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Pourquoi Alain Marty (Wine & Business Club) se retrouve interdit de gérer une entreprise

Cette figure du monde du vin et de l’entreprise a été condamnée par la justice pour abus de bien sociaux et recel. Il tente aujourd’hui de perpétuer ses affaires depuis Barcelone.

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Alain Marty est une figure bien connue des dirigeants d’entreprises. Depuis plus de trente ans, ce petit-fils de vignerons quadrille la France pour organiser des centaines de réunions sous l’égide du Wine & Business Club notamment. Avec une recette à succès : des prises de parole d’invités prestigieux (Christine Lagarde, Patrick Pouyanné, Michel-Édouard Leclerc…) suivies d’échanges informels, de dégustations de vins fins et d’un dîner gastronomique. Sur son site web, l’homme d’affaires revendique un réseau de 25 000 patrons en Europe et rappelle qu’il est l’auteur de 16 livres dont « L’art du Networking - de Cro-Magnon à LinkedIn ». Il a également fondé plusieurs entreprises dédiées au conseil et à l’organisation d’évènements ainsi que BtoBradio.tv, un portail consacré à l’économie et à la finance.

Mais l’entrepreneur hyperactif, qui anime par ailleurs l’émission In Vino sur Sud Radio, a récemment fait un grand ménage dans ses différentes structures employant quelque 25 personnes. Un coup de balai tout sauf spontané. Selon nos informations, il a en effet été frappé d’une interdiction de gérer une entreprise pour une durée de trois ans. Il a aussi été condamné pour abus de bien sociaux, et plusieurs de ses sociétés l’ont également été pour recel. S’il a, dans un premier temps, fait appel du jugement correctionnel, mettant ainsi les condamnations sur pause, Alain Marty a finalement décidé de se désister de son appel en mai 2025. Ce qui rend les condamnations définitives, et lui évite sans doute un alourdissement des sanctions.

À l’aune de ces décisions, on comprend donc mieux le grand remue-ménage opéré ces derniers mois dans ses sociétés : en février et mars, Alain Marty a successivement liquidé ses sociétés AM consultant, la SCI immobilière AM, Sport et entreprise, ou encore BtoBradio.tv. D’autres structures dont il était le fondateur et dirigeant viennent quant à elles de changer de président. Il a ainsi lâché les rênes de Financière AM et Financière 75, deux autres de ses sociétés holding et de Strategy Club. Pour le remplacer en tant que gérant ou président, il n’est pas allé chercher bien loin. Il a confié ces missions à Xavier Delavaud, qui n’est autre que le directeur général de Networking Premium Group, une entreprise créée en 2023 par… Alain Marty.

C’est le Wine & Business Club (WBC), le bébé d’Alain Marty, créé en 1991, qui est à l’origine de tous ses déboires. Disposant d’une certaine notoriété dans les milieux d’affaires, le club avait attiré l’attention d’AG2R La Mondiale. Investisseur de longue date dans le secteur viticole, notamment à Saint-Émilion, l’assureur dispose d’une branche dédiée, La Mondiale Grands Crus. En 2017, elle décide de racheter discrètement le WBC et ses filiales pour 1,8 million d’euros. Pour garantir la pérennité de l’affaire, qui repose avant tout sur le carnet d’adresses et l’expérience d’Alain Marty, La Mondiale Grands Crus signe deux contrats de prestation de service avec lui. Le premier, d’une durée de 5 ans, porte sur l’assistance du WBC en matière commerciale, marketing, communication, administrative, etc., pour 1,9 million d’euros au total, soit 380 000 euros par an (voir encadré). Le deuxième contrat, de 150 000 euros par an, lui confie l’animation d’une vingtaine de soirées. Une bonne opération pour Alain Marty qui va, de facto, continuer à gérer son entreprise comme avant, sauf qu’il n’en est plus le propriétaire ! Mais les affaires se corsent très rapidement. En 2020, la pandémie sonne le glas des réunions, des banquets du club... et du Wine & Business Club. La liquidation judiciaire, sans poursuite d’activité, est prononcée le 27 août 2020 mettant un terme à l’aventure avec La Mondiale au bout de seulement trois ans. Mais le dossier n’est pas clos pour autant.

