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Continuer la lectureHaribo : contrainte par un syndicat, la direction va augmenter les salaires
Le fabricant des fraises Tagada et autres Croco a été attaqué par la CGT, qui lui reprochait de ne pas avoir respecté les accords signés.
Le gain est modeste mais la victoire est franche. Selon nos informations, les quelque 700 salariés des deux usines françaises du groupe Haribo, à Marseille et à Uzès, vont voir leur fiche de paie (très) légèrement progresser. La CGT demandait, en justice, un recalcul des salaires 2024, non conformes aux engagements pris par l’entreprise selon le syndicat. Et le tribunal judiciaire de Marseille vient de lui donner raison : une augmentation de 4,9 % sera rétroactivement accordée pour l’année 2024, au lieu d’un taux d’un peu plus de 4 % réellement appliqué.
Tout était pourtant bien parti : après des discussions entre la direction et les organisations syndicales, un accord « France 2025 » était signé en mars 2022, pour sécuriser l’évolution des fiches de paye sur trois ans. Haribo s’engageait ainsi à maintenir le pouvoir d’achat de ses salariés avec des augmentations générales égales « à l’inflation moyenne de l’année N-1 pour les exercices 2022, 2023 et 2024 », et une application au 1er juin de l’année concernée. Sur la base de cet accord, le coup de pouce pour 2024 aurait dû atteindre le niveau d’inflation 2023, soit 4,9 %. Or, au 1er juin 2024, la hausse accordée n’a atteint « que » 4 %, puis une seconde tranche de 0,6 % a été ajoutée au 1er septembre. Pour la CGT, le compte n’y est pas, la direction n’a pas respecté ses engagements. Le syndicat pousse l’affaire en justice.
En réalité, une légère divergence d’interprétation est à l’origine de ce couac. Lorsque la guerre en Ukraine démarre, en février 2022, l’inflation s’emballe. Haribo accorde alors pour 2022 des augmentations plus élevées que celles prévues contractuellement pour tenir compte de cette nouvelle donne. Avec l’idée de lisser ce surplus sur les trois ans, en réduisant donc les augmentations accordées pour 2024. Cette argumentation n’a pas convaincu le tribunal, pour qui « aucun des articles de cet accord ne prévoit que ces augmentations générales devraient être appréciées sur la période globale des trois années couvertes ». En clair, chaque année doit être prise individuellement, un rattrapage n’étant pas explicitement prévu par le texte. Tant pis donc pour le confiseur si il a été plus généreux que prévu. Dura lex, sed lex…
Haribo a pourtant sorti de sa manche une proposition faite lors d’une réunion de négociation en mai 2022 prétendument acceptée par les organisations syndicales : la direction pouvait accepter d’aller au-delà de l’engagement prévu pour 2022 dès lors qu’une compensation était opérée sur les années suivantes. Mais l’argument a été battu en brèche par le tribunal, cette note d’information émanant « de la seule direction générale de l’entreprise, sans qu’il soit justifié que son contenu aurait été effectivement accepté par les syndicats demandeurs ».
Un coût final plutôt modeste
Le géant allemand du bonbon (Haribo est la contraction du nom du fondateur et de sa ville d’origine, Hans Riegel Bonn), contacté par l’Informé, nous indique que « le tribunal a constaté que la société avait été au-delà de ses engagements au bénéfice des salariés dans la période d’inflation que nous avons connue entre 2021 et 2024, mais a considéré que les syndicats demandeurs n’y avaient pas consenti. Par conséquent, les termes, et non l’esprit, de l’accord n’auraient pas été respectés ». Le fabricant qui insiste sur le fait que globalement les augmentations de salaires ont été supérieures à l’inflation sur la période de 3 ans, précise « avoir pris acte de cette décision et de ses conséquences sur les négociations et la rédaction des accords à venir. » Elle « regrette sincèrement la démarche judiciaire des syndicats demandeurs qui va à l’encontre d’un dialogue social positif et propice à négocier des accords d’entreprise en faveur de l’ensemble des salariés Haribo ».
Cependant, la décision judiciaire ne devrait pas lui coûter bonbon, le rattrapage représentant au total une somme de l’ordre d’une centaine de milliers d’euros environ. Un montant qui reste modeste par rapport au poids économique de la société en France. En 2024, elle a généré un chiffre d’affaires de 388 millions d’euros (+4,1 % sur un an) pour un résultat net de 31,9 millions d’euros, soit une marge gourmande de 8,2 %, un niveau très élevé dans l’agroalimentaire. Confiant quant à l’avenir, l’industriel va même construire une nouvelle usine à Uzès, à côté de son site actuel. Un investissement supérieur à 100 millions d’euros selon le Figaro, qui permettra d’augmenter localement ses capacités de production de 50 %.