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Continuer la lectureTunnel sous la Manche : Getlink veut installer un deuxième câble électrique géant
La maison-mère d’Eurotunnel a lancé en 2022 une activité de transport d’1 GW d’électricité entre la France et l’Angleterre.
Beaucoup d’habitués de l’Eurostar l’ignorent, mais le Tunnel sous la Manche ne sert pas qu’à transporter des passagers et des marchandises. Il véhicule aussi des électrons ! L’an dernier, Getlink (ex-Eurotunnel) y a inauguré un câble géant de 1 gigawatt capable de transporter de l’électricité entre la France et l’Angleterre. Une toute nouvelle activité, ElecLink, si rentable que le groupe prévoit déjà la mise en place d’une seconde installation identique pour doubler ses capacités, selon nos informations. Les discussions pour obtenir les autorisations préalables sont d’ores et déjà entamées avec les autorités, la Commission de régulation de l’énergie comme la Direction générale de l’énergie et du climat du ministère du Ministère de la transition énergétique.
Ouverte en mai 2022, l’interconnexion avait vocation à apporter au réseau britannique de l’électricité nucléaire française, considérée comme peu chère et abondante. Mais l’année dernière, les électrons ont circulé en sens inverse, du fait de l’indisponibilité d’un nombre record de centrales nucléaires d’EDF provoquée par un problème de corrosion sur plusieurs tuyaux. « Sans le câble, la France aurait sans doute eu des coupures », remarquait Yann Leriche, le directeur général de Getlink lors de la présentation des résultats du premier semestre.
Lancé en 2017, le projet d’interconnexion, évalué à 580 millions d’euros d’investissement, avait pâti de relations franco-britanniques détériorées par le Brexit. Le chantier, qui comprenait le déploiement de 59 kilomètres de câble et la construction de deux stations de conversion d’électricité – une à Folkestone (Royaume-Uni), une à Peuplingues (France), s’est achevé avec deux ans de retard par rapport aux trois ans initialement prévus au calendrier. « Avec le nouveau Premier Ministre Rishi Sunak, la relation franco-britannique s’est stabilisée et les deux capitales cherchent désormais à susciter des projets profitables entre les deux pays, explique un proche du dossier. L’interconnexion supplémentaire que veut mettre en œuvre Getlink en fait bien sûr partie. »
Pour l’entreprise, ElecLink constitue une excellente affaire. Sur les six premiers mois de 2023, son modèle de vente de capacités électriques via un système d’enchères a généré 330 millions d’euros de chiffre d’affaires, près d’un tiers de l’activité du groupe Getlink. Et plus de 200 millions de bénéfices d’exploitation (Ebitda), soit 41 % de ses résultats. « L’équipement d’interconnexion est un investissement cher et délicat à réaliser étant donné les problèmes récurrents auprès des fournisseurs. Mais une fois en place, son exploitation se révèle extrêmement rentable et avec un risque particulièrement faible », rapporte un proche du dossier.
Dès juillet, Getlink avait vendu 84 % de la capacité disponible pour l’année 2023 et déjà 45 % pour l’année prochaine. Les besoins en infrastructures d’interconnexions électriques vont en effet aller croissant avec la décarbonation de l’économie et la montée en puissance des énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque), dont la production est intermittente. Le gestionnaire du réseau de transport de l’électricité français, RTE, estimait en 2019 qu’il fallait « doubler en 15 ans » la capacité d’échange d’électricité aux frontières pour répondre à l’augmentation de la demande.
Interrogé, Getlink n’a pas souhaité commenter nos informations.