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Continuer la lectureFioul : les data centers qui émettent le plus de CO₂ en France
Énergivores et gourmands en gaz fluorés, les data centers émettent aussi du CO₂ à cause de leurs générateurs au fioul. Et tous ne respectent pas les règles du marché du carbone auquel ils sont soumis. Notre classement des mauvais élèves.
À Lisses, en Essonne, les pelleteuses s’activent. Sur 66,000 m2 de nature verdoyante, le promoteur Cloud HQ a décidé de construire le futur plus gros data center de France. Deux bâtiments, 48 salles informatiques… Mais aussi 92 cuves destinées à accueillir des milliers de litres de fioul domestique, ...
De quoi alourdir encore un peu plus le bilan carbone des data centers en France. À mesure que nos besoins en stockage de données augmentent, ces sites se multiplient dans l’Hexagone : le pays en compte désormais 264, près de 50 % de plus qu’il y a 10 ans. Problème, ces équipements sont loin d’être neutres sur le plan environnemental. On le sait, ils sont très gourmands en électricité – un centre de 10,000 m2 consomme autant que 50 000 habitants — et en gaz fluorés, utilisés pour refroidir les installations. Mais ce n’est pas tout : pour pallier d’éventuelles coupures de courant, ils se dotent aussi de gros générateurs fonctionnant au fioul. Des systèmes de sécurité qui, même s’ils servent rarement, sont régulièrement mis en branle (pour quelques heures ou quelques jours) pour des questions d’entretien et rejettent alors dans l’air du dioxyde d’azote dangereux pour les voies respiratoires, et du dioxyde de carbone (CO2). Aux Ulis par exemple, le site de Colt, a tourné plus de 10 jours au fioul en 2020 et généré à lui seul 1 879 tonnes de CO2. Loin de se régler, le problème s’amplifie : les émissions des plus gros groupes électrogènes ont progressé de 72 % sur la période 2021/2022, pour atteindre 8 240 tonnes, par rapport aux deux années précédentes, selon le journal des transactions de l’Union européenne. Alors que le gouvernement avait alerté les data centers de possibles coupures de courant, ils ont, en effet, musclé leurs contrôles de sécurité.
A partir de données de la Commission européenne, l’Informé a recensé les pollutions au fioul des 25 principaux sites de France. Sur le podium des plus gros émetteurs de CO2, on trouve Equinix à Saint-Denis, le centre de la Société Générale à Puteaux et le bâtiment Marseille 3 de Digital Realty. Sans surprise, c’est en Île-de-France que les émissions ont été les plus importantes. Alors que des capitales européennes comme Amsterdam où Stockholm imposent maintenant des règles d’installation draconiennes dans leurs environs, la région accueille les data centers à bras ouverts : elle en réunit déjà 160 et continue d’en construire de nouveaux à Marcoussis, Wissous, Aulnay-sous-Bois, Magny-les-Hameaux ou encore aux Ulis. De quoi dégrader la qualité de l’air dans des zones pourtant très peuplées…
En plus d’être polluant, le recours au fioul n’est pas sans danger. La plupart des sites disposent de réserves garantissant 72 heures d’autonomie, soit un volume de combustible conséquent. Or le fioul a le vilain défaut de s’enflammer lorsque la température ambiante excède 55°.
Il existe pourtant des solutions parfois plus sûres, en tout cas plus propres. Les groupes électrogènes peuvent ainsi fonctionner aux énergies renouvelables ou au gaz, mais aucun data center n’a jugé bon de tenter l’expérience dans l’Hexagone. Parmi les plus gros acteurs, Digital Realty (ex InterXion) expérimente toutefois le fioul de synthèse, issu d’huiles végétales. Des initiatives encore limitées, malgré les incitations de l’Autorité environnementale : à chaque demande d’autorisation pour construire un nouveau site, elle regrette que les projets ne retiennent pas d’autres formes d’énergie…
Sur le plan environnemental, les marges d’amélioration des centres tricolores semblent importantes, comme le montre un concours organisé cette année par la Commission européenne. Sur les 6 sites européens salués pour leur sobriété, un seul se situe en France : celui de l’université de Grenoble. Il recourt à l’eau (watercooling) et la géothermie en guise de climatisation. Et se passe de groupe électrogène autonome.
Quand les datacenters rechignent à payer leurs quotas de CO2
Dotés de moteurs thermiques de plus de 20MW, les datacenters sont soumis au Système Européen de Quotas d'Émissions: ils doivent acheter autant de quotas qu’ils émettent de dioxyde de carbone. Enfin, normalement. Selon nos informations, les services de la préfecture de l’Essonne ont récemment mis en demeure l’énorme site de Data4, à Marcoussis, en situation de non conformité : il doit régler 339 quotas dûs à l’Etat après avoir émis 339 tonnes de dioxyde de carbone en 2022. Une procédure administrative exceptionnelle : alors qu’une amende de 100 euros par quota non restitué est prévue, le ministère de la Transition écologique n’en arrive quasiment jamais à ces extrémités, parce que les entreprises respectent la réglementation. “La situation sera régularisée dans les prochaines semaines ” avance la société à l’Informé. Un autre gros datacenter, Global Switch, installé à Clichy au nord de Paris où il abrite notamment des serveurs de Google et IBM, a aussi affiché du retard cette année, et vient de se mettre en conformité. En revanche, il n’a pas été mis en demeure, le retard étant lié à des discussions sur le niveau réel de ses émissions 2021 et 2022 selon le ministère de la Transition écologique.
Article modifié le 13 octobre. Emissions de CO2 déclarées par les datacenters en 2022 pour les années 2021 et 2022, et non pour la seule année 2022 comme écrit auparavant.