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Énergie - Environnement

Les premières pistes de Luc Rémont pour réorganiser le nucléaire d’EDF

Les grandes orientations de la future réorganisation des activités ont été présentées aux syndicats du groupe. L’Informé vous en dévoile la teneur.

Luc Rémont, PDG d’EDF
Luc Rémont, PDG d’EDF EMMANUEL DUNAND / AFP

Augmenter les synergies entre le parc nucléaire existant et les futurs chantiers : tel semble être le nouveau mantra du patron d’EDF pour remettre d’aplomb son groupe. L’enjeu de la réorganisation que prépare Luc Rémont est de taille. L’énergéticien doit à la fois poursuivre le plan de rénovation du ...

Une première synthèse des orientations envisagées a été présentée aux organisations syndicales le 31 août. L’Informé a pu consulter le document : il présente sept pistes pour restructurer les activités nucléaires d’EDF en vue de « faire bien du premier coup ». À la manœuvre pour établir ces orientations, les quatre membres du comité exécutif, mandatés par Luc Rémont en juin en tant que « préfigurateurs » : Cédric Lewandowski (direction du parc nucléaire et thermique - DPNT), Xavier Ursat (Direction ingénierie et projets nouveau nucléaire - DIPNN), Alain Tranzer, délégué général à la qualité industrielle et aux compétences nucléaires et Bernard Fontana, chargé de piloter le volet industriel d’EDF (voir notre article).

Sur ces sept pistes, quatre devraient modifier en profondeur l’organisation et la façon de travailler dans le groupe. La première prévoit une meilleure planification des grands projets, maillon faible de l’énergéticien comme l’a montré le chantier de Flamanville. Il s’agit pour le groupe de renforcer la qualité de la réflexion sur le long terme, telle que pourrait la porter une direction couplant stratégie et planification. La seconde s’attaque à l’organisation de l’ingénierie de conception, stratégique dans le grand carénage et la construction des EPR2. L’idée serait ici de regrouper en une seule entité les équipes d’ingénierie de conception de la DPNT et de la DIPNN, afin de standardiser les outils et les méthodes.

Troisième transformation de taille : le rassemblement de l’ensemble des activités industrielles au sein d’un futur pôle « industries et services », qui permettrait d’améliorer la cadence de la production. Une initiative dans la lignée des deux plans d’amélioration industriels déjà lancés par le groupe (le projet « Juliette » chez Framatome en 2019 et le projet « Excell » chez EDF en 2020). Autre gros chantier structurant : accélérer la séparation entre maîtrise d’œuvre (MOE) et maîtrise d’ouvrage (MOA) ainsi que le préconisait le rapport Folz de 2019. Autrement dit, dissocier clairement le rôle du « client interne » (la MOA) de celui de « réalisateur de projet » (la MOE), pour le parc existant comme pour les réacteurs neufs.

D’autres orientations (travail de fond sur la supply chain nucléaire, accélération des boucles de décisions, renforcement de la maîtrise de constructions…) complètent le schéma de Luc Rémont. Reste maintenant à voir quels changements cette feuille de route aura sur le top management… La partie ne sera pas simple. Des changements sont à prévoir au sein du comité exécutif. Quant au dialogue qui va s’engager entre direction et partenaires sociaux, il sera déterminant pour la réussite du projet. Luc Rémont semble ne pas vouloir précipiter le calendrier. Si le CSE d’EDF doit recevoir courant septembre le dossier plus précis de cette réorganisation, le processus d’information consultation des syndicats ne démarrera qu’en janvier prochain.

Sur le fond, les organisations représentatives des salariés sont pour l’heure dans l’expectative. « Nous partageons les objectifs de la réorganisation si son but est de retrouver une production à la hauteur des enjeux pour la prolongation du parc et la construction des nouveaux réacteurs, estime Gwénaël Plagne, secrétaire CSE Central EDF pour la CGT. Mais le vrai sujet reste de savoir quels effets auront ces orientations sur le maintien des compétences en interne. Si il y a rapprochements entre des entités d’EDF n’ayant pas les mêmes conventions collectives, avec un alignement sur les moins-disantes d’entre elles, il y a un risque de dumping social et de départ des salariés à la concurrence ». Vigilance aussi à la CFDT où l’on scrute « les impacts majeurs » que pourraient avoir ces réorientations sur les ingénieries de la DPNT et de la DIPNN, mais aussi dans « les autres établissements qui vont être découpés pour réaliser les regroupements d’activités recherchés ». Les craintes d’une éventuelle scission d’EDF, à terme, telle que l’envisageait le précédent projet de réorganisation d’EDF baptisé « Hercule » , restent au coeur des inquiétudes.