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Grande conso

Un grand cabinet de conseil américain réclame des millions à Casino

Fatigué de relancer le distributeur stéphanois, AlixPartners l’a attaqué en justice pour obtenir le paiement de ses prestations réalisées du temps de la présidence de Jean-Charles Naouri.

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NICOLAS GUYONNET / Hans Lucas via AFP

Casino a du mal à passer à la caisse… Selon nos informations, le distributeur, longtemps englué dans des problèmes financiers, doit des millions d’euros à la société de conseil AlixPartners et rechigne à les lui régler. Signe que l’affaire a pris des proportions hors normes, le cabinet a saisi la jus...

Comme ses concurrents, le groupe Casino (Monoprix, Franprix, Spar, Vival…) a souvent fait plancher des bataillons de consultants ces dernières années pour adapter sa stratégie. En l’occurrence, avec AlixPartners, une collaboration s’est nouée en avril 2023. Pour cet intervenant reconnu dans le milieu de la grande consommation, la mission était simple : mettre en œuvre rapidement un programme d’économies, alors que le distributeur croulait sous un endettement massif. Une prestation facturée 3,7 millions, auxquels se sont ajoutés 2,178 millions d’euros de services additionnels, stipulés dans un avenant signé fin 2023. Mais, à ce jour, le cabinet n’a reçu que 1,6 million, malgré l’envoi de plusieurs factures, dont la dernière a été adressée en février 2024.

Depuis cette date, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts chez Casino. Le groupe d’origine stéphanoise a enchaîné un plan de sauvegarde accélérée et une vaste restructuration, marquée par la cession quasi complète de ses supermarchés, hypermarchés, alors qu’il s’était déjà délesté de ses filiales en Amérique du Sud. Jean-Charles Naouri, le PDG et principal actionnaire, a dû céder son fauteuil, et un nouveau conseil d’administration a été nommé en mars 2024. Malgré cette remise à plat, aucun paiement n’a été déclenché pour honorer cette ardoise. Lassée d’attendre le règlement de ses factures, AlixPartners a finalement attaqué son client en septembre. Une décision en partie couronnée de succès donc, puisque le tribunal de commerce de Paris, en référé, a exigé que le solde de la première facture de 3,7 millions soit réglé. En revanche, le deuxième volet reste en suspens car le distributeur conteste sérieusement l’accomplissement des services additionnels demandés et donc le règlement des 2,178 millions d’euros associés. Un point que le président du tribunal de commerce, chargé de juger en urgence, n’a pas tranché.

Les juges consulaires vont de toute façon devoir rouvrir le dossier, car Casino a fait appel de cette décision. En attendant, Alix Partners encaissera tout de même les 2,1 millions dus, la condamnation étant exécutoire, c’est-à-dire qu’elle s’applique sans attendre d’éventuels recours. Ni Casino - qui de manière générale ne fait pas de déclarations sur les faits relevant de l’ancienne gouvernance - ni Alix Partners n’ont souhaité commenter nos informations.

Après Alix, Albus...

Alix Partners n’est pas la seule société de conseil à avoir maille à partir avec Casino. Un autre contrat signé par l’ancienne équipe dirigeante, cette fois avec Albus Partners, pose problème. Ce cabinet qui « résout les situations à forts enjeux des dirigeants, entrepreneurs et actionnaires » avait adressé en septembre 2023 une facture de 182 800 euros au distributeur, basée sur une rémunération « au succès » : ses équipes devaient toucher 2 % des économies de coût réalisées chez Franprix, une filiale de Casino. Ladite facture se répartissait en deux lignes, avec 48 800 euros d’une part (soit 2 % de 2,44 millions d’euros de gains sécurisés) et 134 000 euros d’autre part (soit 2 % des 13,4 millions d’euros de gains identifiés, après un abattement de 50 %). La distinction entre gains sécurisés et identifiés a beau être subtile, elle reste suffisante pour que Casino conteste la douloureuse, et refuse de payer, les gains identifiés n’étant pas éligibles aux honoraires variables.

Une nouvelle fois, l’affaire a abouti devant les tribunaux qui, en référé, ont retenu l’argumentation du distributeur, et rejeté en juin dernier la demande de paiement d’Albus Partners. Mais les deux partenaires semblent s’être rabibochés. Car le 11 février, Albus s’est désisté de sa procédure, laissant entendre qu’un accord avec son client avait été trouvé contre l’obtention d’un chèque. Contacté, le cabinet de conseil n’a pas répondu à nos sollicitations.