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Continuer la lectureLa vente de Tipiak attire la fine fleur de l’agroalimentaire français
Deux industriels de renom, une coopérative et un attelage d’entrepreneurs et de financiers sont en lice pour reprendre la marque. Mais son année mitigée rend les discussions plus serrées.
Mise à jour ce vendredi soir : Tipiak annonce être entré en négociation exclusive avec Terrena, l’un des candidats que nous présentions.
L’Informé l’avait révélé début septembre : Tipiak s’est mis à la recherche d’un nouvel actionnaire. La marque de féculents et de plats surgelés cotée en Bourse l’avait confirmé dans la foulée. Quelques semaines plus tard, le dénouement des discussions se fait attendre. Contrôlée par les familles Groult et Billard, l’entreprise de 1 250 salariés originaire de Saint-Herblain (Loire-Atlantique) ne laisse pas insensible. Selon plusieurs sources, ils seraient a priori quatre prétendants à être présents dans la phase finale des discussions pilotées par Macquarie Capital. La short-list comprend deux industriels, une coopérative alimentaire mais aussi une combinaison unissant deux entrepreneurs à succès et deux fonds.
L’un des géants français de l’agroalimentaire, LDC, a effectivement décidé de se lancer. Ce dernier semble avoir réussi à dompter le climat inflationniste : il vise les 6 milliards d’euros de ventes pour son exercice 2023-2024 (contre 5,8 milliards l’an passé), et se dit confiant sur sa capacité à dépasser son objectif de marge opérationnelle courante, fixé à 5 %. Peut-être plus connu pour son pôle volailles (Le Gaulois, Loué, Maître Coq…), le groupe familial est aussi à l’affût d’actifs pour étoffer son activité traiteur, qui compte déjà la marque Marie, rachetée en 2009. Tipiak - et particulièrement son activité plats préparés - constitue donc une cible séduisante pour lui.
Autre candidat industriel en lice dans le dossier, Pastacorp, qui est plus connue au travers de la marque de pâtes sèches Lustucru. L’entreprise contrôlée par la famille Cohen-Skalli présente une taille beaucoup plus modeste que celle de LDC, avec un chiffre d’affaires qui serait de l’ordre d’une centaine de millions d’euros. Mais elle a de l’ambition, et même un certain culot : elle l’avait démontré en 2021, lorsqu’elle avait formé un ticket avec le fonds CVC pour racheter à l’espagnol Ebro Foods la marque Panzani, cinq fois plus gros qu’elle. Mais le vendeur avait contraint Pastacorp à se retirer des négociations, de peur que la cession à un concurrent ne menace trop ses parts de marché. Avec Tipiak, la PME reprend le même mode opératoire, puisqu’elle se serait encore une fois alliée à un partenaire financier.
Troisième prétendant en lice pour la reprise de Tipiak : la coopérative alimentaire Terrena (5,4 milliards de chiffre d’affaires 2022 pour 135 millions d’Ebitda). Cette dernière dispose d’un pôle agroalimentaire (« aval ») venant offrir des débouchés à ses activités dans l’élevage et les cultures. Un rachat de Tipiak permettrait de compléter ce pôle, dont la marque la plus connue est Père Dodu, héritée du démantèlement du volailler Doux en 2018.
Michel Larroche, lui, amène une touche entrepreneuriale parmi les prétendants au rachat de Tipiak. Ce dernier a été le patron de Mont Blanc Materne (MoM) de 2003 à 2022. Il est l’artisan de la percée du groupe aux Etats-Unis, chose peu évidente pour une ETI française de l’agroalimentaire. Après treize années sous LBO, MoM est passée sous le contrôle majoritaire de Bel en 2016. Toujours aux manettes, Michel Larroche a aussi conservé 35 % du capital avec son équipe de direction… Une participation que Bel a rachetée en deux fois en 2021 et 2022, pour plusieurs centaines de millions d’euros. Aujourd’hui, Michel Larroche veut réemployer ses gains dans des acquisitions. Il est parti à l’assaut de Tipiak avec l’ex-directeur financier de MoM, Arnaud Bachelier. Mais des fonds de private equity l’accompagnent : Cerea et UI Investissement seraient de la partie.
Perte d’un gros contrat aux États-Unis
L’épilogue des enchères devait logiquement intervenir mi-octobre. Mais les discussions ont pris un peu de retard. Les résultats assez mitigés du groupe au premier semestre n’y sont sans doute pas étrangers. En dépit d’une diminution des ventes en volume (- 7 %), le chiffre d’affaires est resté stable par rapport aux six premiers mois de 2022, à 100 millions d’euros, la bonne performance de son pôle « sec » (couscous, taboulés, croûtons, feuilletés…) compensant le recul de l’activité surgelés et frais. Mais, sous l’effet de la hausse de ses coûts (principalement de l’énergie), l’Ebitda a reculé de 45 %, à 3,2 millions d’euros : même si Tipiak génère habituellement la plus grosse partie de sa rentabilité au deuxième semestre, il lui sera difficile d’atteindre les 21 millions d’euros d’Ebitda de l’an passé. Surtout que l’entreprise a annoncé la perte d’un important contrat. « Les ventes du secteur froid à l’international seront significativement impactées fin 2023 et en 2024, par la perte partielle d’un marché saisonnier chez un client majeur annoncée fin juillet 2023, soit postérieurement à la clôture en date du 30 juin 2023 », écrivait l’entreprise dans son rapport financier du premier semestre, fin septembre. Le client perdu, dont le nom n’a pas fuité, serait un distributeur nord-américain.
Les candidats au rachat doivent aussi prendre en compte un autre paramètre : le cours de Bourse est resté assez insensible à ces annonces. En octobre, il oscillait entre 65 et 70 euros, contre 61 euros tout début septembre. La capitalisation reste ainsi supérieure à 60 millions d’euros (pour une dette nette d’un montant équivalent), ce qui laisse augurer des discussions serrées sur la valorisation de l’entreprise avec les acheteurs.