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Grande conso

TF1, Klépierre, Oodrive… la faillite de la Sfam et d’Hubside va aussi leur coûter cher

Si l’effondrement du courtier en assurances de Sadri Fegaier laisse sur le carreau des milliers de particuliers, il lèse aussi de grands groupes qui avaient fait affaire avec lui.

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NICOLAS GUYONNET / Hans Lucas via AFP

Ce n’est plus un trou, c’est un gouffre. Cette semaine, la fédération banques et assurances de la CFDT a estimé le passif des entreprises de l’homme d’affaires Sadri Fegaier mises en liquidation au printemps dernier : il atteindrait 800 millions d’euros, comme l’ont rapporté Les Échos (cf. encadré) L...

Il y a bien sûr les milliers de consommateurs abusivement prélevés par l’entreprise, souvent après la souscription d’une assurance pour téléphone mobile. Les ponctions étaient loin d’être anecdotiques : l’avocate Emma Leoty, qui défend 1 200 d’entre eux, estime leur préjudice moyen entre 6 000 et 8 000 euros. La plupart se sont portés partie civile pour le procès pénal des entreprises et de Sadri Fegaier, qui se tient à Paris du 23 septembre au 2 octobre.

Selon notre enquête, les prestataires et partenaires du groupe sont aussi nombreux à avoir perdu des plumes dans l’affaire. Cabinet de recrutement, fournisseur informatique, agence de communication, grossiste en matériel high-tech… Une flopée de sociétés avaient engagé des poursuites pour factures impayées, bien avant la liquidation. Mais les procédures n’ont pas toujours eu le temps d’aboutir, ou alors trop tard, alors que les caisses étaient déjà vides.

La chaîne de télévision TF1 a ainsi obtenu la condamnation des magasins Hubside à payer 585 000 euros… pile le jour où ils se déclaraient en cessation de paiements. L’enseigne s’était offert des spots de pub TV à ses débuts, mais la régie de la première chaîne courait après leur règlement depuis… mars 2021 ! Le tribunal de commerce de Paris a aussi condamné Hubside à verser 3 000 euros à TF1 pour résistance abusive.

Le spécialiste du stockage de données Oodrive risque, lui aussi, de devoir faire une croix sur une ardoise supérieure au demi-million d’euros. Rendu après la mise en liquidation, le jugement le concernant porte sur 555 000 euros, dus par une autre entité de la galaxie Hubside, qui commercialisait un service d’aide à la création de site Internet. Quant aux centres d’appels Intelcia, ils avaient fait condamner une troisième société du groupe, Indexia développement, à régulariser 1,2 million de factures impayées, en février. Reste à savoir s’ils ont pu récupérer la somme avant l’issue finale.

Les propriétaires de centres commerciaux sont une autre grande catégorie de perdants. Au fil des années, Klepierre, Mercialys (ex-groupe Casino), Carmilia (groupe Carrefour) ou encore Ceetrus (Auchan) ont tous bataillé en justice pour obtenir le paiement des loyers de différentes boutiques Hubside. Interrogés par L’Informé, aucun n’a souhaité apporter de précisions sur les sommes restant en souffrance. « Tout le monde se réjouit que l’enseigne ait disparu de nos centres commerciaux, commente l’un d’eux, sous couvert d’anonymat. D’abord pour la sécurité financière des clients, victimes d’abus. Et parce que les pratiques frauduleuses ne visaient pas que les consommateurs. »

De fait, les premiers problèmes d’impayés ne datent pas d’hier. Ouvert début 2021, le Hubside du centre commercial Géant de Cannes Mandelieu avait signé un bail pour un loyer annuel de 90 000 euros. Mais quatorze mois plus tard, le bailleur, la foncière Mercialys, lui réclamait déjà 83 000 euros d’arriérés ! Lorsque la cour d’appel d’Aix-en-Provence s’est prononcée sur le litige en mars 2024, l’ardoise approchait les 200 000 euros. L’abondant contentieux judiciaire sur les loyers impayés des Hubside store permet de trouver plusieurs cas similaires. Et il n’y a pas que les loyers. Les boutiques Hubside ne payaient pas les factures… de leurs vigiles ! La société Securitas a fait reconnaître une dette de 17 000 € par le tribunal de commerce, début 2024.

Autres victimes, et non des moindres : les salariés. La mise en liquidation judiciaire du groupe a provoqué le licenciement de pas loin de mille salariés. Le groupe laisse aussi des cotisations impayées auprès de leur complémentaire santé et de leur caisse de retraite complémentaire.

800 millions de dettes ? Le chiffre est provisoire

Pour estimer le passif laissé par le petit (et fragile) empire de Sadri Fegaier, la CFDT s’appuie les déclarations de cessation de paiements d’une dizaine de sociétés du groupe (sur les 18 mises en liquidation), en mai dernier. À ce moment, l’une des principales entités, Indexia développement affichait un passif de 632 millions d’euros, pour un actif de 369 millions et une trésorerie disponible de seulement 477 euros, selon le document également consulté par L’Informé.
Le décompte n’est que provisoire. Il précède la période de déclaration de créances, ouverte par la mise en liquidation, et ne peut pas tenir compte des éventuelles condamnations dans le cadre du procès pénal.
Mais l’ampleur de ces sommes sidère d’anciens salariés, syndiqués CFDT. « Un tel passif n’a pas à apparaître du jour au lendemain. Les commissaires aux comptes ont-ils joué leur rôle ? Le groupe a-t-il bénéficié de protections particulières à Bercy ou ailleurs ?  » s’interrogent-ils.