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Finance - Conseil

Ordre des experts-comptables : l’ancienne et la nouvelle direction à couteaux tirés

La présidente du Conseil national de l’Ordre pointe du doigt son prédécesseur, Lionel Canesi, notamment accusé d’avoir floué l’organisation lors de la création d’un fonds d’investissement.

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Rien ne va plus au Conseil national de l’Ordre des experts comptables (Cnoec). Le 21 décembre dernier, cette assemblée d’ordinaire plutôt calme a été secouée par le non renouvellement du mandat de son président Lionel Canesi (pourtant monnaie courante), remplacé par une autre adhérente de la fédération des Experts-comptables et commissaires aux comptes de France (ECF), Cécile de Saint-Michel. Un « putsch » scandaleux pour les uns, une disgrâce méritée pour les autres.

Depuis, les attaques se précisent. La semaine dernière, un entrefilet de Challenges évoquait le déclenchement par le Cnoec d’un audit interne pour passer au crible la mandature de Lionel Canesi… en précisant que des irrégularités auraient déjà été relevées. Aujourd’hui, l’Informé apprend que l’institution a fait appel au Tribunal de commerce de Paris pour régler ses différends avec son ancien président. Objectif de cette nouvelle action : lever l’ambiguïté entourant la société d’investissement Drakarys, lancée il y a trois ans  pour renforcer l’indépendance numérique de la profession.

Concrètement, le conseil reproche à l’expert comptable un mélange des genres pas très orthodoxe. Créée et dirigée par Lionel Canesi, Drakarys a été amorcée par un prêt de 6 millions d’euros du Cnoec, à l’époque présidé par… Lionel Canesi. A ce titre, l’institution estime avoir été victime d’un abus de la part de son ancien dirigeant car, si elle avait accepté une avance de trésorerie, elle n’avait jamais donné son feu vert officiel pour une obligation remboursable en numéraire et en action. Qui plus est, elle estime que la structure de société en commandite mise en place la prive de tout pouvoir de contrôle et de décision, alors qu’elle est le principal contributeur à Drakarys. Selon nos informations, elle a ainsi obtenu du Tribunal de commerce de Paris une saisine de 3 millions d’euros sur les comptes du véhicule d’investissement, soit la moitié du montant qu’elle espère récupérer.  Drakarys est possédée par 14 associés détenant chacun une part : les neuf membres de l’ancien Comex du Cnoec, le Cnoec, les syndicats ECF et IFEC, l’Anecs et le Cjec.

Interrogé par l’Informé, Lionel Canesi se défend. « La création de cette structure d’investissement faisait partie des 21 propositions du programme pour lequel j’ai été élu en 2020. Nous avions dressé le constat que les trois métiers historiques des experts-comptables (la comptabilité et la fiscalité, le social et le juridique) sont entre les mains d’un éditeur qui vend des outils d’un autre âge et à des prix exorbitants. Ce fonds doit favoriser l’émergence de la concurrence. » A ce jour, celui-ci a investi dans quatre start-ups (Wekeera, Juriactes, Myunisoft et Wellcov). Le choix de la structure par commandite ? « J’ai dit dès le départ que la gouvernance de ce fonds devait être séparée du Conseil national pour éviter de se retrouver confronté à des changements de politique. La gouvernance d’une société d’investissement doit être pérenne dans le temps », justifie Lionel Canesi, conseillé sur ces aspects par le cabinet Delsol Avocats.

In fine, Drakarys a amassé près de 7,7 millions d’euros auprès de 2.200 cabinets d’experts-comptables et de 35 personnes physiques ayant participé à la genèse du projet, dont Lionel Canesi. « Je suis président bénévole de la structure d’investissement et ma participation ne représente que 0,12 % du capital. Depuis le coup d’État du 21 décembre, la nouvelle direction de l’Ordre cherche à détruire ce qu’on a fait pour m’empêcher de me représenter en 2024 », estime l’ancien président du Cnoec.

Lionel Canesi aurait pu céder ses titres dans Drakarys après sa destitution, une option d’ailleurs conseillée par le commissaire du gouvernement (qui assure la tutelle des pouvoirs publics sur l’Ordre). Mais il a refusé. « Si j’avais cédé ma place, j’aurais eu l’impression de trahir mes électeurs », explique l’expert-comptable corse. Prochaine étape le 15 juin : la justice examinera le dossier sur le fond, en laissant cette fois-ci la parole à l’ancien président de l’Ordre.