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Grande conso

Gros coup de mou pour Téléshopping (TF1) et M6 Boutique, placés en redressement

Les deux sociétés stars du téléachat, propriété du même groupe, viennent d’être placées en redressement judiciaire. La faute à des difficultés financières nées de l’inflation, selon leur dirigeant.

Capture d’écran du site tf1.fr
Capture d’écran du site tf1.fr

Vous n’avez jamais craqué pour un appareil « grill perfect » qui permet de profiter des saveurs du barbecue toute l’année en intérieur ? Ou pour un lot de valises ultra résistantes et « garanties à vie » ? Tous les matins de la semaine, le téléachat fait pourtant partie du quotidien des téléspectateurs depuis près de 40 ans avec le Téléshopping sur TF1, présenté à 8 h 30 par Marie-Ange Nardi et Alexandre Devoise, et M6 Boutique diffusé sur la chaîne concurrente à 8 h 50 et animé par Pierre Dhostel (le fils de Pierre Bellemare, qui a été le premier à populariser le concept en 1987). Les Français se lasseraient-ils du téléachat et des promesses mirifiques des produits mis en avant ? Il faut le croire : selon nos informations, les sociétés qui se cachent derrière ces émissions viennent d’être placées en redressement judiciaire.

Ces entreprises n’appartiennent plus à TF1 et M6 mais au groupe Stars, dirigé par Jérôme Dillard. Un temps directeur général du pôle e-commerce et vente à distance de la première chaîne, cet homme d’affaires avait racheté à son ancien employeur l’activité opérationnelle (sourcing de produits, commercialisation, production TV) de Téléshopping début 2019. L’année suivante, il récidivait, reprenant cette fois à M6 sa filiale de vente à distance Home Shopping Service (HSS) connue pour son émission M6 Boutique. Juste après cette acquisition, le groupe Stars avait mis en place un plan de sauvegarde de l’emploi chez HSS, réduisant les effectifs de 120 à 60 salariés. L’idée étant de créer un spécialiste du téléachat sous toutes ses formes et d’avoir une meilleure force de frappe.

La concurrence exponentielle de l’e-commerce, la fragmentation de l’audience télé et l’image parfois dépassée du téléachat rendaient déjà ce pari compliqué. Mais des événements inattendus ont encore plus contrarié ces plans. La crise du covid tout d’abord. Si elle a boosté un temps les ventes, les Français restant un peu plus chez eux, elle a aussi empêché les équipes de Jérôme Dillard d’aller dénicher en Asie les dernières trouvailles à même de plaire au public. « Le flux de nouveaux produits a baissé pendant deux ans » confirme ce dernier à l’Informé. La fermeture des frontières a aussi fait grimper un temps le coût d’approvisionnement de ces produits Made in Asia. De quoi grever les marges. Surtout, « après le covid, la guerre en Ukraine a généré un retour de l’inflation, et peut-être aussi une peur du lendemain de la part des consommateurs » ajoute Jérôme Dillard.

Toutes ces avaries ont logiquement dégradé les comptes de ce modèle en perte de vitesse. De 200 millions d’euros en 2015 pour les deux émissions, l’activité est tombée à 100 millions d’euros en 2021. Cette même année, si Téléshopping dégageait encore un million d’euros de bénéfices, HSS a de son côté perdu 400 000 euros. Les données 2022 ne sont pas encore disponibles.

Pour les protéger, et ne pas hypothéquer l’avenir, Jérôme Dillard a demandé le placement en redressement judiciaire de Téléshopping et Home Shopping Service, mais aussi des autres filiales comme Top Shopping, SPI (la centrale d’achat pour les produits), et le groupe Stars. Cette procédure, qui s’applique aux entreprises en état de cessation des paiements, permet la poursuite de l’activité et impose un plan pour sortir des difficultés tout en gelant les créances dues. Une période d’observation de 6 mois a été décidée. L’enjeu est désormais de trouver comment relancer ce modèle.

Une marketplace vidéo façon liveshopping en préparation

Pour Jérôme Dillard, les fondamentaux du téléachat restent bons, notamment sur le plan des audiences, stables, voire en légère augmentation depuis 5 ans. L’entrepreneur a identifié un relais de croissance dans les nouvelles formes de commerce, et créé l’été dernier « Tendances 24 ». Le site qui se présente comme la première marketplace vidéo du commerce français promet aux petites entreprises françaises de booster leurs ventes en ligne. « L’avenir du commerce passera par les vidéos. Au départ, les commerçants seront en mode enregistré, mais d’ici la fin de l’année nous nous ouvrirons au live shopping » explique Jérôme Dillard.

Pour les émissions télévisées, nerf de la guerre, il table sur le retour de produits originaux, en mettant en avant l’intérêt des chaînes d’avoir une offre de ce type pour les créneaux du matin. Lors de la vente de Téléshopping par TF1, la chaîne s’était engagée à poursuivre la diffusion des émissions sur ses antennes pendant cinq ans, soit jusqu’en 2024, un contrat qui aurait été prolongé. Pour M6, là aussi la cession s’est doublée d’un contrat de diffusion des programmes à long terme sur les antennes du groupe, un point essentiel pour assurer la pérennité du concept. Contacté, TF1 n’a pas fait de commentaires, alors que M6 n’avait pas encore répondu à nos questions.