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Continuer la lectureLa prof d’université avait bien le droit de créer son business de coaching
Une physiologiste reconnue a écopé de six mois de suspension pour avoir exercé une activité d’entrepreneuse en parallèle de son métier d’enseignante-chercheuse à Évry-Paris Saclay. Le Conseil d’État a retoqué la décision du président de la fac.
Pour les journalistes sportifs, Véronique Billat est une bonne cliente, le genre d’experte capable de livrer une analyse argumentée sur des records en tous genres. Il y a quelques mois par exemple, cette physiologiste reconnue, chercheuse à l’université d’Évry-Paris Saclay, expliquait aux médias la performance d’Eliud Kipchoge, vainqueur du marathon de Berlin en 2 h 01. Et bien, cette année, c’est auprès des sages du Conseil d’État que sa capacité d’argumentation a fait mouche. Sa fac l’avait suspendue sous prétexte qu’elle développait un business de coach en marge de son activité d’enseignante ? Elle a su démontrer que cette sanction était infondée. Une bonne nouvelle pour elle, bien sûr, mais aussi pour nombre de ses collègues profs-entrepreneurs : des chaires d’économie aux facs de psycho, le mélange des genres public-privé suscite partout des conflits.
Ici, l’histoire commence mi-2020. Cette année-là, sur délégation de la ministre de l’enseignement supérieur, l’université d’Évry-Paris Saclay prononce six mois de suspension contre Véronique Billat. Parmi divers griefs avancés pour justifier la sanction, le président de l’époque, Patrick Curmi, dénonce notamment une double casquette universitaire-entrepreneuse gênante. C’est un fait, la physiologiste a créé deux sociétés : Billatraining concept, liquidée en 2020, et Billatraining SAS, une structure toujours active dont elle est la bénéficiaire directe. Via sa petite entreprise, l’experte dispense, grâce à ses recherches académiques, du coaching sportif auprès d’athlètes et de clubs professionnels. « Un programme à 100 % personnalisé, garantissant à chacun une progression en trois mois principalement en apprenant à se reconnecter à ses propres sensations », promet le site internet de la société. Un business dont le chiffre d’affaires s’élevait à 72 000 euros en 2018 (derniers comptes publiés).
La fac reproche à Véronique Billat l’exercice de cette activité professionnelle « à des fins lucratives en l’absence de toute autorisation de cumul » ainsi que « l’utilisation du matériel de l’université et du laboratoire qu’elle dirigeait à des fins lucratives ». L’avocate en droit public Anne-Andréa Vilerio le confirme, les enseignants-chercheurs exercent une mission de service public qui les empêche « de cumuler des activités lucratives, à moins d’avoir demandé cette autorisation auprès de leur hiérarchie ». Une règle d’or pour tenter de préserver leur indépendance et ainsi limiter les conflits d’intérêts. Il en va de même pour l’utilisation du matériel, soumise à une autorisation distincte. « Sinon ça pourrait être considéré comme un détournement de biens publics », rappelle l’avocate.
Une sanction disciplinaire disproportionnée
Mais dans ce cas précis, sans confirmer ni infirmer ces motifs, le Conseil d’État a considéré que la poursuite des activités de l’intéressée au sein de l’université ne représentait pas « des inconvénients suffisamment sérieux […] pouvant justifier, outre l’engagement de poursuites disciplinaires, la suspension » de la professeure. Aux yeux des sages, la sanction est jugée démesurée en somme.
D’autres manquements ont été invoqués par l’université, sans davantage d’effet. Par exemple, alors que l’ancienne sportive de haut niveau encadre des thèses sur l’exercice de la course à pied, l’arrêté faisait part de soupçons relatifs à la « conduite d’expérimentations sur des êtres humains sans autorisation préalable » menées par une de ses doctorantes. Une formulation inquiétante à coup sûr… Mais le Conseil d’État l’a rapidement balayée. Et pour cause, dans un courriel adressé à l’étudiante, Patrick Curmi indiquait que le Comité de protection des personnes lui avait octroyé un avis positif et reconnaissait que les expérimentations en question avaient bien eu lieu après cet assentiment…
Le recours pour « excès de pouvoir » lancé par la professeure a donc porté ses fruits. Elle n’a pas souhaité apporter de commentaires à L’Informé. L’université non plus.
Une réponse de Véronique Billat
Ce « business » (entreprise en français) permettait de financer des bourses de thèses en contrat CIFRE et les cours des activités de recherche d’un domaine souvent négligé : celui de l’entraînement personnalisé sur de réelles bases scientifiques. Le Pr véronique billat était entièrement bénévole.