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Continuer la lectureLa Poste : déjà une flopée de candidats pour la présidence
Au moins trois candidatures internes ont émergé pour succéder au printemps au PDG Philippe Wahl, âgé de 68 ans. Le poste est aussi visé à l’extérieur, notamment par des politiques.
Rien ne doit bouger avant le 27 février prochain et l’annonce des résultats 2024 de La Poste. C’est du moins le souhait de Philippe Wahl. Contraint par la limite d’âge à lâcher son fauteuil de PDG du groupe postal en juin prochain, le patron de 68 ans tente de sécuriser au mieux sa succession. À la manœuvre depuis quelques mois pour protéger le premier employeur privé du pays (232 000 salariés) d’un parachutage extérieur, il a obtenu de l’Agence des participations de l’État (APE) que le processus de sélection d’un nouveau PDG ne soit lancé qu’après le conseil d’administration du 27 février.
« Il reste aujourd’hui de grands sujets de discussions avec l’exécutif, comme la compensation insuffisante des missions de service public*, souligne une source interne. Chaque année, cela représente tout même plus d’1 milliard d’euros de coût supplémentaire pour La Poste. Philippe Wahl ne veut pas entendre parler de sa succession avant que la question ne soit réglée et les comptes 2024 validés. » Pour le partant, qui entend passer la main dans les meilleures conditions, l’objectif serait aussi que le processus de succession se déroule en partenariat avec l’APE. « Il faut éviter à tout prix que l’entreprise et l’État ne s’affrontent sur le process, indique un acteur des sphères publiques. Le directeur de l’APE, Alexis Zajdenweber, est sous une forte pression de l’Élysée ce qui l’amène à beaucoup de maladresses avec les patrons du secteur public, comme à Aéroports de Paris ou chez EDF. »
Voilà pour les espoirs de Philippe Wahl. Mais, dans les faits, plusieurs candidatures ont déjà émergé en interne. La plus ancienne (révélée par l’Informé) est celle de Nathalie Collin, la directrice générale adjointe, chargée de la branche grand public et numérique, qui a confirmé son ambition à beaucoup au sein du groupe. « Elle fait campagne, c’est certain, observe un délégué syndical. Elle rencontre les responsables en régions, les élus locaux et les représentants du personnel, elle fait tout le nécessaire pour que le dialogue social dans sa branche soit excellent. Il faut reconnaître qu’elle fait bien le job. » La dirigeante a entendu les conseils qui lui recommandaient d’assouplir un « caractère autoritaire » et de « la jouer plus collectif », afin que sa candidature reçoive plus de soutiens à tous les étages de l’entreprise.
Cette diplômée de l’Essec, passée par Virgin Music France, Libération et le Nouvel Obs, s’emploie aussi à combler les lacunes de son parcours en matière financière. Car le groupe, qui comptait déjà La Banque postale, est devenu un établissement foncier de premier plan en intégrant CNP Assurances en 2020. Le nouveau pôle est maintenant la vache à lait du groupe, avec 2,1 milliards d’euros de bénéfices d’exploitation dégagés en 2023, soit 126 % du résultat total. « Philippe Wahl lui reconnaît à la fois des compétences professionnelles et une personnalité, avec de belles réussites au sein de La Poste, indique un administrateur. Il lui a permis de progresser sur les questions financières en lui faisant intégrer le conseil de surveillance de la Banque Postale, puis, en mai dernier, le conseil d’administration de CNP Assurances. »
Si beaucoup au conseil d’administration considèrent que l’expérience de direction d’institutions financières est essentielle pour le choix du prochain dirigeant de La Poste, un nom revient rapidement sur toutes les lèvres : celui de Stéphane Dedeyan. Il est le président du directoire de la Banque postale depuis le départ de Philippe Heim en 2023 et directeur général adjoint du groupe. « C’est un financier plutôt sympathique et il se débrouille pas mal pour redresser l’activité bancaire, affirme un dirigeant. Il n’est pas candidat, mais il le sera si on lui demande. » Cet HEC a aussi l’avantage de très bien connaître Eric Lombard, le patron de la Caisse des dépôts et consignations, avec qui il constituait un binôme chez l’assureur Generali. « Avec 66 % du capital, la Caisse est le nouvel actionnaire majoritaire du groupe La Poste : elle voudra certainement pousser ses pions