour trouver un nouveau dirigeant. Le cabinet de chasse parisien, spécialisé dans le luxe et la mode, contacte alors 39 candidats potentiels, puis en propose deux : Olivier Chavy, patron de Mövenpick, et un certain Bellaïche. Mais les discussions avec ces deux managers achoppent : Olivier Chavy est notamment rebuté par le montage complexe d’optimisation fiscale mis en place par Barnes, via Saint-Barthélemy, le Luxembourg et la Hongrie (cf. encadré). Estimant que cette usine à gaz présente un risque vis-à-vis de Bercy, il refuse une offre ferme de recrutement.
Sterling propose alors dix profils supplémentaires. Parmi eux, celui de Virginie Calmels, qui connaît de longue date le patron fondateur du cabinet de recrutement, Michael Boroian. Sterling présente la candidate de manière élogieuse : « C’est définitivement un leader, un numéro 1, qui bluffe toutes les personnes qui ont la chance de croiser son chemin par son charisme, son dynamisme, son énergie et sa vision. » Le cabinet fournit des lettres de recommandation de Denis Olivennes (qui a recruté la dirigeante à Numericable puis Canal+), Denis Marange (son ex-patron chez Salustro Reydel), Claude Lacaze (son ex-bras droit chez Endemol), mais aussi de cadres de TF1 et NRJ - des clients importants d’Endemol - ou encore de Newen, un concurrent du groupe de production.
À l’époque, Virginie Calmels semble à la croisée des chemins. Lancée en politique aux côtés d’Alain Juppé, elle est limogée de son poste de n° 2 des Républicains en juin 2018. Elle est un temps pressentie pour prendre la tête de liste LR pour les élections européennes de mi-2019, mais sans succès. Elle décide finalement de revenir dans le privé, et passe alors onze entretiens avec le réseau d’agences immobilières, dont six avec son patron et propriétaire Thibaud de Saint Vincent. Des renseignements sur elle sont aussi pris par Agache, la holding de la famille Arnault, qui négocie à l’époque avec Barnes un partenariat dans la location saisonnière - c’est en tout cas ce qu’indique l’agence immobilière à Sterling.
Procès tous azimuts
L’ex-patronne d’Endemol finit donc par être recrutée. Dès son arrivée, elle se lance dans un audit de l’entreprise et rend un rapport de 35 pages, où elle pointe à son tour un risque fiscal lié aux montages exotiques mis en place. Huit jours après, le fisc effectue un spectaculaire raid surprise dans les bureaux de Barnes, ainsi que dans l’appartement de Thibaud de Saint Vincent et de son épouse Heidi Barnes. Virginie Calmels demande alors à renégocier son contrat, pour être protégée de cette menace. Le fondateur propriétaire refuse et décide de la révoquer. La dirigeante préfère devancer l’appel et démissionne. C’est le début de la guerre.
Thibaud de Saint Vincent réclame alors à Sterling 260 488 euros pour rembourser ses honoraires, mais aussi 250 000 euros de dommages pour réparer son préjudice d’image et de désorganisation.
Barnes accuse d’abord Sterling d’avoir « dissimulé le caractère conflictuel de Virginie Calmels », son « instabilité », « sa carrière émaillée d’échecs et de conflits », « ses déboires à Canal+ et Endemol, où elle était en conflit permanent avec son actionnaire ». Ces affirmations se basent sur une poignée d’articles de presse que le chasseur de têtes n’a pas communiqués à son client. Le groupe immobilier s’appuie essentiellement sur un portrait paru dans le Point en 2010, intitulé « La dame de fer ». L’article indique notamment : « Forte personnalité qui ‘clashe’ avec Bertrand Méheut, le patron de Canal+. Elle quitte la chaîne cryptée avec fracas. Tavernost, chez M6, hésite à l’engager : ‘Elle est remuante’, lâche-t-il ». Plus loin l’hebdomadaire ajoute que, chez Endemol, elle a « fini par se fâcher » avec Stéphane Courbit, avant de rappeler qu’elle a annulé son mariage avec Christian Blanc une semaine avant la cérémonie.
Le chasseur de têtes rétorque que le CV de l’intéressée « démontre exactement l’inverse » : elle a passé cinq ans chez Salustro Reydel, autant chez Canal+, et enfin dix ans chez Endemol. Et, lorsqu’elle a quitté le producteur de télé-réalité, son patron Just Spee a souligné publiquement son « travail formidable ». Les juges rappelleront aussi que Sterling a fourni des lettres de recommandation de ses anciens patrons chez Salustro Reydel et Canal+.
