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Continuer la lectureAvis de gros temps chez EDF Renouvelables
Selon les chiffres recueillis par L’Informé, les performances enregistrées par la filiale d’EDF sont bien moins vertes qu’il n’y paraît. Un bilan qui met le top management sous tension.
La nervosité monte d’un cran chez EDF Renouvelables. Officiellement, la filiale dédiée aux énergies vertes d’EDF se réjouit de ses récentes performances, marquées par un EBITDA de 909 millions d’euros, en hausse de 16 % par rapport aux objectifs et supérieur de près de 6 % par rapport à 2021. Mais selon nos informations, le bilan est en réalité plus contrasté : le résultat net part du groupe est lui négatif à - 203 millions d’euros pour l’exercice 2022 et la dette approche maintenant 8 milliards d’euros. Plus compliqué encore pour l’équipe dirigeante d’EDF Renouvelables, les perspectives financières 2023 pourraient à nouveau être significativement négatives, dans un contexte de concurrence exacerbée et de forte hausse des coûts des équipements. De quoi mettre sur les braises son PDG, Bruno Bensasson. En poste depuis 2018, celui-ci joue aussi sa place au sein du comité exécutif d’EDF, dans lequel Luc Rémont pourrait procéder à un grand nettoyage.
EDF Renouvelables paye là sa stratégie à l’international. Non seulement la filiale a dû sérieusement revoir la valeur de certains actifs nord-américains (cf. encadré) mais l’évolution de la conjoncture outre-Atlantique a fini de plomber ses comptes. L’an dernier, la société (2,158 milliards d’euros de chiffre d’affaires) a multiplié les projets de développement notamment aux États-Unis : 766 millions d’euros, sur un total de 1,6 milliard, y ont été investis. Mais la hausse des taux d’intérêt engagée par la banque centrale américaine (FED) a renchéri le coût des emprunts et contribué à accroître la dette de l’entreprise. Le bien-fondé des mises en service de grands projets solaires, au Moyen-Orient principalement, est aussi remis en question. Situés loin des marchés européens et sans être toujours porteurs d’une réelle valeur ajoutée sur le plan de l’ingénierie ou de la technologie, ils sont consommateurs de cash - une denrée rare dans le groupe - et restent sans garantie de retour sur investissement à court terme. Signe d’une certaine fébrilité sur la question internationale, la direction, implantée dans plus de vingt pays fin 2022, envisageait la conquête de nouveaux territoires en début d’année mais rien n’est moins sûr désormais.
Dissensions au sommet
Ces dissensions commencent à poindre au sommet. Le surcoût des orientations stratégiques déployées fait tiquer la direction financière, pilotée par Aymeric Ducrocq. Camarade de promotion d’Emmanuel Macron à l’ENA, celui-ci a été envoyé fin 2020 par EDF pour superviser les finances de la filiale. Les pertes de 2022 fragilisent aussi le directeur international Frédéric Belloy, en place depuis 2016. Un nouveau patron de la stratégie vient d’ailleurs d’arriver de l’extérieur. Passé par Naval group et la Compagnie nationale du Rhône (CNR), Julien Marchal a pris ses fonctions en mai. Cet ancien conseiller énergie de François Hollande et Emmanuel Macron remplace Carlotta Gentile Latino, elle-même nommée à la tête des activités France de l’entreprise, après le départ de son titulaire Nicolas Couderc, ainsi que l’avait révélé l’Informé.
Les mésaventures texanes d’EDF Renouvelables
Les pertes enregistrées en 2022 par EDF Renouvelables sont essentiellement dues à son activité en Amérique du Nord. L’énergéticien a procédé à une dépréciation de ses actifs à hauteur de 189 millions d’euros. S’y sont ajoutés plusieurs dizaines de millions d’euros de coûts exceptionnels liés à des frais sur des projets locaux. C’est en particulier au Texas, où le réseau d’infrastructures électrique est fragile et régulièrement affecté par des pannes, que l’entreprise a enregistré des revers. EDF Renewables North America, son entité locale basée à San Diego en Californie et dirigée depuis 2004 par Tristan Grimbert, mène sur place une stratégie d’acquisitions et de cessions très active. En décembre, elle a ainsi vendu au groupe canadien Boralex la moitié de cinq vastes projets éoliens en exploitation entre 2014 et 2015. Fonctionnant de façon autonome au sein du groupe EDF Renouvelables, la filiale américaine en tant que telle pourrait être une entité facile à vendre pour EDF dans l’hypothèse d’une reprise de son plan de cession.