pour marquer son territoire même si la décision finale revient au président de la République et au Premier ministre, juge un dirigeant du bras armé de l’État. Elle peut pousser son numéro deux, Olivier Sichel, ou Stéphane Dedeyan, qui a l’avantage d’être à la fois l’ancien patron de sa filiale CNP Assurances et déjà au cœur du groupe La Poste. » Certains estiment toutefois son transfert vers la présidence prématuré. « Ce serait déshabiller Pierre pour habiller Paul : Stéphane Dedeyan ferait un excellent PDG, mais il faut qu’il reste encore deux-trois ans à la tête du pôle bancassurance, met en garde aujourd’hui un administrateur. Il a encore à achever le redressement de la banque de détail et la modernisation des outils. Lui seul, en tant qu’ancien patron de CNP Assurances, peut avancer sur la convergence des métiers de banque et d’assurance et construire un vrai modèle de développement. »
Un troisième candidat issu du comex de La Poste pourrait en profiter : Philippe Dorge, le directeur général adjoint chargé de la branche Services-Courrier-Colis, l’activité postale à destination des entreprises et Colissimo. « Il s’est imposé comme un pilier du groupe en tenant d’une main de fer sa branche, qui n’est pas en attrition malgré le recul de l’activité courrier, observe un cadre. Le colis pour les entreprises se porte bien et les services commencent à émerger avec un chiffre d’affaires qui s’approche du milliard d’euros. »
La préférence de Philippe Wahl va certes à un successeur en interne au groupe, mais le jeu s’ouvrira en grand à partir de mars avec l’entrée en lice de candidats issus du secteur privé. Quelques noms sont déjà cités, comme celui de Marie Cheval, une inspectrice des finances devenue la numéro deux de Patrick Werner à la Banque postale, qu’elle a contribué à fonder. Passée par Société générale et Boursorama, elle préside aujourd’hui la foncière de Carrefour. La directrice de SNCF Gares & Connexions, Marlène Dolveck, ne cache pas qu’elle serait intéressée par un retour à La Poste, où elle fut directrice de la gestion de fortune et membre du comex de la Banque postale jusqu’en 2017.
Mais c’est surtout côté politique que cela s’agite. Stanislas Guerini, l’ancien ministre de la fonction publique dans le gouvernement d’Élisabeth Borne, a ainsi fait savoir qu’il était intéressé par La Poste. Dépourvu de mandat depuis son échec aux élections législatives de juillet dernier dans la 3e circonscription de Paris, cet ancien élève d’HEC cherche à rejoindre une entreprise. L’ancien ministre de l’industrie Roland Lescure s’est aussi manifesté. Il a fait valoir son expérience financière, comme numéro deux du fonds de pension canadien CDPQ, actionnaire en France d’Alstom, de Keolis et gros propriétaire immobilier via sa filiale Ivanhoé Cambridge. Mais depuis l’entrée de François Bayrou à Matignon, le député (Renaissance) des Français établis en Amérique du Nord table sur le soutien d’Alexis Kohler, le puissant secrétaire général de l’Élysée, pour faire son retour à Bercy comme ministre de l’économie.
« Le jour où la chasse de têtes sera ouverte, il y aura pléthore de candidats issus de la politique qui lèveront le doigt pour signaler que la présidence de la Poste les intéresse », anticipe un administrateur qui juge leur chance d’arriver à leurs fins assez faibles du fait d’une forte résistance en interne. Les anciens cabinets ministériels regorgent de hauts fonctionnaires susceptibles de réclamer le fauteuil de PDG de La Poste à Emmanuel Macron. Il est certain qu’Emmanuel Moulin, l’ancien directeur de cabinet de Gabriel Attal à Matignon, ou Jérôme Fournel, celui de Michel Barnier, feront partie des discussions pour les prochains hauts postes à attribuer. « Ce seront des candidats naturels qui décrocheront facilement un soutien de l’Élysée et de la Caisse des dépôts, observe un bon connaisseur de la sphère publique. Mais il faudra mesurer leur capacité à piloter et défendre un paquebot de plus de 200 000 salariés répartis sur l’ensemble du territoire. »
* Le groupe La Poste assume quatre missions de service public pour le compte de l’État, qui lui verse chaque année une compensation financière : le service universel postal, la contribution à l’aménagement du territoire avec le maintien de 17 000 points de vente sur le territoire, le transport et la distribution de la presse et l’accessibilité bancaire.