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Continuer la lectureFromages Jay&Joy : le parquet de Paris ouvre une enquête sur les contaminations à la listeria
Les « fromages » végétaux de la PME ont été mis en cause dans cinq cas graves de listériose.
Y aura-t-il, un jour, un procès de la crémerie végétale Jay&Joy ? C’est désormais envisageable. Les produits de la marque - des alternatives au fromage à base de noix de cajou bio - jouissaient d’une réputation appréciable parmi les consommateurs vegan ou intolérants au lactose jusqu’à début 2023. Depuis, ils ont disparu de la vente. Et pour cause : les autorités ont imposé l’arrêt de la production mi-janvier, en raison d’une contamination persistante à la listeria. Cinq personnes sont tombées gravement malades. Parmi elles, quatre femmes enceintes : l’infection a même provoqué des accouchements prématurés.
Selon nos informations, la justice est désormais saisie du dossier. Le pôle santé publique du parquet de Paris est en charge des investigations depuis le 1er juin. Contacté par L’Informé, le bureau de la procureure de la République n’a pas souhaité commenter davantage.
Des produits contaminés laissés en vente et des victimes ignorées
Comme L’Informé l’a révélé au mois de janvier, les autorités sanitaires ont mis à jour de graves négligences. Jay&Joy avait bien rappelé deux lots contaminés à la listeria courant 2022. Mais d’autres lots, bien que testés positifs à la bactérie lors de contrôles internes, avaient été laissés en vente, selon l’arrêté du 16 janvier imposant la mise à l’arrêt de l’usine.
Aujourd’hui, des victimes pointent également la légèreté de l’entreprise dans la prise en compte des alertes. Malade de la listériose lors de sa grossesse en avril 2022, Ninel a connu plusieurs semaines d’hospitalisation et d’angoisse sur la santé de son futur bébé. À l’époque, elle avait voulu poster un commentaire sur le site de Jay&Joy, afin de mettre en garde les autres femmes enceintes : « Le commentaire n’a pas été publié, raconte-t-elle à L’Informé. À ce moment-là, ils avaient rappelé un lot contaminé. Mais comme j’avais consommé le lot précédent, ils m’ont dit que pour eux, leur produit n’était pas en cause. » Une autre victime, également touchée lors de sa grossesse en juillet 2022, a témoigné auprès de RMC et du Parisien de la même attitude de la marque : mise en doute de sa responsabilité, et refus de publier une alerte à destination des femmes enceintes.
Le nouveau patron revoit les procédures sanitaires
Le début des investigations judiciaires coïncide avec la reprise de la production début juillet chez Jay&Joy. Entre-temps, elle a changé de propriétaire : placée d’abord en redressement judiciaire en mars, elle a été rachetée par un ancien consultant de McKinsey, César Augier. « Ma priorité a été de revoir le plan de maîtrise sanitaire et de recruter une responsable qualité expérimentée, de façon à ce que cela ne puisse plus arriver », explique-t-il. Les premiers produits, vendus en ligne, pourront être livrés fin juillet. Et le nouveau patron, qui a levé deux millions d’euros pour relancer l’entreprise, espère un retour dans les rayons des magasins bio à la rentrée.
Le « nouveau » Jay&Joy est à l’abri des poursuites éventuelles liées à la crise de la listeria. Une nouvelle structure juridique, portant le même nom, a été créée à l’occasion de la reprise. L’ancienne société Jay&Joy, elle, a été placée en liquidation au mois de juin. Pas de quoi, pour autant, arrêter la machine judiciaire.
Les éventuelles poursuites peuvent aussi concerner les anciens responsables de l’entreprise, en tant que personnes physiques. Contactée via son agence de communication, Mary Carmen Iriarte Jähnke fondatrice et présidente de la société jusqu’à sa vente, n’a pas répondu.