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Grande conso

Dans la vallée du Rhône, Guigal accusé d’abuser de la mention « château »

L’administration conteste au groupe viticole le droit de mentionner le château d’Ampuis sur ses millions de bouteilles. Il vient d’obtenir un répit en justice.

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OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP

Les affaires ont bien failli tourner au vinaigre pour la Maison Guigal. Il s’en est fallu de peu pour que le florissant viticulteur de la vallée du Rhône - 18,3 millions d’euros de résultat net pour un chiffre d’affaires de 71 millions en 2022 - soit contraint, cet été, de détruire en catastrophe des...

En cause : un conflit avec l’administration sur les mentions figurant sur ses bouteilles. La direction régionale de l’économie (DREETS), où travaillent les inspecteurs de la brigade « vins et spiritueux », estime que le groupe d’Ampuis (Rhône) se prévaut du « château d’Ampuis » de façon irrégulière. Après un contrôle en 2023, elle a ordonné le 4 juin 2024 à la société de faire disparaître les mots litigieux avant… le 1er septembre !

Guigal vient d’obtenir, in extremis, la suspension de la mesure par le tribunal administratif de Lyon. Selon la décision rendue le 20 août, la société a fait valoir « les répercussions considérables sur le plan logistique » de cette demande dans un délai aussi court « alors qu’elle commercialise plus de sept millions de bouteilles par an ». Elle a surtout convaincu le juge des référés qu’un « doute sérieux » existe sur la légalité de l’injonction. « Nous avons simplement obtenu le droit de continuer à travailler en attendant que le tribunal se prononce sur le fond de l’affaire », commente Philippe Guigal, directeur général du groupe familial auprès de L’Informé.

Le risque d’un grand chambardement des étiquettes est donc repoussé pour la Maison Guigal. Mais pas écarté. Sur certains points, la discussion promet d’être serrée. Car en matière viticole, ne se proclame pas « château » qui veut… La mention est réservée aux vins d’appellation d’origine protégée (AOP) entièrement produits dans l’exploitation dont dépend le château, de la récolte des raisins à la vinification. Et lorsqu’un « château » développe une activité de négociant en plus de sa production propre, les inspecteurs de l’administration traquent les risques de confusion sur l’étiquetage. Autrement dit, le vin de négoce ne doit pas abusivement profiter du nom et de la notoriété des cuvées produites sur l’exploitation.

Quid du château d’Ampuis dans tout cela ? Il s’agit d’abord du nom du cru renommé d’AOP côte-rôtie produit par Guigal dans son berceau historique : « Les raisins sont récoltés sur nos 75 hectares en propriété et le vin est vinifié sur place », insiste Philippe Guigal. Mais depuis 1995, le château d’Ampuis est également le siège social de l’entreprise dont la santé repose en partie sur son activité de négociant. Pour proposer ses nombreuses appellations prestigieuses (châteauneuf-du-pape, gigondas, crozes-hermitage, saint-joseph…), Guigal achète à d’autres une partie des raisins nécessaires.

Visuellement, le château d’Ampuis n’est pourtant pas absent de toutes ces bouteilles. Parmi les points litigieux, la mise en avant d’une esquisse stylisée de la bâtisse et l’indication de l’adresse en ses termes : « Mis en bouteille par E.Guigal, château d’Ampuis, Rhône, France ».

Trouvant sans doute que Guigal pousse le bouchon un peu loin, l’administration a ordonné la suppression de toute présentation « écrite ou visuelle » du château d’Ampuis des étiquetages. Désormais suspendue, l’injonction aurait même pu conduire, paradoxalement, à interdire la marque « Château d’Ampuis », y compris pour le vin réellement produit sur place.

Contactée pour préciser son action, la direction régionale de l’économie (DREETS) indique ne pas pouvoir communiquer sur une affaire en cours. Quant à la Maison Guigal, elle relativise la portée du litige. Il ne touche « aucunement les vins Guigal » en eux-mêmes, souligne le directeur général, mais uniquement l’usage de la mention château d’Ampuis malgré « 29 ans d’une utilisation notoire, paisible et incontestée du nom et de l’image de cet édifice historique ».