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Grande conso

Pourquoi des produits phares de Lustucru Frais ont temporairement disparu des rayons Carrefour

L’Informé révèle les dessous du bras de fer commercial féroce qui a opposé l’industriel et le distributeur. Et a entraîné des ruptures de stock en magasins.

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L’Informé

Les clients de Carrefour fans de la marque Lustucru l’ont sûrement remarqué à l’automne. Pendant quelques semaines, ils ont parfois eu du mal à trouver les gnocchis à poêler, les raviolis ou les pâtes fraîches du célèbre fabricant au damier bleu. Ce qu’ils ne savaient pas, et que ni Carrefour ni Lustucru Frais se sont bien gardés de dévoiler, c’est que cette rupture de stock était le résultat d’un violent bras de fer entre les deux acteurs. Un affrontement qui vient de tourner provisoirement en faveur de la chaîne d’hypermarchés.

Mais comment en est-on arrivé là ? Pour le comprendre, il faut revenir au printemps dernier., Alors que Carrefour avait déjà avalé à l’issue des négociations annuelles (clôturées début mars) une hausse tarifaire conséquente de 5% environ par rapport à 2021 sur les produits de la gamme Lustucru Frais (à distinguer des pâtes sèches Lustucru), l’industriel est revenu toquer à la porte du distributeur pour exiger une nouvelle augmentation. Les échanges d’alors, infructueux, ont entraîné une première suspension des livraisons et des opérations promotionnelles prévues. Et nécessité l’intervention d’un médiateur pour calmer le jeu. Celui-ci avait finalement enjoint l’industriel à reprendre les livraisons et mi-juillet, Carrefour acceptait de transiger. Et de revaloriser le tarif, d’environ la moitié de la demande initiale, autour de 3,5 %.

Décidément gourmand, Lustucru est revenu à la charge dès le 24 août, réclamant cette fois une hausse de 9% sur 7 références phares, dont les fameux gnocchis à poêler et raviolis. Une hausse que le producteur entendait mettre en œuvre le 15 septembre. Mais Carrefour n’a pas cédé. Le 6 octobre, Lustucru remettait la pression en indiquant qu’à défaut d’application de ce nouveau tarif, les commandes ne seraient plus acceptées à compter du 12 octobre et que la totalité des livraisons fond de rayon seraient suspendues.

Lustucru a mis sa menace à exécution le jour dit et c’est alors que Carrefour a choisi de passer par la voie judiciaire. Pour le moind fâché par le non respect du formalisme des procédures de renégociation, le distributeur a assigné son « partenaire » en référé. Avec succès. Le 23 novembre, le tribunal de commerce de Lyon a rendu une ordonnance en référé obligeant Lustucru Frais à reprendre ses livraisons le 24 novembre, sous astreinte de 50 000 euros par jour de retard. Un montant conséquent mais qui se justifie « par l’urgence de la situation et les enjeux économiques » selon le tribunal. Pour étayer sa décision, la justice a estimé que Lustucru Frais n’avait pas respecté la convention de partenariat signée le 1er mars avec Carrefour. Dans cette dernière, il était en effet précisé qu’en cas de désaccord sur la mise en œuvre d’un nouveau tarif, le fournisseur devait continuer à facturer et approvisionner son client sur la base du tarif d’origine. Et que tout nouveau tarif proposé devait être adressé trois mois avant l’entrée en vigueur envisagée. En ne laissant que trois semaines à Carrefour, Lustucru n’avait effectivement pas respecté le deal. Le fabricant n’a pas souhaité faire de commentaires sur l’affaire.

Dans son analyse des motifs, le juge a constaté « que l’arrêt de livraison des produits est fait intentionnellement et dans le but de faire évoluer le tarif convenu entre les parties et non pour des raisons d’évolution de gamme ou de stratégie marketing ». Lustucru Frais se mettant ainsi à la faute. « Lustucru profite du caractère incontournable des produits pour se faire justice à elle-même et exercer des mesures coercitives visant à contraindre Carrefour à obtempérer à ses demandes de revalorisation du prix des produits » explique un document de l’avocat de Carrefour dont nous avons obtenu copie. Un accord est-il encore possible ? Le tribunal de commerce de Lyon a en tout cas enjoint Carrefour et Lustucru à se réunir « immédiatement » pour négocier une nouvelle grille tarifaire.

Une inflation des prix et des procédures de contentieux entre fournisseurs et distributeurs

En attendant un éventuel rabibochage, les contentieux de ce genre se multiplient. Ainsi, L’Informé a également pris connaissance d’un bras de fer similaire en août, concernant Mars Petcare (produits d’alimentation pour animaux de marque Pedigree, Whiskas, Royal Canin, etc. ) et Carrefour. L’industriel avait proposé d’augmenter ses tarifs le 24 mai sur certaines références, avec une application au 1er juillet 2022, qui ne respectait donc pas le délai de préavis fixé à trois mois. En l’absence d’acceptation de Carrefour, Mars Petcare avait suspendu les livraisons, entraînant une action en référé de son client. Qui avait obtenu du tribunal de commerce de Paris la reprise des approvisionnements. Un dossier sur lequel Mars Petcare, contactée, n’a pas souhaité faire de commentaires. « Dans ces deux affaires, Mars et Lustucru Frais ont voulu nous imposer des hausses que nous considérions injustifiées. Et dans les deux cas les juges des référés nous ont donné raison, et les fournisseurs ont dû reprendre leurs livraisons » a commenté Carrefour auprès de l’Informé. Au printemps, c’est la hausse du tarif de plus de 20% des eaux de Danone (marques Evian, Volvic, Badoit) qui était à l’origine d’un clash avec Intermarché et les enseignes du groupe Casino. Il avait entraîné des déréférencements, mais de nouvelles négociations ont permis de régler ce différend ce mois-ci.

Ces procédures traduisent les tensions à l’œuvre entre les acteurs de l’agroalimentaire et la grande distribution. Les premiers font face à une hausse régulière de leurs coûts de production (matière première alimentaire, emballages, énergie, transport). Ce point a d’ailleurs été souligné par le tribunal de commerce de Lyon, qui s’est déclaré « conscient des difficultés économiques liées à l’augmentation des coûts de l’énergie ». Les seconds tentent pour leur part de limiter au maximum la flambée des étiquettes pour ne pas faire fuir les clients. Ce qui n’a pas empêché le prix des produits alimentaires de grimper de 12% en moyenne sur un an selon les dernières données de l’Insee (publiées fin octobre). La hausse est encore plus forte pour ceux à forte proportion de matières premières agricoles.