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Énergie - Environnement

Hydrogène vert : H2V espère lever 200 millions d’euros pour sa gigafactory de Dunkerque

Soutenue par Gérard Mestrallet, la start-up industrielle veut boucler le financement d’un site destiné entre autres à fournir l’usine locale d’ArcelorMittal.

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pidjoe / Getty Images

Elle fait partie de ceux qui, comme d’autres PME (Lhyfe…) ou grands groupes (Air Liquide, Engie…) veulent mettre plus de vert dans l’hydrogène. La start-up industrielle H2V compte industrialiser une production reposant sur l’utilisation d’électrolyseurs alimentés par de l’énergie renouvelable. Il s’agit ici de « casser » les molécules d’eau et de séparer l’hydrogène de l’oxygène. Un procédé plus respectueux de l’environnement que le vaporeformage, souvent utilisé pour l’hydrogène, et qui implique un recours au gaz naturel. H2V souhaite mettre en œuvre cette technologie à Dunkerque dès 2026 sur un site nécessitant 600 millions d’euros d’investissements. Ce projet l’amène aujourd’hui à travailler sur une ouverture de son capital pour boucler le financement, a appris l’Informé. L’entreprise est actuellement aux mains de Samfi Invest, la holding familiale d’Alain Samson, une personnalité du paysage patronal normand, notamment à la tête du transporteur routier Malherbe. Elle peut par ailleurs compter sur un VRP de luxe en la personne de Gérard Mestrallet, l’ex-président d’Engie, dont elle s’est attaché les services comme vice-président du conseil de surveillance en 2021.

Selon nos informations, l’objectif d’H2V et de son actionnaire serait de conclure une levée de fonds pouvant atteindre les 200 millions d’euros. L’entreprise y travaille avec La Compagnie financière du Lion, une boutique de conseils en fusions-acquisitions rompue aux opérations dans les énergies renouvelables et les infrastructures. Pour convaincre les investisseurs, H2V pourra faire valoir un argument-clé : son projet dunkerquois a trouvé un client de premier choix, ArcelorMittal, tel que l’a révélé le site spécialisé GreenUnivers fin février. Omniprésent sur le port de Dunkerque, l’industriel dit vouloir mettre le paquet localement sur la production d’acier vert, possible grâce à l’énergie issue de l’hydrogène : il absorberait les trois quarts de la production de la gigafactory d’H2V, dans le cadre d’un contrat de fourniture d’une durée de vingt ans.

Le site dunkerquois donnerait lieu à la création d’une joint-venture devant être financée à 60 % par de la dette, le reste en fonds propres : en ouvrant son capital, H2V aurait de quoi financer le projet. L’usine vise une mise en service en 2026 avec une puissance de 200 MW, et 300 MW supplémentaires seront ajoutés à l’horizon 2029. Précisément, la première phase réclame 250 millions d’euros de fonds, la seconde 350 millions.

Les plans d’H2V avancent alors que l’État tente de promouvoir l’hydrogène vert : il a promis à la filière un plan de 9 milliards d’euros d’ici à 2030, dont une partie orientée vers la production (et la montée en puissance de la fabrication d’électrolyseurs), pour un objectif de capacité installée de 6,5 GW sur le territoire. Les pouvoirs publics y voient un soutien précieux à la décarbonation de l’industrie : 99 % de la production mondiale d’hydrogène (et 94 % en France) repose encore sur des procédés fortement émetteurs de CO2 en raison de l’utilisation d’énergies fossiles. Problème : recourir à l’électrolyse de l’eau (et aux énergies renouvelables) est trois à six fois plus cher que le vaporeformage... Un obstacle de taille qu’un acteur comme H2V estime pouvoir contourner en se lançant dans une production de masse. Dunkerque ne sera pas seul. Un premier site avait été développé par H2V près du Havre, à Port-Jérôme. Mais c’est Air Liquide - qui a racheté les parts de la société dans cette usine - qui assurera la mise en service prévue en 2025. À Fos-sur-Mer, H2V travaille sur un projet sensiblement plus grand (600 MW) qui nécessiterait entre 700 et 750 millions d’euros de financements, pour une mise en service qui commencerait par une première étape en 2027. La start-up travaille aussi à d’autres implantations, à Valenciennes, Thionville, Cestas, Saint-Clair du Rhône ou dans le parc d’activité des Portes du Tarn.