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Énergie - Environnement

Pétrole : le conflit entre le canadien Zenith et la Tunisie se téléporte à Paris

La société pétrolière a porté plainte pour corruption passive et abus de confiance contre la présidente du tribunal arbitral chargé de trancher son différend avec la Tunisie.

Zenith a engagé plusieurs procédures contre la Tunisie devant la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale (ICC).
Zenith a engagé plusieurs procédures contre la Tunisie devant la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale (ICC). XOSE BOUZAS / Hans Lucas via AFP

C’est une bataille qui oppose depuis quatre ans la Tunisie au groupe Zenith Energy. Après avoir concédé à l’entreprise canadienne l’exploitation de plusieurs sites pétroliers, l’État maghrébin avait finalement décidé de revenir sur ces contrats. Remontée, la compagnie a engagé plusieurs procédures, dont une en 2022, devant la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale (ICC), basée à Paris. Zenith réclamait 130 millions d’euros de compensation après la résiliation de la concession du site de Sidi El Kilani. Mais le 11 juillet dernier, le tribunal arbitral constitué pour l’occasion l’a déboutée et même condamnée à payer 675 000 euros pour les frais de procédure ainsi que 90 000 euros à la Tunisie…

Loin de baisser les armes, Zenith a demandé le 15 septembre l’annulation de cette décision devant le Tribunal fédéral suisse et, selon nos informations, le groupe ne s’est pas arrêté là : la Canadian North Africa Oil & Gas (CNAOG), une filiale du groupe pétrolier, vient en effet de déposer plainte auprès du procureur de la République de Paris contre Cecilia Carrara, la présidente du tribunal arbitral qui a tranché leur différend. De quoi raviver des tensions déjà vives entre les deux parties. Un premier arbitrage, rendu en 2024, entre l’État tunisien et le Canadien s’était soldé par la victoire du second, lui permettant d’empocher 9,7 millions de dollars, tandis qu’un troisième - dans lequel Zenith réclame 572 millions de dollars - est en cours devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi).

La plainte, déposée à Paris où s’est déroulée la procédure d’arbitrage, ouvre un nouveau front à ce dossier déjà dense. Portée par l’avocat Jean-Baptiste Soufron du cabinet FPWA, elle met en doute l’impartialité de l’avocate italienne et pointe les « liens » que celle-ci entretenait avec la République tunisienne. Des « liens pour le moins étonnants » selon le document consulté par l’Informé, qui seraient susceptibles de caractériser un délit de corruption passive et d’abus de confiance. La participation de l’avocate en novembre 2023 à une formation sur « la pratique du conseil en arbitrage », organisée à Tunis par le Forum d’Arbitrage d’Ifriqya, l’Université SOAS de Londres et le Comité national de la Chambre de commerce internationale en Tunisie, fait en effet tiquer le pétrolier.

Effondrement du chiffre d’affaires

À cette date, la procédure d’arbitrage est déjà en cours. Or plusieurs participants et organisateurs de cette formation avaient partie liée avec les autorités tunisiennes, voire étaient chargés des intérêts de l’État maghrébin dans le différend les opposant à Zenith. Autant d’éléments qui auraient dû, selon le groupe énergétique, être communiqués aux parties et à l’ICC. Ces mêmes interrogations sont aussi au cœur du recours porté devant le Tribunal fédéral suisse.

La fébrilité du groupe canadien est d’autant plus importante que son litige avec les autorités tunisiennes lui a déjà fait perdre beaucoup d’argent. En trois ans, son chiffre d’affaires s’est effondré. En 2023, avant le séquestre de ses quatre gisements locaux, Zenith Energy réalisait un chiffre d’affaires de 13,159 millions de dollars canadiens (8,19 millions d’euros). Après les saisies, son activité s’est établie en 2025 à 2,147 millions de dollars canadiens (1,34 million d’euros)…

Si la procédure parisienne fait l’objet d’une instruction judiciaire, elle s’ajoutera à un calendrier chargé. La décision du Cirdi est en effet attendue au printemps 2026 (courant avril). Quant au recours en annulation formé auprès de la justice helvétique, il pourrait être tranché avant l’été.

Contactée, Cecilia Carrara n’a pas répondu à nos sollicitations.