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Continuer la lectureGueule de bois pour les cavistes Nysa
Les lendemains de fête sont parfois douloureux. Après une croissance rapide, la chaîne de boutiques de vins est en redressement judiciaire et cherche un repreneur.
C’est à se demander si le vin se boit comme du petit-lait dans le cœur du 20e arrondissement de Paris ! Sur 100 mètres à peine de la rue des Pyrénées, le passant a le choix entre Nicolas, Le Repaire de Bacchus et Nysa pour acheter sa bouteille, sans parler d’un grand magasin indépendant et des rayons...
Selon nos informations, la chaîne Nysa a été placée en redressement judiciaire le 27 avril dernier par le tribunal de commerce de Paris. Et l’administrateur judiciaire juge aujourd’hui la situation suffisamment critique pour lancer un appel aux candidats à la reprise. « Des discussions sont désormais engagées avec des repreneurs autour d’un objectif commun : maintenir l’emploi, pérenniser les partenariats construits avec les fournisseurs et faire perdurer la marque et ses valeurs », assure la direction de Nysa auprès de l’Informé.
Bien que parti plus tard que Nicolas, le leader historique de ce marché (160 boutiques rien qu’à Paris en 2020), l’enseigne créée en 2006 dans le Marais par Laurent Decaux et Louis de Martille s’est pourtant taillé une place de choix dans le secteur. Leur credo : dépoussiérer l’image parfois élitiste de la cave traditionnelle. Après un démarrage tranquille, les fondateurs accélèrent et ouvrent 36 points de vente entre 2014 et 2019. Une croissance rapide à même d’allécher les investisseurs. Cette année-là, le fonds M Capital prend une participation minoritaire dans le réseau pour 4 millions d’euros avec l’objectif d’encore en doubler la taille et d’aller au-delà de Paris. 11 nouvelles boutiques voient le jour rien qu’en 2020. Aujourd’hui, l’enseigne emploie 107 salariés et compte 59 points de vente : 53 en succursales à Paris et banlieue ainsi que 6 en franchise, à Lyon (3) et Londres (3).
Un site e-commerce tardif
De l’avis de beaucoup d’experts du secteur, cette frénésie d’ouvertures explique en partie les difficultés actuelles. Les dirigeants de Nysa auraient surestimé la demande. Les observateurs pointent une autre erreur : en 2020, quand la crise sanitaire a vidé les rues, ils n’avaient toujours pas développé de site e-commerce. Celui-ci n’a vu le jour qu’en 2021. Conséquence de ces mauvais choix : les comptes se sont fortement dégradés ces dernières années. Le chiffre d’affaires est passé de 19 millions d’euros en 2021 à 14,5 millions en 2022 (1 million de bouteilles de vins et spiritueux vendues), soit encore en deçà de son niveau de 2020 (15,5 millions). Surtout, la perte d’exploitation a atteint 1 million en 2022, après un profit de 60 000 € en 2021. « Ces deux dernières années, nous avons subi de plein fouet, le contexte inflationniste, la baisse de la consommation et l’évolution des modes de vie des Franciliens post-Covid. Ces éléments adverses ont durement affecté le chiffre d’affaires de Nysa, sa trésorerie et la fréquentation dans ses magasins, malgré les plans d’actions menés », souligne la direction.