Car depuis le rachat du WBC par AG2R La Mondiale, la nouvelle directrice exécutive soupçonne Alain Marty d’anomalies de gestion. Des anomalies dont elle informe l’actionnaire. Une plainte est déposée le 31 août 2020, pour des faits d’abus de biens sociaux, d’abus de confiance et d’escroquerie. L’ouverture d’une enquête préliminaire est confiée à la brigade financière. Elle débouchera sur un procès devant la 11e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris. Alain Marty était poursuivi pour huit chefs d’accusation. En mars 2024, il a été relaxé pour cinq d’entre eux. Notamment la prétendue revente de bouteilles de vin aux enchères à son profit, ou encore des échanges marchandises (places pour les dîners contre des publicités dans le magazine Challenges pour le WBC et ses propres sociétés), qui ont en fait été refacturés correctement.

Mais il a été condamné pour d’autres faits. Le premier ? L’obtention gratuite d’une selle d’équitation pour le cheval de sa fille, contre la parution de publicités pour le maître sellier Bruno Delgrange, dans le magazine du WBC. Pour cet échange marchandises à son seul bénéfice, Alain Marty, remboursera de son propre chef environ 4 900 euros. Deuxième exemple, lors d’un achat de mobilier, la Financière AM, une société personnelle d’Alain Marty, a fait supporter la totalité des coûts de livraison et de montage de meubles au WBC, dont elle partageait les locaux. Troisième pratique condamnable - et condamnée - : le dirigeant a fait bénéficier à des prospects et clients de la Financière AM et de BtoBradio.tv de tarifs fortement décotés (140 euros au lieu de 235) pour participer à des dîners du WBC. Soit un manque à gagner de 8 174 euros pour l’organisateur.

« L’impression d’être le pot de terre contre le pot de fer »

Chef d’entreprise chevronné, connaissant les règles en matière d’abus de bien sociaux, Alain Marty a écopé de plusieurs sanctions. « Si les sommes détournées, en l’espèce 16 784 euros paraissent relativement mesurées, l’enquête de même que les débats à l’audience ont mis en évidence une gestion inconséquente de la société WBC par Alain Marty, lequel a fait prévaloir ses intérêts personnels et ceux de ses sociétés sur les intérêts de cette dernière », a estimé le tribunal. Il l’a condamné à une peine d’interdiction de diriger, administrer, gérer ou contrôler directement ou indirectement une entreprise commerciale pendant trois ans. Et il l’a condamné à la privation des droits d’éligibilité pendant un an.

Sur le plan pécuniaire, Alain Marty a écopé, à titre personnel, d’une amende de 20 000 euros. Et les sociétés qui ont bénéficié de ses malversations ont été condamnées pour recel (5 000 euros pour Financière AM, et la même somme pour BtoBradio.tv). Enfin, en matière d’action civile, c’est-à-dire le remboursement des préjudices observés, le liquidateur de WBC a obtenu qu’Alain Marty et ses sociétés versent solidairement 10 468 euros, assortis de 5 000 euros de frais de justice.

« Pendant 5 ans, j’ai eu l’impression d’être le pot de terre contre le pot de fer, indique Alain Marty à l’Informé. Aujourd’hui, je regarde vers l’avenir et souhaite tourner définitivement la page de ce passé. Contrairement aux accusations portées par mes adversaires, la société WBC était totalement saine. Parmi les multiples preuves, le contrôle fiscal du WBC a accouché d’un redressement de 769 euros pour un chiffre d’affaires de plus de 2 millions d’euros ». L’homme d’affaires ajouté : « Même si je ne dirige plus de sociétés en France, la condamnation à 3 ans d’interdiction est totalement disproportionnée surtout pour un abus de bien social de 16 784 euros, moins 4 900 euros (le montant de la selle remboursée il y a déjà plusieurs années, ndlr). Il y a de toute évidence à la fois une injustice mais également une volonté farouche de m’abattre. »

