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Grande conso

Auchan France : en quête d’économies, la direction veut renégocier plusieurs acquis des 55 000 salariés

Le distributeur vient de dénoncer plusieurs accords d’entreprise pour les adapter aux besoins actuels. De quoi inquiéter les syndicats alors que le distributeur est en perte de vitesse.

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MAGALI COHEN / Hans Lucas via AFP

C’est peu dire que le message a suscité un certain émoi en interne. Le 20 septembre, les différentes organisations syndicales d’Auchan France ont reçu un courrier signé de Mahdi Boukennat. Le directeur des relations sociales d’Auchan Retail y formalisait noir sur blanc la dénonciation des accords d’entreprise sur l’organisation et l’aménagement du temps de travail, le travail du dimanche, ou encore les RTT. De quoi remettre sur la table la négociation de textes qui régissent la vie professionnelle des 55 165 employés en CDI d’Auchan France*. La raison d’un tel chambardement ? « Aujourd’hui, l’entreprise nous dit que nombre d’accords ne sont plus adaptés ni à la stratégie, ni à la relance de l’enseigne », souffle un employé.

Dont acte. Du côté de la direction, on explique à l’Informé que des discussions ont été engagées avec les partenaires sociaux dès le début de l’année dernière pour faire évoluer l’organisation du travail. Celle-ci étant encadrée par des textes qui ont dix ans, voire plus. « Les accords ont été dénoncés car ils ne répondent plus tout à fait aux besoins actuels des collaborateurs comme de l’entreprise », indique Auchan, qui articule les échanges autour de trois axes : l’harmonisation du travail entre les formats historiques de magasins (hypermarchés et supermarchés), l’adaptation et la simplification des organisations, et la flexibilité pour répondre aux besoins des salariés et de l’entreprise. Parmi les sujets abordés, la direction met en avant le soutien du pouvoir d’achat des équipes, et propose le paiement des heures supplémentaires au trimestre et non plus à l’année ou le maintien des conditions de rémunération pour les dimanches et jours fériés : aujourd’hui, le commerçant nordiste verse des majorations supérieures à celles prévues dans la convention collective nationale (150 % de plus contre 100 % pour les jours fériés, et 50 % au lieu de 30 % pour le dimanche matin).

Mais cela ne devrait pas suffire à calmer les inquiétudes. Au-delà de ces points précis, beaucoup craignent que le distributeur ne réalise des économies sur leur dos. Il faut dire que des coups de sonde ont déjà été donnés. Fin 2023, des discussions ont eu lieu pour unifier les règles sur le temps de travail dans les supermarchés et hypermarchés, ces deux branches ayant toujours des accords distincts. Auchan avait émis la possibilité d’imposer aux salariés jusqu’à 15 dimanches et 4 jours fériés travaillés par an en cas de volontaires insuffisants. Proposition non validée à l’époque, mais jusqu’à quand ?

Autre sujet d’appréhension : le temps de travail. Les accords d’Auchan prévoient aujourd’hui une semaine de 35 heures, avec une modulation de plus ou moins 3 heures pour tenir compte des périodes creuses ou de forte activité. Un dispositif bien plus avantageux que la convention collective du commerce alimentaire, où la charge hebdomadaire peut monter à 48 heures avec une limite de 10 heures de travail par jour et 44 heures par semaine en moyenne sur une période de 12 semaines consécutives, ce qui diminue aussi le recours aux heures supplémentaires mieux payées… Il y a quelques mois, Auchan avait déjà souhaité s’inspirer de cette annualisation du temps de travail moins intéressante pour les salariés, sans obtenir gain de cause. Mais pour répondre à des variations d’activité « avec les bonnes personnes, au bon endroit, au bon moment », le distributeur ne cache pas continuer à rechercher plus de flexibilité et de simplicité dans son organisation.

Le calendrier des négociations vient de débuter

Concrètement, les partenaires sociaux ont désormais 15 mois pour établir de nouveaux standards. Direction et organisations syndicales savent dialoguer : elles l’ont encore prouvé cet été avec la signature d’un accord de GEPP (gestion des emplois et des parcours professionnels) prévoyant entre autres des mobilités externes pour les employés occupant un métier dit « sensible ». Mais la dénonciation des accords a pris tout le monde de court. Et le signal envoyé interpelle à en croire Bruno Delaye, délégué syndical central CTFC pour Auchan : « Le statut social a été construit à une période où l’on dégageait du résultat... Il devient difficile à financer dans une entreprise en difficulté. On sent donc une volonté de remettre en question un certain nombre de choses. » Car les mauvais résultats s’enchaînent pour l’enseigne en France. Après des résultats 2023 dégradés et inférieurs aux attentes (avec un recul des ventes de 2,7 %), la situation ne s’est pas améliorée au premier semestre : le chiffre d’affaires total d’Auchan Retail France a encore reculé de 2,9 % à 7,7 milliards d’euros. L’Ebitda s’affichant lui en nette baisse compte tenu « d’une exploitation difficile dans un contexte concurrentiel exacerbé » selon les déclarations du groupe. Si, mi-septembre, Auchan affichait une progression de 0,6 point de sa part de marché, à 9 %, cette hausse en trompe-l’œil s’explique avant tout par l’intégration des magasins rachetés à Casino ces derniers mois.

Arrivé au chevet du distributeur en avril, Guillaume Darrasse, un ancien de Système U et de Teract devenu directeur général d’Auchan, doit définir et piloter une relance commerciale qui se fait attendre. Fin septembre, les directeurs de magasin ont tous assisté à deux jours de réunions plénières, vraisemblablement pour se voir présenter la stratégie de fin d’année et les perspectives. Mais la feuille de route s’accompagne d’un serrage des coûts. Compte tenu du rapprochement aux achats avec Intermarché, Auchan va tailler dans les effectifs de ses propres centrales d’achat et dans les fonctions supports. Les équipes se sentent aussi menacées par la réduction des surfaces commerciales prévue dans de nombreux hypermarchés. 78 magasins sont concernés en France, pour une baisse de superficie moyenne de 25 %. « Supprimer 200 000 m2 interroge sur le volet social. De plus les dénonciations récentes des accords laissent à penser qu’il y a une recherche effrénée d’économies en tout genre », estime pour sa part Gérald Villeroy, délégué syndical CGT d’Auchan Retail France. L’élu craint même que des annonces sur l’emploi ne soient faites à l’occasion d’un comité central social et économique qui se déroulera ce mercredi 9 octobre. Signe, en tout cas, que des chantiers sensibles se préparent, plusieurs représentants syndicaux ont dû signer des accords de confidentialité il y a plusieurs mois. Une méthode qui n’avait jusqu’ici jamais été employée chez Auchan.

* chiffres à fin mars