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Continuer la lectureCoriance vs Idex : à Lyon, la concurrence s’envenime sur le marché du chauffage
Coriance est pressenti pour remporter l’appel d’offres pour la création d’un réseau de chaleur dans la Métropole de Lyon. Bien que son offre serait plus chère que celle de son concurrent Idex.
La température monte d’un cran sur le secteur des réseaux de chaleur urbains. Selon nos informations, le plus petit acteur du marché, Coriance, sera choisi à la fin du mois par la Métropole de Lyon, présidée par l’écologiste Bruno Bernard, pour opérer un des gros marchés de l’agglomération. C’est en effet l’offre de cet opérateur, récemment acquis par la Caisse des dépôts et consignations conjointement avec le fonds Vauban Instrastructure, qui sera proposée lors du prochain conseil métropolitain, prévu le 29 janvier au vote des élus de cette collectivité qui regroupe 59 communes autour de la capitale des Gaules depuis 2020. Sa candidature a été préférée à celle d’Idex, détenu par le fonds d’investissement Antin, pour créer et exploiter un réseau de chauffage urbain dans le « Sud-Ouest Lyonnais », c’est-à-dire la zone de la métropole couvrant les communes d’Oullins, Pierre-Bénite, Saint-Genis-Laval et La Mulatière.
L’appel d’offres lancé en 2022 s’inscrit dans une politique visant à étendre à l’ensemble du territoire métropolitain les réseaux de chauffage, jugés plus écologiques que les chaudières individuelles. Il alimentera des écoles, des hôpitaux ou des logements. Il est le dernier marché à attribuer sur ce que l’on appelle la « plaque » lyonnaise, historiquement une place forte de Dalkia, la filiale d’EDF. L’autre leader du marché, Engie Solutions, a remporté la zone Nord (Rillieux-la-Pape, Sathonay-Camp, Fontaines-sur-Saône) en 2020 et Idex opère un réseau à Givors depuis 2017. La délégation de service public du « Sud-Ouest Lyonnais » est évaluée, au minimum, à 173 millions d’euros sur une durée de 25 ans, à compter du 1er mars prochain. Il prévoit la construction d’une centrale de production à Saint-Genis-Laval, sur un terrain acquis fin 2023 par la Métropole pour 1,9 million d’euros. L’investissement est estimé à environ 50 millions d’euros à la charge de l’exploitant.
En coulisse, la décision d’attribution, qui se fonde sur un rapport d’analyse réalisé par les services de la Métropole, fait l’objet d’une intense polémique. Notamment depuis qu’un email anonyme a été adressé à dix élus mi-décembre, dénonçant un « favoritisme sur l’attribution du marché (...) au détriment des habitants et de la ville. (…) L’entreprise favorisée serait la plus chère mais vos services essaieraient de la faire apparaître malgré tout comme la plus intéressante ». Après une enquête rapide qui n’a pas réussi à déterminer l’auteur du message, l’exécutif de la Métropole a jugé que le statut de lanceur d’alerte n’était pas juridiquement applicable en l’espèce et qu’ils pouvaient continuer à s’appuyer sur le rapport des services pour attribuer le marché à Coriance.
Néanmoins plusieurs sources confirment que son offre serait effectivement plus chère de 5 % à celle d’Idex sur le chauffage des logements (représentant 60 % du total des immeubles de la zone) et de 15 % sur les autres bâtiments (essentiellement des établissements de santé et des écoles). Soit, au total, une différence de plus de 30 millions en défaveur de Coriance. Idex serait aussi mieux-disant en matière écologique : l’entreprise a répondu à l’appel d’offres en valorisant du bois déchet (de « type B » dans le jargon professionnel). Il s’agit d’un bois issu du circuit de recyclage de planches ou meubles contenant des peintures ou vernis, dont les fumées sont traitées par Idex pour réduire les émissions polluantes (poussières, SO2, NOx, …). Son concurrent utilise, lui, du bois de récupération issu des résidus de coupe forestière (de « type A »), qu’il juge plus cher mais moins polluant.
Comme c’est le cas habituellement dans ce type de procédure, le règlement de la consultation indique que plusieurs critères rentrent en ligne de compte. Les conditions financières représentent 30 % de la note globale, la performance environnementale et le développement du réseau 30 %, tandis que la qualité technique du projet et la qualité architecturale de la centrale de production à construire compte pour 28 % et la qualité du service pour 12 %. Coriance aurait donc remporté le marché en étant mieux disant sur les autres critères.
Dirigé par Yves Lederer, ce dernier s’est développé à marche forcée ces trois dernières années, au point de susciter l’étonnement d’une grande part de la profession. Face aux deux leaders du marché (Dalkia et Engie Solutions), il a ainsi remporté successivement les réseaux de chaleur des agglomérations de Cergy-Pontoise en 2019, Le Bourget-Dugny (93) en 2022, Garges-lès-Gonesse (95) et surtout Caen et Calais l’année dernière. Il serait aussi en passe de remporter le marché de Châtenay-Malabry (92). « C’est un acteur de taille moyenne qui a remporté, en une courte période, une suite si importante de contrats que cela pourrait mettre en péril sa capacité à les délivrer, juge une source industrielle. Il y a un risque qu’il ne produise pas les MWh de chaleur promis aux collectivités ou qu’il renégocie par la suite des avenants à la DSP afin d’équilibrer son budget ». Pour le réseau de chaleur de la communauté urbaine de Caen la Mer, un des plus grands de France gagné par Coriance, les investissements nécessaires étaient évalués à 250 millions d’euros.
Pour se défendre, l’entreprise met en avant des actionnaires particulièrement solides, comme la Caisse des dépôts, le bras armé de l’État, et l’objectif ambitieux qu’ils lui ont fixé : un doublement de taille d’ici 2030. « Nous nous sommes bien développés en 2023, notre chiffre d’affaires atteint désormais 350 millions d’euros, indique une source interne. Nos actionnaires nous encouragent et nous donnent la capacité financière pour investir de nouveaux marchés. Ces arguments sur la taille ne tiennent pas : nos équipes se sont développées depuis 2022, cela a renforcé notre expertise tant sur les appels d’offres des collectivités locales que sur les plans technique et financier ». Signe toutefois de la tension provoquée par les succès accumulés par Coriance : les contentieux se multiplient. Dalkia, évincé à Calais, avait déposé un recours au tribunal administratif mais a été recalé début 2023. Engie Solutions, candidat malheureux à Caen, a lui aussi porté l’affaire devant le tribunal en novembre dernier. Nul doute que l’appel d’offres à Lyon saura, lui aussi, susciter un litige.
Interrogé, un porte-parole de la Métropole assure à l’Informé que « le marché du Sud-Ouest Lyonnais a fait l’objet, comme tous les autres, d’une instruction sérieuse, équilibrée et équitable. Nous ne faisons aucun commentaire sur les marchés en cours d’attribution. » Sollicités, Coriance et Idex n’ont pas retourné nos appels.