Avant de se désister de son appel, Alain Marty était visiblement en train de préparer l’avenir, le centre de gravité de ses affaires se déplaçant plus au sud. Dès le mois d’octobre 2024, il avait créé la société Networking 365. Cette dernière n’est pas domiciliée en France mais à Barcelone. Fin mai, il a cédé la fonction d’administrateur unique à un certain Miguel Trapé Viladomat. De nationalité espagnole, il est aussi devenu l’associé unique de Financière 75 (via la société NXTFI Espana, S.L) et Financière AM, deux entreprises initialement créées par… Alain Marty, dont il n’est officiellement plus le propriétaire. « Mes deux parents sont catalans de sang, je comprends le catalan comme le français et je suis bilingue en castillan, nous a expliqué Alain Marty. Il a toujours été prévu dans ma feuille de route professionnelle que je démissionnerais de tous mes mandats en France en 2025 quand je créerais une société dans la péninsule ibérique en 2024. C’est exactement ce qu’il s’est passé et je suis très heureux de retrouver mes racines catalanes. Je précise que ce planning est totalement indépendant du sujet AG2R ». Toute coïncidence avec son interdiction de gérer en France serait donc purement fortuite.

Aujourd’hui, Alain Marty continue d’animer des soirées autour de ses thèmes de prédilection : le vin, la gastronomie et les rencontres. Adieu le Wine & Business Club (WBC), vive le Cercle Wine & Business (CWB)… Le 25 juin, plus de 350 dirigeants ont répondu présent à une soirée organisée par ce club créé par Alain Marty au Shangri-La. Dans les salons du palace parisien, il y avait des speakers triés sur le volet : l’ancien international de rugby François Trinh-Duc, le député des Yvelines Karl Olive, ou encore le philosophe et ancien ministre Luc Ferry. « Malgré une grande sinistrose économique en Europe, la société Networking 365 tente de déployer ses activités en Espagne et à l’étranger avec le lancement du Cercle Wine Business à Barcelone en 2025, à Madrid en 2026 et l’organisation d’un « Davos » mondial du vin en 2027 », a indiqué Alain Marty à l’Informé. Il ne semble pas prêt de dételer… Contactée, l’ancienne directrice exécutive du Wine & Business Club n’a pas répondu à nos sollicitations, et l’AG2R La Mondiale n’a pas souhaité faire de commentaires.

Un autre débat… sur la loyauté et le paiement de factures

Lorsqu’il cède le Wine & Business Club à La Mondiale Grands Crus en mai 2017, Alain Marty obtient en même temps un contrat de prestataire auprès de l’assureur. Il signe avec ce dernier une convention qui lui confère l’administration quotidienne du club. Une mission très bien rémunérée, à savoir 1,9 million d’euros pour la période courant de 2017 à fin 2021, assortie de conditions avantageuses. Le contrat est renouvelable par tacite reconduction pour de nouvelles périodes d’un an. Et si La Mondiale Grand Crus décide une résiliation anticipée de la convention, elle devra verser le solde dû jusqu’au terme du contrat et 34 % du différentiel entre 1,9 million et les sommes déjà versées. Un joli pactole.

