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Grande conso

Grand Frais : les actionnaires des rayons épiceries s’organisent pour vendre

PAI et les fondateurs d’Euro Ethnic Foods ont mandaté une banque d’affaires pour sonder le marché.

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JEAN-MARC BARRERE / Hans Lucas via AFP

Les lignes vont-elles enfin bouger chez Grand Frais en 2025 sur le plan capitalistique ? Pour rappel, l’enseigne de halles alimentaires est un animal particulier dans la distribution tricolore : il n’est ni une grande entreprise classique comme Carrefour ou un groupement d’indépendants comme E.Leclerc ou Intermarché. Il a la forme d’un groupement d’intérêt économique (GIE) animé par trois acteurs chacun en charge de rayons différents : Prosol (le plus gros) pour les rayons fruits et légumes, la poissonnerie et la crèmerie, Despi pour la boucherie et Euro Ethnic Foods (EEF) pour l’épicerie. Chacun a un actionnariat distinct : Ardian et l’homme d’affaires Denis Dumont pour le premier, la famille Despinasse pour le deuxième, tandis que le troisième est détenu par PAI et ses fondateurs, les frères Bahadourian. En 2023, Prosol avait été remis sur le marché - en vain - par ses actionnaires après une première tentative infructueuse en 2021. L’an passé, Despi a lui aussi remis à l’ordre du jour l’évolution de son capital, mais rien n’a été encore annoncé. Et cette année, le sujet semble plus que d’actualité pour EEF, comme l’avait suggéré Bloomberg mi-février.

Selon plusieurs sources, ses actionnaires évaluent leurs options et commencent à tester le marché en compagnie de Goldman Sachs. La banque connaît très bien le dossier : c’est elle qui avait mené les enchères en 2021 ayant abouti à la prise de participation de PAI à hauteur de 60 %, (les frères Bahadourian ayant conservé 40 % au travers de leur société Norkorz Capital). L’opération s’était scellée pour une valorisation de l’ordre du milliard d’euros, alors qu’EEF réalisait un Ebitda de l’ordre de 80 millions d’euros à l’époque.

Comme Grand Frais dans son ensemble, l’entreprise est actuellement dans une bonne dynamique. Selon une note de l’agence Moody’s publiée en novembre dernier, EEF a vu son chiffre d’affaires grimper à 629 millions d’euros lors de son dernier exercice (clos le 31 mars 2024), ce qui correspond à une hausse des ventes de 12,4 %, tirée aux deux tiers par la croissance organique et, pour le reste, par de nouvelles ouvertures de halles et la montée en puissance d’autres points de vente qui n’avaient pas encore atteint leur rythme de croisière. L’Ebitda ajusté d’EEF, estimé par Moody’s à environ 145 millions d’euros, a progressé dans la même proportion : l’entreprise est parvenue à répercuter l’inflation de ses coûts dans ses prix. Elle a même profité de ces bonnes performances pour procéder à une « dividend recap », ces opérations qui consistent à augmenter l’endettement d’une société déjà sous LBO ayant une forte génération de « cash ». Elle avait levé 100 millions d’euros de dette pour l’occasion.

Reste à savoir si une réouverture du capital d’EEF pourrait accélérer ou non un scénario parfois présenté comme inéluctable chez Grand Frais : un rapprochement entre les différents membres du GIE. Prosol avait fait un petit pas dans cette voie l’an passé en rachetant Novoviandes, qui gère les rayons boucherie des halles Grand Frais d’Ile-de-France, un dossier dont l’Informé avait révélé les dessous. PAI se serait lui-même montré intéressé par Prosol en 2023, ce qui aurait ouvert la voie à un rapprochement de ce dernier à EEF… Mais la transformation de Grand Frais en un groupe classique se heurtera inévitablement à la question du prix : PAI et Ardian étant entrés sur des valorisations élevées, avec des multiples d’Ebitda à deux chiffres, considérés comme très élevés dans la distribution.

Si les esprits s’agitent autour des différentes composantes de Grand Frais, le dossier à très souvent attiré les convoitises. Il y a plusieurs années, des acteurs comme Auchan ou Carrefour l’avaient regardé, mais vite refermé compte tenu des tarifs demandés. Car Grand Frais apparaît comme un ovni, et une pépite. Alors que la grande distribution classique est mise sous pression, et que le marché global des produits frais traditionnels est en léger recul, ce spécialiste réussit à tirer son épingle du jeu. Dans une étude baptisée « Pourquoi les Français consomment-ils moins de produits frais ? », Gaëlle Le Floch, directrice Insight de Kantar Worldpanel expliquait l’an dernier que Grand Frais avait récupéré les volumes et la clientèle perdus par les autres circuits grâce à sa forte attractivité. Selon le cabinet d’études, 21 % des ménages font ainsi leurs achats de produits frais dans l’enseigne, en moyenne 10 fois par an et pour 25 euros par visite (données d’avril 2024). Des chiffres à mettre en rapport avec un réseau encore modeste à l’échelle du territoire. Grand Frais compte seulement 325 unités actuellement, d’une surface moyenne de 900 m2, et vise 20 à 25 ouvertures par an.

Prosol développe aussi avec un format de magasin plus petit, baptisé Fresh, qui compte environ 55 unités (surface moyenne de 500 m2), soit un Grand frais en miniature, destiné aux zones moins denses. Petit certes, mais très ambitieux. Une vingtaine d’ouvertures sont prévues cette année, avant 30 en 2026 puis 50 par an ensuite. Et ce n’est pas tout. Pour ratisser le territoire, et rentrer dans le cœur des villes, Prosol a créé Mon Marché.fr, un site de livraison à domicile, qui se double désormais de magasins. Le premier a ouvert ses portes à Paris en 2024, le deuxième vient d’être inauguré à Puteaux (Hauts-de-Seine), avec l’objectif d’en compter une vingtaine à Paris et de couvrir les grandes agglomérations françaises. Dans les colonnes du magazine LSA, Jean Paul Mochet, ancien patron de Franprix et Monoprix, nommé président de Prosol en avril dernier, indiquait que le chiffre d’affaires de l’entité dépassait désormais les 4 milliards d’euros en 2024, une année record, tout comme pour le GIE Grand Frais.

Contacté par l’Informé, EEF n’a pas souhaité faire de commentaires, tandis que PAI Partners n’a pas donné suite à nos sollicitations.