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Énergie - Environnement

Biomasse : la centrale de Gardanne doit refaire son étude d’impact

Nouveau déboire pour la centrale contrôlée par le milliardaire Daniel Kretinsky via sa société GazelEnergie. Le site des Bouches-du-Rhône tournant à partir de matières végétales doit revoir sa copie a ordonné la justice.

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ANDBZ / ANDBZ/ABACA

La Cour administrative d’appel de Marseille a tranché, vendredi 10 novembre. Au sortir d’un long conflit juridique, elle donne 12 mois à GazelEnergie pour réaliser une étude d’impact complémentaire de la centrale à biomasse de Gardanne. Et reporte sa décision sur l’autorisation de fonctionner de la c...

La précédente autorisation, datant de 2012, avait été retoquée par la Conseil d’État en mai dernier. La plus haute juridiction administrative estimait en effet que l’étude d’impact doit non seulement analyser les conséquences directes de l’implantation de la centrale sur l’environnement, mais également celles « susceptibles d’être provoquées par son utilisation et son exploitation ». Suivant cet avis, le rapporteur public de la cour marseillaise avait également jugé nécessaire d’ajouter un bilan carbone à l’étude d’impact, eu égard à l’ampleur du projet.

« C’est une bonne nouvelle, se réjouit Aurélien Nicolle-Romieu, chargé de plaidoyer à France Nature Environnement PACA. Cette double prise en compte des effets directs et indirects va faire jurisprudence pour tous les bureaux d’études qui préparent les autorisations environnementales. » De son côté, GazelEnergie est soulagé de voir l’activité du site perdurer : « Cette décision permet de poursuivre de manière sereine le projet de développement d’une éco-plateforme industrielle sur le site, dont le cœur du projet est la production d’énergie décarbonée grâce à la centrale biomasse. La tranche est naturellement disponible pour assurer la souveraineté énergétique de la Région Sud à l’approche de l’hiver » 

Selon son autorisation de 2012, la centrale est susceptible de brûler jusqu’à 850 000 tonnes de bois par an, ce qu’elle n’a jamais fait. Selon GazelEnergie, la consommation serait plutôt de 500 000 tonnes par an, la moitié en provenance de la région, l’autre du Brésil. Toutefois, ses difficultés de fonctionnement pénalisent sérieusement son efficacité et donc son bilan carbone. Ses arrêts et redémarrages répétés entraînent en effet des pertes de vapeur et la centrale prévue pour du charbon n’est pas optimisée pour des plaquettes de bois.

Des arrêts à répétition

Ces soucis techniques, ajoutés aux péripéties juridiques, font que l’établissement produit finalement peu d’électricité. Entre juillet 2022 et juillet 2023, il n’a fonctionné que 4 600 heures selon son opérateur. Soit 1 708 en 2022 puis 2 892 en 2023, un record depuis la reconversion de la tranche 4 de l’ancienne centrale à charbon aux plaquettes de bois.

« L’été dernier, ils ont fonctionné pendant deux mois à fond mais la centrale est à l’arrêt»  assure Jean-Luc Debard, membre de l’association Convergence écologique du Pays de Gardanne et riverain du site. Si la CGT a bien débrayé mi septembre, l’arrêt de la production relève depuis d’un choix de la direction. GazelEnergie a en effet décidé de rompre, le 30 octobre 2022, le contrat d’approvisionnement « vert » qui la liait à l’État, dont elle ne remplissait pas les objectifs depuis plusieurs années. L’établissement ne va plus fonctionner que sur des périodes de tension, comme la centrale à charbon de Saint-Avold en Moselle, lorsque les tarifs de l’électricité sont intéressants. Un fonctionnement qui ne remet pas en cause le nombre d’emplois, soit une centaine environ, selon la société.

Une centrale non rentable

Cette piste, qui n’a pas encore été contractualisée formellement avec l’État, inquiète les syndicats de ce site qui emploie une centaine de salariés et génère un demi-milliers de postes indirects. Une délégation du personnel a été reçue par les services de la préfecture à Marseille le 9 novembre à ce sujet. Il faut dire que la direction de la structure n’est pas des plus rassurantes. Dans un message envoyé le 15 septembre dernier aux salariés, et consulté par l’Informé, GazelEnergie pointait un risque de fermeture sans la signature d’un nouveau contrat avec l’État. « Le site et ses emplois directs et indirects seraient menés à leur perte définitive » précise le mail qui assure aussi que sans ce contrat, « la pérennisation de l’entreprise est compromise ».

En fait, l’unité biomasse n’a jamais été rentable et pourrait avoir du mal à le devenir un jour. En effet, la loi de finance 2023 a introduit une taxe de 90 % sur les revenus liés à la vente d’électricité, pour les producteurs, au-delà d’un certain prix (en cas de forte tension sur le marché). Pour la biomasse, la taxe s’applique au-delà des 130 euros par MWh. Une disposition destinée à financer le bouclier tarifaire notamment. Mais qui remet en cause le business model déjà fragile de la centrale de Gardanne. Reste que la région Sud ne dispose pas d’une offre d’électricité surabondante, et l’absence de production à Gardanne pourrait poser problème au cœur de l’hiver. La centrale a donc une marge de négociation pour tenter un accord avec les pouvoirs publics qui allègerait sa charge fiscale et rendrait donc son activité profitale. Sa direction avance l’argument de l’emploi et des investissements déjà réalisés, à hauteur de 42 millions d’euros.

Une situation complexe, à laquelle la décision de la juridiction administrative vient rajouter une couche. Mais pour ses détracteurs, un arrêt pur et simple serait plus pertinent. Les ONG réclamaient d’ailleurs une annulation de l’autorisation d’exploiter. Pour France Nature Environnement, les obstacles à l’exploitation de cette centrale sont multiples. Son rendement énergétique (pourcentage de l’énergie consommée transformée en énergie utile) plafonne à 23 % faute de récupération de chaleur, le projet est surdimensionné en termes de prélèvements de bois sur le territoire, et de surcroît son impact sur la santé humaine est insuffisamment pris en compte, en raison des poussières potentiellement dangereuses pour les voies respiratoires.

Créé en 1953, le site de Gardanne était au début une centrale à charbon. À grand renfort de subventions, il a été transformé en centrale à biomasse en 2012 suite à sa reprise par la société allemande E.ON en 2012. En 2019, l’établissement est à nouveau cédé à l’éclectique milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, actionnaire notamment de Editis, Marianne ou Fnac-Darty.