Mais ce n’est pas tout. Barnes reproche aussi au cabinet de recrutement d’avoir passé sous silence le parcours politique de la femme d’affaires, pour « ne pas faire apparaître que Mme Calmels avait été limogée par M. Wauquiez de ses fonctions de n° 2 des Républicains à l’occasion d’un conflit entre eux ». « Une allégation absurde » pour le tribunal : d’une part, sa carrière d’élue était de notoriété publique, de l’autre, Thibaud de Saint Vincent avait lui-même écrit à Sterling qu’il trouvait son profil trop politique. En outre, selon les juges, « vouloir tirer un enseignement quelconque de son départ du poste de n° 2 des Républicains n’est pas sérieux car les conflits dans les partis politiques sont usuels ».
Reste le principal argument de Barnes : le « conflit d’intérêts ». Sterling lui aurait caché les liens amicaux entre son patron fondateur Michael Boroian et Virginie Calmels. L’agence immobilière déterre notamment un livre de la femme d’affaires, où elle qualifie le chasseur de têtes d’« ami proche ». Selon le groupe immobilier, son prestataire a été « partial », a « privilégié » Virginie Calmels, a dressé un portrait « anormalement dithyrambique », et enfin « incité » à son recrutement « très fortement » et « avec insistance » : « Les liens d’amitié existant entre M. Boroian et Mme Calmels l’ont conduit à donner un traitement préférentiel à la candidature de Mme Calmels, en faisant pression sur Barnes, et en mettant toute son influence pour que Barnes recrute Mme Calmels, au lieu de lui proposer objectivement les meilleurs candidats. »
Mais, là encore, l’agence immobilière est renvoyée dans ses buts. D’abord, Sterling assure, témoignages à l’appui, avoir informé oralement son client de ces liens. Ensuite, le cabinet rappelle qu’un premier candidat, le patron de Mövenpick Olivier Chavy, avait refusé le même poste lui aussi en raison des risques fiscaux. Ce qui montre que le départ de Virginie Calmels n’a aucun rapport avec son prétendu « caractère instable », ni avec le processus mené par Sterling.
Les juges ajouteront que le chasseur de têtes avait été aussi élogieux avec tous les profils présentés. Une candidate est ainsi décrite comme « douée, rapide comme l’éclair, capable de générer de l’excitation, une gagnante qui sait ce qu’elle veut et comment l’obtenir ». Un troisième est qualifié de « courageux, déterminé, très énergique, charismatique, ayant la qualité d’une star »… Surtout, dans un classement effectué par Sterling des dix candidats, Virginie Calmels n’apparaissait qu’en huitième position… « Sterling a été très loin de privilégier Virginie Calmels », a conclu le tribunal de commerce. « Il n’est pas démontré que Sterling ait priorisé la candidature de Mme Calmels et fait preuve à son égard de partialité », a abondé la cour d’appel.
Finalement, Barnes a été condamné à payer les frais de procédure (30 000 euros en première instance, plus 20 000 euros en appel), plus 36 000 euros d’honoraires dus à Sterling pour un autre recrutement, que l’agence refusait d’honorer. Maigre consolation : le groupe immobilier, qui avait été condamné en première instance à payer 2 000 euros pour procédure abusive, a fait annuler cela en appel.
Contacté, l’avocat de Barnes Hervé Lehman a répondu que la décision sur un éventuel pourvoi en cassation n’était pas encore prise.
Les montages de Barnes dans le viseur de Bercy
Le spectaculaire contrôle mené par le fisc en 2019 chez Barnes a abouti à au moins trois redressements fiscaux, selon nos informations. Un premier de 1,8 million d’euros concerne les comptes de la maison mère Barnes SAS entre 2016 et 2018, essentiellement au sujet de la TVA.
Un deuxième porte sur un hôtel particulier rue Lauriston à Paris, où l’agence avait installé ses bureaux. En 2010, Theris SC, une société appartenant à Thibaud de Saint Vincent et à son épouse Heidi Barnes avait signé une promesse d’achat de l’immeuble. Elle avait alors passé une provision de 1,6 million d’euros correspondant à la rénovation de l’immeuble, ce qui avait réduit ses bénéfices, et donc son impôt. Finalement, l’immeuble a été racheté par une autre société appartenant à Thibaud de Saint Vincent et à son bras droit Richard Tzipine, 18 Belles Feuilles SARL. Malgré cela, Theris SC avait conservé la provision pour travaux dans ses comptes. Le fisc a donc infligé un redressement à Theris SC, qui l’a contesté en vain devant le tribunal administratif, et maintenant devant la cour d’appel.
