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Finance - Conseil

Le fonds FnB Private Equity (Mousline, Valade…) se bat pour sa survie

Plombé par la liquidation de Cafés Legal et la défection de plusieurs investisseurs, ce jeune acteur du private equity, spécialisé dans l’agroalimentaire, a stoppé la levée de son deuxième véhicule.

Mousline est détenu par FnB Private Equity depuis 2022.
Mousline est détenu par FnB Private Equity depuis 2022. RICCARDO MILANI / Hans Lucas via AFP

La vie de FnB Private Equity n’est pas un long fleuve tranquille, bien au contraire. Il y a cinq ans, ce jeune acteur du non coté spécialisé dans l’agroalimentaire avait déjà connu une situation de crise majeure, avec la révocation de son président Antoine Sage, poussé vers la sortie par ses deux autres associés, Olivier Marchand et Valérie Lutt. Aujourd’hui, il se bat pour sa survie en raison de l’échec de la levée de son deuxième fonds. Selon nos informations, FnB Private Equity a été contraint d’arrêter le compteur de ce véhicule à 65 millions d’euros en janvier, contre 200 millions espérés initialement.

En septembre 2023, FnB Private Equity - notamment connu pour avoir racheté Mousline à Nestlé il y a deux ans - avait pourtant annoncé dans le média spécialisé Cfnews avoir amassé 100 millions d’euros dans le cadre du premier closing de son deuxième fonds. Mais plusieurs institutionnels qui évaluaient l’opportunité d’investir dans ce nouveau véhicule ne l’ont finalement pas fait, à l’image du Fonds européen d’investissement (FEI), de Bpifrance ou bien encore du fonds de retraite de la Banque de France. Dans le détail, l’institution européenne, filiale de la Banque Européenne d’Investissement, ambitionnait d’y investir jusqu’à 40 millions d’euros. De leurs côtés, la banque publique et l’institution présidée par François Villeroy de Galhau étaient prêtes à injecter 15 millions. « Des investisseurs ont signé dans ce deuxième fonds en pensant que ces grands noms seraient aussi de la partie », note un proche du dossier - une version confirmée par l’un d’eux.

Contactée, la direction de FnB Private Equity assure avoir « pris la décision de communiquer sur ce premier closing car (elle était) bien en possession du bulletin de souscription du FEI, signé en décembre 2022. » Le retrait de cette institution, référence dans l’univers du non coté français, s’explique en fait par le dérapage du dossier Café Legal, placé en redressement judiciaire en octobre 2024 et dont l’Informé avait dévoilé la liste des candidats au rachat en novembre. En 2022, le fonds avait repris le torréfacteur normand à Michel Ohayon pour une bouchée de pain et investi un total de 19 millions d’euros pour le relancer, mais le triplement du cours du café a tout fait dérailler. La liquidation judiciaire a été actée quelques jours avant Noël, mettant fin à un parcours de 175 ans. Devoir fiduciaire oblige, l’acheteur a aussi, selon nos informations, engagé une procédure judiciaire contre l’homme d’affaires bordelais. Plusieurs sources évoquent un dol, ce qui sous-entendrait que le vendeur a cherché à dissimuler l’état réel de santé de l’actif. Sur ce point, FnB Private Equity confirme avoir lancé une « procédure en contentieux » auprès de l’ancien actionnaire, sans plus de précisions. Ce dernier n’avait pas répondu à nos sollicitations à l’heure de notre publication. Alvarez Marsal et Exelmans, respectivement chargés des due diligences vendeur et acheteur, ne sont quant à eux pas ciblés.

« La dissolution de l’Assemblée nationale ne nous a pas non plus aidés, précise Valérie Lutt, associée fondatrice de FnB Private Equity. Cette décision a pesé sur le moral des ménages et sur les décisions stratégiques des entreprises. » Combative, cette professionnelle issue du monde du marketing (Benedicta, Kraft Heinz) travaille activement au déploiement du dernier fonds - lequel compte officiellement une deuxième participation grâce à l’acquisition à l’été dernier des activités « aliments pour bébé » en France de Nestlé. Une troisième opération est attendue dans les prochaines semaines, mais aucun deal n’a encore été bouclé. À terme, ce fonds « article 9 » (à objectif d’investissement durable) pourrait compter jusqu’à cinq opérations, sachant qu’il est aussi capable de mener des opérations minoritaires (contrairement à son prédécesseur).

Et après ? Le scénario privilégié par la direction de FnB Private Equity reste celui d’un rebond axé sur les bonnes performances de ses participations, passées et futures. Ce qui pourrait l’inciter à revenir frapper à la porte des investisseurs pour un fonds de troisième génération d’ici deux ans. Mais la situation reste fragile. Avec la flambée des matières premières, nombre d’entreprises de l’agroalimentaire ont vu leur marge fondre, en dépit d’un léger mieux ressenti depuis quelques mois. Qui plus est, les cessions restent rares pour cette structure qui ne bénéficie pas d’agrément AMF et passe par le luxembourgeois Alterdomus. Sur son premier fonds de 2018 n’en a réalisé jusqu’alors qu’une seule : le spécialiste du foie gras Lartigue & Fils, racheté il y a déjà trois ans par le Groupe Baserra. Un processus de cession avait bien eu lieu l’an dernier sur l’une de ses participations emblématiques, le fabricant de compotes et confitures Valade, sans pour autant qu’il aboutisse. Rappelons au passage que les frais totaux prélevés dans l’industrie du non coté par les gérants de fonds avoisinent 17 %, étalés sur une dizaine d’années. Une facture qui vient complexifier la capacité à présenter une performance honorable lorsqu’une ou plusieurs participations d’un fonds sont en souffrance.

Si le scénario d’un rebond de FnB n’est pas totalement exclu, nombre d’observateurs estiment cependant plus probable son adossement à un autre acteur du marché. Des discussions seraient en cours, mais rien n’a été acté à ce stade.