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Continuer la lectureComment Go Sport a tenté jusqu’au bout d’éviter le redressement judiciaire
Go Sport a tout fait pour présenter des comptes dans le vert avant son passage devant le tribunal de commerce. L’Informé dévoile les coulisses de ce sauvetage raté.
« Le distributeur d’articles sportifs Groupe Go Sport placé en redressement judiciaire ». Le titre de la dépêche AFP du 19 janvier dernier a marqué la fin des interrogations autour des finances du groupe, dont les magasins emploient près de 2000 personnes en France. Le tribunal de commerce de Grenoble a fini par trancher après avoir constaté un passif de 14,05 millions d’euros, synonyme de cessation de paiements de l’entreprise. Ce montant est issu du rapport du cabinet Eight Advisory qui faisait la lumière sur la comptabilité à la date du 5 janvier 2023.
Selon les minutes du jugement que l’Informé s’est procuré, Go Sport a multiplié les tentatives pour améliorer sa situation entre cette date et l’examen de son dossier par le tribunal. Il a notamment obtenu un moratoire (une suspension temporaire) sur les dettes au 31 décembre 2022 de la part de plusieurs fournisseurs, pour un total de 4,7 millions d’euros. Dans le détail, Adidas a ainsi accepté de patienter pour le versement de 3,25 millions d’euros, Puma et Asics en faisant de même pour environ 740 000 euros chacun. L’actionnaire de Go Sport, Hermione People & Brands (HPB), a également versé 4 millions d’euros via un apport en compte courant le 17 janvier, juste avant l’audience. En raclant les fonds de tiroirs, ou plutôt en profitant de la convention de trésorerie avec ses filiales, le Groupe Go Sport pouvait potentiellement accéder au 1,435 million disponible dans les caisses de sa fililale Go Sport France.
En cumulant ces montants (moratoire, apport de l’actionnaire, et trésorerie de Go Sport France), le passif net théorique du Groupe Go Sport n’atteignait plus que 3,9 millions d’euros, bien mieux que les 14 millions du 31 décembre. Pour repasser dans le vert, le distributeur avait même une dernière carte dans sa manche : le reverse factoring. Cette méthode permet de payer un fournisseur via un tiers afin d’éviter de piocher immédiatement dans sa propre trésorerie. Mais le coup de poker n’a pas fonctionné. Si un programme de reverse factoring auprès d’un courtier a bien été souscrit pour un montant de 7 millions, il n’a servi qu’à hauteur de 600 000 euros pour régler un partenaire avant l’audience, en l’occurrence Rossignol. Certainement échaudé par la situation de Go Sport, le courtier a suspendu son contrat, précisant qu’il ne le réactiverait « qu’à la condition que Groupe Go Sport ne soit pas en cessation des paiements, et donc qu’il ne fasse pas l’objet d’un redressement judiciaire ». Le jour du délibéré, ces 6,4 millions qui auraient pu être providentiels pour gagner du temps sont restés conditionnels, et donc non disponibles. De toute façon, le cabinet Eight Advisory ainsi que le parquet, estiment, dans le jugement, que le reverse factoring n’aurait pas été considéré comme un actif disponible. À la différence de Go Sport qui n’avait pas la même analyse. Contacté par l’Informé, HPB, l’actionnaire du distributeur, a indiqué ne vouloir faire aucun commentaire.
On le sait maintenant, les efforts de dernière minute pour échapper au redressement auront été vains. La décision du tribunal de commerce place l’entreprise sous le contrôle de deux administrateurs et deux mandataires judiciaires, avec une première période d’observation de six mois. Les suites sur ce dossier risquent d’être nombreuses. C’est la maison mère et centrale d’achat (Groupe Go Sport) qui est placée en redressement, et pas sa filiale Go Sport France qui opère, elle, les magasins. Mais si l’une vacille, l’autre va également chanceler. Ce n’est qu’une question de temps, des points de vente manquant de produits à vendre ne pouvant tenir indéfiniment.
Plus généralement, les finances de Go Sport ne manquent pas de soulever des questions. Notamment suite à la remontée de 36 millions d’euros de Go Sport vers son actionnaire Hermione People & Brands constatée fin 2022, un mouvement signalé par les commissaires aux comptes, et qui a mis le feu aux poudres chez les représentants du personnel. Avec cette somme en caisse, l’enseigne aurait pu voir venir de manière un peu plus sereine. L’utilisation de ces 36 millions en question intrigue : ils auraient servi à financer a posteriori l’achat de la chaîne Gap (une vingtaine de magasins) par Go Sport pour habiller la mariée, manœuvre étrange puisque Gap avait été rachetée… pour un euro symbolique par HPB en 2021.
Une autre ponction sur les comptes de Go Sport en 2022, de 18 millions, étonne. Elle aurait elle servi à payer les salaires chez Camaïeu (autre entreprise appartenant à HPB) peu de temps avant sa liquidation au mois de décembre. Autant d’élements qui ont poussé le parquet de Grenoble à ouvrir une enquête préliminaire pour « abus de bien social », la veille de l’annonce du redressement judiciaire.