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Continuer la lecturePétrole : chez Rubis, le bras de fer entre actionnaires reprend avant l’AG
Face aux deux fondateurs, Patrick Molis tente d’accroître son contrôle sur ce distributeur énergétique dont il détient près de 10 %.
À quelques jours de l’assemblée générale annuelle du 10 juin, les esprits s’échauffent à la tête du groupe de distribution de produits pétroliers Rubis, coté au SBF 120. Premier actionnaire de l’entreprise via sa société la Compagnie nationale de navigation (CNN), spécialisée dans les prises de participations dans le maritime, l’énergie, l’aéronautique et la défense, Patrick Molis tente cette année encore d’infléchir les équilibres en sa faveur au sein du conseil de surveillance. L’ancien magistrat de la Cour des comptes a obtenu de faire inscrire une résolution en ce sens à l’ordre du jour de la prochaine assemblée. Son projet a d’ores et déjà suscité l’opposition du conseil de surveillance et de la gérance de la société.
Rubis, dont le chiffre d’affaires 2025 a atteint 6,5 milliards d’euros, est détenue à 9,36 % par CNN, à 6 % par les Plantations des terres rouges (groupe Bolloré), 6,06 % par BlackRock et 5,70 % par Dassault. Pour autant, en raison de son statut de société en commandite, l’entreprise est aujourd’hui contrôlée par ses fondateurs et associés commandités, détenteurs de seulement 2,29 % du capital : Jacques Riou et Gilles Gobin - aux côtés de sa fille Clarisse Gobin-Swiecznick, qui reprend le flambeau. De quoi susciter les grognements des autres actionnaires, Patrick Molis en tête, dont les ambitions sur Rubis ne se démentent pas. Entré au capital en 2024, celui-ci a quasi doublé sa participation en deux ans et poursuit son bras de fer pour transformer la gouvernance. Après avoir fait nommer au board l’investisseur canadien Ronald Sämann en 2024, l’énarque a obtenu en 2025 la désignation d’Anne Lauvergeon, en plus de la sienne.
La résolution qu’il a présentée le 13 mai 2026 frappe cette année encore plus fort. Patrick Molis y conteste le renouvellement d’Alberto Pedrosa - membre du conseil de surveillance de Rubis depuis 2022 et président du comité d’audit et RSE - et propose d’installer à sa place Yann Dever, partner au sein de la banque d’affaires Ondra.
Pour justifier un tel changement, Patrick Molis met en cause la crédibilité d’Alberto Pedrosa, sujette, selon lui, à des « questionnements incompatibles avec son maintien en fonction ». Son argument ? La rémunération exceptionnelle demandée par l’intéressé à la société brésilienne Clealco Açucar e Alcool lorsqu’il en était président 2017 et 2021, qui a fait l’objet d’un différend judiciaire. Dans son projet de résolution, Patrick Molis attaque aussi le fonctionnement du comité d’audit de Rubis, pointant les relations d’affaires qu’aurait entretenues l’ex-président du conseil de surveillance et du comité d’audit Nils Christian Bergene avec Rubis, par l’intermédiaire de sa société de courtage Nitrogas.
La riposte du conseil de surveillance ne s’est pas fait attendre. Le 19 mai, l’organe de gouvernance a émis un avis défavorable à ce projet de résolution et conclu qu’à l’issue « d’une analyse juridique approfondie », aucun des éléments avancés ne « justifiait de s’opposer au renouvellement » du mandat d’Alberto Pedrosa. Même revers de main sur les liens commerciaux avec le distributeur pétrolier reprochés à Nils Christian Bergene, qui se sont « pour l’essentiel nouées et développées avant que celui-ci ne soit de retour au conseil de surveillance ». Et de pointer que « le conseil regrette que Patrick Molis ait choisi (...) de recourir au mécanisme de dépôt de résolution par un actionnaire », plutôt que de présenter la candidature de son poulain « dans le cadre du processus collégial de sélection » du board comme le permet la gouvernance. La gérance a logiquement emboîté le pas au conseil de surveillance, appelant elle aussi les votants à rejeter la résolution de CNN le 10 juin prochain.
Pour autant, l’actionnaire frondeur pourrait emporter la partie s’il obtient le renfort des autres poids lourds que sont Bolloré, Dassault ou BlackRock. Rejetée de peu en 2024, la candidature de Patrick Molis a été largement adoptée en 2025 avec 99,72 % de voix favorables. Celle d’Anne Lauvergeon a, elle, été soutenue par 98,96 % des votants.