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Continuer la lectureCEA : les premiers noms pour succéder à François Jacq
Plusieurs profils sortent du lot pour prendre la tête du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, dont l’administrateur général est proposé par l’Élysée pour le Centre national d’études spatiales.
Après l’éviction de Luc Rémont et son remplacement par Bernard Fontana à la tête d’EDF, annoncés par l’Élysée le 21 mars, l’exécutif poursuit son grand chamboule-tout dans le secteur nucléaire. Le 26 mars, l’administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) François Jacq a été proposé par le chef de l’État pour prendre la tête du Centre national d’études spatiales (CNES). Ce changement inattendu - son mandat au CEA ne devait prendre fin qu’en avril 2026 - impose maintenant de lui trouver un successeur à la tête de l’organisme clé de la stratégie nucléaire tricolore.
L’étroit cénacle de l’atome commence d’ores et déjà à bruisser du nom de son possible remplaçant. Selon nos informations, plusieurs profils sortent du lot. Tout d’abord, celui de François Gauché. Actuellement à la tête de Framatome Healthcare, la branche santé du chaudiériste - et filiale d’EDF -, ce polytechnicien et ingénieur des Mines est un ancien de la maison. Il a été directeur de l’énergie nucléaire du CEA entre 2016 et 2018 et a aussi dirigé au sein de l’organisme, de 2010 à 2015, le programme « réacteurs de 4e génération », chargé de développer le réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium Astrid. Ce projet, qui devait permettre de fermer le cycle du combustible (en clair, de consommer les produits issus du recyclage des combustibles usés des centrales), avait été arrêté par les pouvoirs publics en 2019. Mais le Conseil de politique nucléaire (CPN) a changé la donne le 17 mars en décidant finalement de relancer « un programme de travail en ce sens ».
Son arrivée à la tête du CEA ne serait sans doute pas pour déplaire au nouveau grand manitou d’EDF, Bernard Fontana. L’ex-PDG de Framatome, qui l’a lui-même fait venir chez le chaudiériste, est désormais chargé de déployer la construction des six premiers réacteurs EPR2. « La désignation de François Gauché faciliterait l’alignement entre le CEA et EDF, gage un spécialiste du nucléaire. Ils seraient sur la même longueur d’onde ». Mais d’autres candidats, issus notamment de l’industrie nucléaire, pourraient aussi se révéler dans les prochaines semaines.
Autre profil possible : celui de Thomas Courbe, patron de la direction générale des entreprises (DGE) depuis 2018, après avoir été secrétaire général puis directeur général adjoint de la direction générale du Trésor. Spécialiste des finances publiques, il n’en est pas moins « une option tout à fait crédible, estime un ponte du secteur. Il est ingénieur général de l’armement et est passé par la Délégation générale de l’armement (ndlr : aujourd’hui direction générale de l’armement) pour laquelle son nom avait d’ailleurs circulé. Et même si son parcours en a fait un ‘ingénieur non pratiquant’, il a une vraie culture scientifique ».
Pour endosser le futur rôle d’administrateur général du CEA, les regards se tournent aussi du côté du Haut-commissaire à l’énergie atomique (HCEA), Vincent Berger. Nommé par Emmanuel Macron en septembre 2023 à ce poste stratégique - dont la mission est d’éclairer l’exécutif et ses ministères de tutelles (recherche, armées, écologie) sur le volet scientifique des questions nucléaires, civiles ou militaires -, cet ancien du Commissariat connaît de fait bien la boutique : il en a été le directeur de la recherche fondamentale entre 2015 et 2019.
Passer du statut de HCEA à celui d’administrateur général ne serait, par ailleurs, pas une première. Bernard Bigot a endossé successivement les deux rôles : HCEA entre 2003 et 2009, puis AG jusqu’en 2015. Pour autant, mobilisé sur la relance du programme nucléaire français, Vincent Berger ne semble pas candidat.
Aval du Parlement
Chose sûre, ce futur mercato ouvert par la désignation de François Jacq au CNES s’annonce plein de chausse-trappes. Les nominations à la tête du CEA et du Centre national d’études spatiales étant soumises à l’aval du Parlement, conformément à l’article 13 de la Constitution, le choix d’Emmanuel Macron devra être approuvé par les commissions compétentes du Sénat et de l’Assemblée nationale aux deux cinquièmes des suffrages exprimés. Un pari compte tenu de la fragmentation de l’échiquier politique au Parlement. Celui-ci va d’abord être amené à se prononcer sur la désignation de Bernard Fontana chez EDF. Si sa candidature a de bonnes chances de faire consensus, celle de François Jacq pourrait se révéler plus compliquée. « Le soutien des Républicains ou du Rassemblement national à son transfert au CNES n’est pas forcément acquis. Beaucoup lui tiennent rigueur des positions sur la fermeture d’Astrid », pointe un fin connaisseur du dossier. L’an dernier, l’association de défense du patrimoine nucléaire PNC France, qui compte de nombreux élus, s’était ainsi fendue d’une lettre au procureur de la République du parquet de Paris pour dénoncer ses propos devant les parlementaires sur la fermeture du cycle combustible, comme nous l’avions raconté.