Et c’est précisément ce que va réclamer Alain Marty. En avril 2020, La Mondiale Grand Crus cesse de verser les mensualités prévues. Non pas en raison de la pandémie, mais parce que le groupe commence à soupçonner des abus de bien sociaux et une escroquerie. L’animateur met en demeure l’assureur de lui verser 696 436 euros, correspondant aux mensualités prévues d’avril 2020 jusqu’à la fin de la convention. La tension monte d’un cran, avec une assignation en référé, refusée par le tribunal de commerce de Paris. La Mondiale réplique et attaque son ancien partenaire, en demandant l’annulation du contrat de prestations de services, pour comportement déloyal. Le motif du courroux de La Mondiale ? Après l’arrêt de l’activité du WBC, Alain Marty a par exemple incité, de sa propre initiative, les membres à réclamer le remboursement de leurs cotisations, comme indiqué dans des mails rédigés en août 2020 : « Depuis plusieurs mois, alors que je propose de nombreuses formules (en accord bien sûr avec les mesures et contraintes liées au COVID 19) pour faire vivre le WBC de Genève (…) AG2R La Mondiale cultive l’immobilisme et l’absence de communication malgré mon travail forcené quotidien pour le club. Compte tenu de mes contrats de prestations en cours avec le WBC et dans une logique « d’honnêteté », il est de mon devoir de conseiller à toutes les entreprises membres (…), de demander immédiatement le remboursement de leurs cotisations (ou des partenariats) au prorata des prestations réellement réalisées en 2019 et 2020. »

Il ne va pas s’arrêter là. Le serial entrepreneur annonce le 30 septembre 2020 par voie de presse la création d’un nouveau club, le Cercle Wine & Business. Et il ne cache pas que son idée est de reproduire le modèle du WBC, dont il utilise d’ailleurs les mêmes initiales en les mélangeant… Pour le tribunal de commerce de Paris, selon un jugement rendu en juin 2022, ces agissements cumulés sont un manquement aux obligations contractuelles de loyauté et « constituent des actes suffisamment graves en soi » pour justifier l’annulation du contrat entre les deux parties. Et s’il n’y a plus de contrat, il n’y a plus de mensualités à régler. Faisant appel, Alain Marty réclamera de nouveau leur remboursement, et y ajoutera même 380 000 euros supplémentaires « puisque la convention a été renouvelée pour un an jusqu’au 31 décembre 2022, faute de résiliation avant son terme fixé au 31 décembre 2021 ».

L’appel ayant confirmé le jugement initial, cette demande restera évidemment lettre morte. Dans ce dossier technique, le dirigeant a décidé de porter l’affaire en cassation. Et cette demande de paiement s’explique peut-être par la situation de plusieurs de ses entreprises. La financière AM accusait ainsi une perte de 280 000 euros en 2022. La même année, une autre de ses sociétés, BtoBradio.tv, enregistrait un chiffre d’affaires de 600 000 euros, pour 500 000 euros de pertes, selon les chiffres communiqués au tribunal.

Une réponse d’Alain Marty

Si vous avez respecté le principe du contradictoire en me donnant la parole dans cet article, je tiens à réagir à certains éléments de forme et de fond, dont le traitement porte atteinte à ma réputation. Le titre choisi met en exergue une condamnation pour abus de biens sociaux, sans contexte, et laisse penser que je chercherais à contourner une interdiction de gestion en poursuivant mes affaires depuis l’étranger. 
Or, il aurait été plus honnête et rigoureux de préciser d’emblée que la condamnation porte sur un montant global d’ABS évalué à 16 784 euros sur plusieurs années, à rapporter à un chiffre d’affaires de plus de 2 millions d’euros par an, et que l’une des principales sommes en question, soit 4 900 euros, a été spontanément remboursée plusieurs années avant toute décision judiciaire par mes soins. 
Le titre et le chapeau sont caricaturaux et ne décrivent donc pas la réalité des faits. De plus, la nature des faits ayant conduit à la condamnation a été jugée bénigne par la cour d’appel, comme en témoigne la relaxe prononcée pour cinq des huit chefs de prévention, dont certains avaient été les plus médiatisés au départ. Le titre, ainsi que le paragraphe introductif visible gratuitement sur votre site, donnent donc une image incomplète et trompeuse du contentieux qui m’oppose à AG2R. L’immense majorité des lecteurs ne pouvant accéder à l’article complet resteront sur l’impression d’une gestion frauduleuse massive, ce qui est contraire à la vérité judiciaire, et s’apparente à de la diffamation.