Enfin, un dernier redressement fiscal concerne Luxury Homes SARL, une société immatriculée à Saint-Barthélemy, qui appartenait elle-même à Barnes International Property Consultant Inc, une structure installée en Floride et dirigée par Thibaud de Saint Vincent. En 2012, Luxury Homes SARL s’est vue confier par Barnes « une mission d’identification d’acquéreurs potentiels », et pouvait donc à ce titre recevoir des honoraires à la place de la maison mère Barnes SAS. C’est ce qui est arrivé lors de la cession en 2013-14 d’un immeuble situé rue de Surène à Paris. Luxury Homes SARL a alors reçu une commission de 217 500 euros de la part du vendeur du bien, 18 Belles Feuilles SARL, qui n’a pas payé de TVA sur cette somme. Le fisc a estimé que 18 Belles Feuilles SARL aurait dû s’acquitter de cette taxe, au motif que Luxury Homes SARL est immatriculée à l’étranger (Saint Barthélemy est considéré comme un territoire étranger du point de vue fiscal). Bercy a donc infligé un redressement de 24 990 euros à 18 Belles Feuilles SARL, qui l’a contesté devant le tribunal administratif, puis la cour d’appel, mais là encore sans succès.
D’autres redressements ont peut-être été notifiés, mais les avocats du groupe ne nous ont pas répondu sur ce point. En revanche, ils affirment que le fisc n’a finalement rien trouvé à redire au montage mis en place concernant la marque « Barnes ». Celle-ci avait été transférée en 2015 à Barnes Global Licensor SA, une société luxembourgeoise détenue à 75 % par Thibaud de Saint Vincent et à 25 % par RT Lux Immobilier Developpement SA (autre structure luxembourgeoise dirigée par Richard Tzipine et détenue à sa création par un avocat bulgare, Gueorgui Gotzev). Barnes Global Licensor SA recevait de la part de Barnes SAS une redevance s’élevant à 8 % du chiffre d’affaires HT.
Ce montage a ensuite évolué. Lorsqu’en 2018 le Luxembourg a supprimé sa niche fiscale en matière de propriété intellectuelle, la marque « Barnes » a été transférée du grand-duché vers la Hongrie. Ensuite, la société Barnes Global Licensor a été transférée fin 2024 du Luxembourg vers la Suisse. Parallèlement, Luxury Homes SARL a été vendue pour 187 500 euros à sa manager, Laurence Vorizot, en juin 2019, juste après le raid surprise du fisc. Enfin, Thibaud de Saint Vincent, qui était résident fiscal luxembourgeois depuis 2017, a migré en Espagne en 2020. Tandis que son épouse Heidi Barnes s’est installée en Floride en 2022.
Toutefois, l’architecture globale du montage d’optimisation fiscale global est toujours en place. Barnes SAS continue de verser des commissions à au moins six holdings personnelles de Thibaud de Saint Vincent et Richard Tzipine, immatriculées en France et en Espagne, indiquent ses comptes 2022. Ces flux financiers s’élevaient à 3,5 millions d’euros en 2022. Ils réduisent les profits de Barnes SAS, et donc l’impôt sur les bénéfices acquitté en France.
Contacté, Dominique Laurent, l’avocat de Barnes a répondu que les contrôles fiscaux du groupe sont « réguliers, comme pour toutes les sociétés connues ». Il ajoute que les redressements effectués sont d’un montant « relativement modeste au regard de l’importance du groupe », et que le fisc n’a jamais infligé de pénalités pour mauvaise foi (manquement délibéré). En outre, selon lui, les redressements évoqués « sont essentiellement techniques et concernent des flux entre sociétés du groupe », ce qui fait que leur coût réel est finalement « bien moindre ». Enfin, l’avocat souligne que Barnes SAS s’est acquittée de 777 000 euros d’impôt sur les sociétés en 2022.
Une réponse de Sterling
L’article écrit par Monsieur Jamal Henni le 29 avril 2025, a été publié sous un titre trompeur, « Barnes reproche au chasseur Sterling de lui avoir fait recruter Virginie Calmels » donnant comme première impression au lecteur, que la critique de la société Barnes envers la société Sterling International serait crédible et/ou valide. Or le titre choisi est délibérément contraire à la réalité, dès lors qu’à la date de parution de l’article, la justice, à travers t’arrêt de la Cour d’appel de Paris du 16 avril 2025, avait déjà totalement anéanti, et ce pour la seconde fois, la critique de la sociéte Barnes, en rejetant l’ensemble de ses réclamations contre la société Sterling International, tout en condamnant Barnes à de lourdes indemnités. L’auteur de l’article ne pouvait l’ignorer, puisqu’il commente la décision défavorable à Barnes dans le corps de son article. Par le présent droit de réponse, la Société Sterling International se voit donc contrainte de rappeler l’Informé à ses devoirs, tels qu’issus de la Charte d’éthique mondiale des journalistes de la Fédération Internationale des Journalistes du 12 juin 2019 : 6. Le/la journaliste s’efforcera par tous les moyens de rectifier de manière rapide, explicite, complète et visible toute erreur ou information publiée qui s’avère inexacte.
La réponse de l’Informé
Notre article explique en détail comment Barnes a été débouté en première comme en seconde instance des griefs qu’il avait formulés à l’encontre de Sterling. Cela ne signifie pour autant pas que Barnes n’a rien reproché à Sterling.