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Énergie - Environnement

Le lobby du nucléaire écrit au procureur après les « mensonges » du patron du CEA

PNC France, l’association de défense de la filière, conteste les propos tenus par l’administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique devant les parlementaires.

Bernard Accoyer, président de PNC France
Bernard Accoyer, président de PNC France DANIEL PIER / NurPhoto via AFP

L’ancien président de l’Assemblée nationale Bernard Accoyer n’est pas certain que l’initiative aboutira à quelque chose. Pour autant, celui qui est aujourd’hui président de PNC France, l’association de défense du patrimoine nucléaire et du climat, fervente partisane de l’atome, en fait cependant une question de principe : sa structure, qui compte environ 700 membres supporters du renouveau nucléaire tricolore, s’est fendue, à la rentrée, d’une lettre au procureur de la République du parquet de Paris pour dénoncer les propos de l’administrateur général du CEA, François Jacq, devant les parlementaires. D’abord devant les députés de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur la souveraineté et l’indépendance énergétique de la France de 2023, présidée par Raphaël Schellenberger, mais aussi, plus prudemment, devant la commission d’enquête du Sénat sur la production, la consommation et le prix de l’électricité aux horizons 2035 et 2050, en février dernier.

Devant les élus, François Jacq avait notamment justifié l’arrêt du projet de construction du réacteur tricolore de 4e génération Astrid - décidé en 2018 - par l’absence de maturité dans l’Hexagone du cycle combustible (autrement dit les étapes de transformation du combustible depuis l’extraction jusqu’à son recyclage, en passant par sa fabrication et son retraitement). L’argument est vivement contesté par PNC France, qui estime que la France maîtrisait au contraire la fabrication et le retraitement du combustible grâce à ses projets précédents comme Superphénix et Phénix (stoppés en 1998 et 2009). « Ce qu’il a dit devant la commission est faux. Et mentir devant une commission parlementaire est grave », estime Bernard Accoyer pour justifier son courrier. « C’est à l’image de la façon dont les travaux parlementaires sont insuffisamment considérés par l’exécutif, comme l’a par exemple été le rapport des députés Raphaël Schellenberger et Antoine Armand [désormais ministre de l’économie] de mars 2023 sur la souveraineté énergétique de la France », tempête l’ancien président du perchoir.

Et de citer pour preuve les objectifs fixés par la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC), dévoilés début novembre par la ministre de l’écologie Agnès Pannier-Runacher, après des mois d’attente. « Les objectifs sur les énergies renouvelables en sortent renforcés et si l’importance du nucléaire et la relance du programme des six nouveaux EPR y sont réaffirmées, rien n’est précisé sur les huit réacteurs supplémentaires ni sur l’engagement financier des pouvoirs publics sur ce programme », déplore Bernard Accoyer.

De son côté, le CEA maintient ses positions. « Nous ne disposons d’aucune information sur l’envoi éventuel de cette lettre, nous fait savoir l’organisme. Les propos tenus par l’administrateur général devant le Sénat sont exacts et parfaitement assumés. Si cette information était confirmée, le CEA et monsieur François Jacq en tireraient toutes les conséquences judiciaires et saisiraient le procureur de la République de Paris d’une plainte en dénonciation calomnieuse. »

Article modifié le 27 novembre, avec un ajout sur l’origine des propos prononcés par l’administrateur François Jacq et contestés par PNC France.