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Énergie - Environnement

Enedis : l’enquête sur les soupçons de corruption met les syndicats en porte-à-faux

Le salarié à l’origine du signalement sur les pratiques délictueuses, au cœur de l’enquête du parquet national financier révélee par l’Informé, n’a pas été soutenu par les organisations représentatives du personnel.

Enedis, La Défense
Enedis, La Défense MAXIME GRUSS / Hans Lucas via AFP

Deux mois et demi après la perquisition survenue dans les locaux du distributeur d’électricité par les enquêteurs de la brigade de répression de la délinquance économique de la préfecture de police de Paris (BRDE), la gêne est palpable à tous les étages. Une dizaine de salariés du pôle Nex’Us, dédié à l’expertise et la maintenance des systèmes communicants opérés par Enedis comme le compteur Linky, sont soupçonnés de faits de corruption, escroquerie en bande organisée, détournement de fonds publics, prise illégale d’intérêts, favoritisme, recel et blanchiment. Des prestataires à l’entreprise sont aussi impliqués. Selon nos informations, les malversations ont prospéré dans l’entreprise pendant des années et les montants en jeu s’élèveraient à plusieurs millions d’euros.

Direction et organisations syndicales s’évertuent à maîtriser toute communication vers l’extérieur sur cette affaire. Le groupe, qui se retranche derrière l’enquête en cours - ouverte à la suite de sa plainte - redoute les conséquences pour son image et s’active pour tenter de faire le clair en interne. « Les commissions de discipline [pour les salariés impliqués] se dérouleront d’ici mi-octobre », indique un porte-parole. Mais aucun élément « ne sera communiqué comme les dispositions réglementaires l’imposent ». Quant aux conclusions de l’audit flash lancé cet été par la direction, elles seront « bientôt présentées au comité exécutif » et « assorties d’un plan d’actions ».

Les partenaires sociaux sont encore moins diserts. Et pour cause. Selon les éléments rassemblés par l’Informé, le déroulement de cette affaire les place dans une position délicate. Plusieurs mois avant l’ouverture des investigations du parquet financier, les premiers signalements sur les pratiques délictueuses en vigueur chez Nex’Us sont remontés en interne par un manager d’Enedis. Sauf que c’est contre le lanceur d’alerte que les foudres se déchaînent alors… Passé par la voie hiérarchique pour dénoncer les faits - et non par le responsable éthique de l’entreprise - l’intéressé est accusé par certains représentants du personnel de harcèlement. Son licenciement aurait même été demandé, sans toutefois que le processus n’aboutisse.

Compte tenu de l’ampleur qu’a depuis pris l’affaire, l’embarras est manifeste. « Les organisations syndicales font le grand écart entre leur mission de défense des salariés impliqués dans ces malversations et le soutien qu’elles doivent au reste des collaborateurs du pôle incriminé, éclaboussés et choqués par ces pratiques litigieuses », explique un représentant des salariés qui n’en dira pas plus. Mais le consensus sur le silence qui prévalait jusqu’ici entre les syndicats pourrait bien se fissurer dans les prochaines semaines.

Confiance dans les procédures de signalement

Plus largement, le scandale devrait aussi relancer la réflexion sur le fonctionnement des dispositifs d’alerte existant dans les grands groupes. Dans le secteur des industries électriques et gazières (IEG) justement, auquel appartient Enedis, la fédération CFDT a commencé à se mobiliser. « Ce dossier démontre que le système n’est pas optimal, estime Dominique Santoni, déléguée fédérale en charge de cette branche à la fédération chimie énergie du syndicat. Il faut que les salariés qui veulent procéder à un signalement puissent avoir confiance dans ces procédures quand ils passent à l’acte. Prévoir un dispositif collégial et paritaire pour recueillir les signalements serait plus rassurant pour les lanceurs d’alerte qu’une simple boîte mail derrière laquelle on ne sait pas trop qui se trouve ». La fédération chimie énergie devrait entamer des discussions en ce sens avec les entreprises de la branche.