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Finance - Conseil

Private equity : Armen prend une participation dans le belge Vendis Capital

Le fonds investit dans une société de gestion tournée vers la grande consommation et les loisirs, et qui prévoit de se diversifier dans de nouvelles stratégies.

Vendis Capital détient une participation dans la chaîne de restauration Pokawa.
Vendis Capital détient une participation dans la chaîne de restauration Pokawa. BENOIT DURAND / Hans Lucas via AFP

Dominique Gaillard et Laurent Bénard continuent de faire des affaires chez les acteurs du private equity voulant ouvrir leur capital. L’ancien bras droit de Dominique Sénéquier chez Ardian et l’ex-numéro deux de Capza devraient bientôt boucler la levée du premier fonds d’Armen, l’équipe d’investissement qu’ils ont créée en 2022 pour prendre des participations minoritaires dans des sociétés de gestion. En attendant, selon nos informations, cette dernière est sur le point de réaliser une nouvelle prise de participation. La cible ? Vendis Capital, un financier belge investissant dans les PME de l’univers de la grande consommation et des loisirs. Avec 1,1 milliard d’actifs au compteur, il s’apprête par exemple à investir en France dans Karafun (sorte de Spotify du karaoké), comme l’a révélé l’Informé fin avril. Il est par exemple actionnaire de l’enseigne de restauration Pokawa, des chaînes de padel Le Five et Soccer Park ou de la griffe masculine néerlandaise Petrol. Vendis a aussi investi par le passé dans le roi des huiles essentielles Inula (et sa marque phare Pranarôm), l’agence d’évènementiel dans la mode Mazarine, l’enseigne de prêt-à-porter féminin Humanoïd… Vendis est implanté à Bruxelles, Amsterdam, Paris, Munich et Stockholm.

Précisément, Armen a annoncé aux investisseurs de son fonds (ses « limited partners », ou LPs) qu’il s’apprêtait à s’offrir 20 % de Vendis, rejoignant au capital l’équipe menée par les fondateurs Cédric Olbrechts et Michiel Deturck, ainsi qu’un troisième homme, Vincent Braams, sachant que Dominique Gaillard va rejoindre le board. Les deux parties discutaient semble-t-il depuis deux ans, alors que Vendis Capital cherchait un actionnaire capable de l’accompagner dans différents projets. Après avoir réuni 525 millions d’euros pour son quatrième fonds d’investissement levé depuis sa création en 2009, l’investisseur a pour projet de lancer en parallèle un véhicule qui ciblera des entreprises plus petites, avec des tickets allant de 5 à 20 millions d’euros par deal (contre 15 à 45 millions historiquement). Or, l’arrivée d’Armen a aussi vocation à aider le belge à créer du lien avec les institutionnels et family offices français susceptibles d’apporter de l’argent à ses prochains fonds. Aujourd’hui, sa base d’investisseurs se cantonne plutôt au Benelux, à l’Europe germanophone et à l’Europe du Nord.

Mais les associés de Vendis cherchaient aussi les moyens d’investir personnellement dans un autre projet : des fonds de continuation. Les sociétés de gestion créent de plus en plus ce genre de véhicules pour reprendre une ou plusieurs participations de leur fonds principal, mais avec l’appui de souscripteurs différents (ou du moins partiellement). Or, cette pratique requiert une mise de départ importante de la part de l’équipe de gestion (le « GP commitment »), afin de pouvoir accéder au graal, le « carried interest » - cette fameuse commission de surperformance qui leur permettra de se partager une grosse part de la plus-value du véhicule, une fois cédées toutes les entreprises de son portefeuille, au-delà d’un certain rendement annuel (en général 8 %). « Les acteurs du private equity secondaire, qui sont des souscripteurs incontournables dans les fonds de continuation, ont tendance à demander aux gérants d’investir l’équivalent de 10 % de la taille du véhicule, explique un vétéran du marché. La mise de départ dans les fonds de private equity classiques est en général comprise entre 1 et 3 % ». La marche était donc suffisamment haute pour inciter les associés de Vendis à monétiser un bloc du capital. En tant qu’actionnaire minoritaire, Armen va aussi participer au « GP commitment ».

Vendis est le cinquième investissement d’Armen, mais le premier dans un spécialiste des LBO. Le Français avait déjà investi au capital des français Jolt Capital, un spécialiste des entreprises présentes dans les technologies de rupture (« deep tech ») à la fois suffisamment matures et en forte croissance, et RGreen, qui s’intéresse aux infrastructures et à la transition énergétique. Il a aussi pris une participation dans deux acteurs britanniques, le gérant de fonds de dette privée Signal, ainsi que Chorus, qui assure les grandes banques contre des risques de perte de certains prêts (« risk sharing transactions »). Selon une source, Armen aurait aussi été assez près d’une prise de participation dans Latour Capital, mais ce dernier a finalement préféré faire affaire fin 2024 avec Axa IM (qui dispose d’un véhicule doté d’une stratégie comparable) allié pour la circonstance avec l’asset manager Patria.

Armen est un adepte de ce que le private equity appelle les « GP stakes » (un GP étant l’acronyme de « general partner », terme qui désigne une société de gestion). Très développée aux États-Unis avec des mastodontes comme Blackstone, Goldman Sachs et Dyal Capital, cette stratégie d’investissement n’en est encore qu’à ses débuts en Europe. Armen est l’un des rares spécialistes continentaux avec Axa IM. L’idée est d’aider des gérants à organiser une transmission entre associés de différentes générations, leur donner les moyens de racheter d’autres acteurs, de lancer des nouveaux fonds, etc. Un fonds comme Armen reste plusieurs années au capital, les voies de sortie restant un rachat par les associés de l’équipe, un asset manager plus gros, une autre société de gestion, un family office… Ou un autre fonds de GP stakes. Des introductions en Bourse sont aussi possibles pour les très gros gérants capables de jongler avec les fenêtres d’ouverture du marché.