Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Énergie - Environnement

En Corse, deux parcs éoliens remis en cause par le Gypaète barbu

Saisi par la Ligue de Protection des Oiseaux, le juge administratif a déclaré illégales des autorisations accordées par la préfecture sur les communes de Calenzana et Olmi-Capella.

Photo

28 éoliennes, 25,3 MW de capacité… Le groupe Langa International et la société Marseoles avaient de sérieuses ambitions avec leurs projets en Haute-Corse. Seulement voilà, ils ont choisi des implantations à proximité de zones Natura 2000 – des sites protecteurs de la biodiversité. Et cela pourrait bien leur être fatal. Saisie par la Ligue de Protection des Oiseaux, la cour administrative d’appel de Marseille a remis en cause l’arrêté préfectoral qui autorisait le déploiement des installations à vent, selon nos informations.

Pourquoi une association écolo est-elle allée attaquer des projets d’énergie verte ? Les équipements prévus menaçaient plusieurs espèces en voie d’extinction : deux papillons et plusieurs rapaces, dont l’Aigle royal, le Milan royal, mais surtout le Gypaète barbu. Il s’agit du plus grand vautour d’Europe, en grand danger : il resterait seulement 17 spécimens sur l’Île de beauté, selon le programme Life GypRescue. Ces oiseaux massifs, de 2,5 mètres d’envergure, peinent à trouver dans les montagnes corses les carcasses dont ils ont besoin pour s’alimenter. La faute à un déclin des espèces dont ils se nourrissent (moutons, marcassins…) et à un recul de l’élevage qui réduit les chances des rapaces de trouver leur pitance. Un problème tel que le parc naturel organise même le nourrissage des oiseaux qu’il réintroduit, en leur apportant de la viande.

Or ces volatiles menacés cohabitent mal avec les éoliennes. Incapables d’anticiper la trajectoire circulaire des pales, ils risquent tout bonnement de se faire assommer par les hélices : un problème réel car le gypaète barbu a tendance à évoluer principalement à 50 mètres du sol, pile à la hauteur du rotor des mâts. Les deux projets corses prévoient d’équiper leurs installations avec des procédés d’effarouchement sophistiqués - une caméra qui repère les oiseaux en approche, émet un signal sonore et ralentit les pâles de l’éolienne - mais le système n’a pas fait l’objet d’études scientifiques. Et s’il réduit la mortalité des animaux, il ne la supprime pas.

« Les populations sont tellement réduites que la mort d’un seul oiseau peut menacer toute la population de gypaètes en Corse, explique Vincent Ramard, juriste à la Ligue de Protection des Oiseaux. D’autant que ce sont des oiseaux à maturité sexuelle tardive, dont la reproduction est longue.  » Outre ces vautours, les projets risqueraient de restreindre la zone d’habitat naturel d’Aigles royaux, dont les nids se trouvent à 4 et 6 km d’un des parcs prévus. Idem pour des espèces d’insectes endémiques, comme le Porte-Queue de Corse et la Noctuelle du Peucédan : le fauchage de la végétation au pied des installations détruirait les herbes et arbustes dans lesquelles ils évoluent.

Des projets qui tentaient de passer sous les radars

C’est en tombant sur un permis de construire pour des éoliennes au fin fond de la montagne corse qu’un riverain avait alerté l’ONG spécialisée dans la défense des oiseaux en 2019 . Dans le détail, la société Corsica Verde, du groupe Langa International, souhaite construire 17 éoliennes sur la commune de Olmi-Capella. L’entreprise Marseole compte, pour sa part, en déployer 11 à Calenzana. Uniquement des mâts moins de 50 mètres. Un élément important car les aérogénérateurs dont la nacelle dépasse 50 mètres de hauteur doivent solliciter une autorisation environnementale, et leur permis de construire peut nécessiter de lancer une enquête publique. Les promoteurs pensaient donc passer au travers des mailles du filet avec des éoliennes de taille réduite. Mais c’est raté.

Après le recours de la LPO, la cour administrative a déclaré illégaux les blanc-seings accordés par le préfet de Haute-Corse, tant que les autorisations environnementales ne seraient pas délivrées, et a également demandé une enquête publique sur la parc d’Olmi-Capella. Cette investigation s’annonce houleuse.  Le Conseil des Sites de Corse a déjà émis un avis défavorable à Calenzana, en raison des paysages qui seraient affectés par la construction des éoliennes et de l’impact sur la faune. Un avis partagé par l’Assemblée de Corse.

Le juge administratif a donné un an aux porteurs de projets pour s’exécuter et sursis à statuer en attendant. Dans le cadre de l’autorisation environnementale, en plus d’une étude d’impact, les projets devront demander plusieurs dérogations. Auprès de la Commission européenne d’abord, puisque les sites sont proches de zones Natura 2000, puis auprès du ministère de la transition écologique et de la préfecture. Le gypaète barbu étant sur la liste des espèces protégées en France, le mettre en danger est compliqué. Pour obtenir cette dérogation espèces protégées, il faut répondre à deux critères : l’absence de solution alternative de moindre impact, et le maintien dans un état de conservation favorable des populations des espèces concernées. Le troisième critère, qui était de prouver que le projet était d’intérêt général majeur, est désormais attribué d’office à tous les projets d’énergies renouvelables : c’est ce qu’a prévu la loi d’accélération des énergies renouvelables, adoptée le 10 mars 2023.

Si les projets obtiennent néanmoins une dérogation -scénario possible étant donné la priorité donnée à la politique énergétique actuellement- il faudrait ensuite que la cour administrative la valide. Si c’est le cas, l’arrêt sera rapidement attaqué devant le Conseil d’Etat.