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Finance - Conseil

L’histoire secrète du Spac avorté d’Eurazeo, Bpifrance et Partech

Three4Tech espérait lever 300 millions d’euros en Bourse pour acheter une licorne française. Les dessous d’un renoncement.

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ERIC PIERMONT / AFP

Après avoir enflammé Wall Street et déferlé sur le Vieux continent, les « Special Purpose Acquisition Companies » (Spac) ont peu à peu disparu des marchés financiers. Le principe de ces véhicules d’investissement ? Viser des cibles non cotées d’un secteur, s’introduire en Bourse pour lever des fonds et réaliser une acquisition avec la somme obtenue. Mais plusieurs de ces coquilles vides ont même été contraintes de rebrousser chemin avant même leur IPO. C’est notamment le cas de Three4Tech, radié en mars selon nos informations. Ce Spac était pourtant porté par un trio d’investisseurs prestigieux : Eurazeo, Bpifrance et Partech, a appris l’Informé.

Créée fin 2021, cette structure avait l’ambition de lever près de 300 millions d’euros sur la place financière parisienne, dans le but de racheter l’une des licornes de la tech européenne, et si possible française. Une cinquantaine de cibles avaient été préalablement identifiées, dont certaines bien connues du grand public, comme le site de bricolage et jardinage ManoMano. « Le rachat de la plateforme de e-commerce aurait cependant posé des problèmes de conflit d’intérêts, car Eurazeo, Bpifrance et Partech, à l’initiative de ce Spac, figurent tous deux au capital de la pépite tricolore », estime un observateur. Autre objectif affiché : apporter un outil supplémentaire aux jeunes pousses françaises pour faciliter leur introduction en Bourse et, par ricochet, éviter de les voir tomber dans le giron d’investisseurs étrangers.

Le projet était ambitieux et très avancé. Selon nos informations, Deutsche Bank avait obtenu un mandat de coordinateur global de l’opération. Un rôle qu’apprécie particulièrement la banque allemande, celle-ci ayant été partie prenante de la plupart des Spac en Europe. Le cadre juridique avait quant à lui été confié au cabinet d’avocats d’affaires Racine, lui aussi incontournable dans ce type d’opérations. Enfin, Three4Tech avait présenté sa candidature au comité Tibi, dont le plan éponyme vise à favoriser le financement des entreprises technologiques. Cette grande initiative avait été lancée par Bercy il y a trois ans et prévoyait de réunir une enveloppe de 6 milliards d’euros d’ici fin 2022, grâce à la contribution des investisseurs institutionnels. Une aubaine pour le Spac… qui ne lèvera finalement pas 1 euro.

Un problème de « time-to-market »

La raison ? Elle tient en un anglicisme : le « time-to-market ». « Les délais de commercialisation des Spac avaient commencé à être moins bons aux Etats-Unis. On a senti que le marché se retournait, note un proche du dossier. Dans ce contexte, il aurait été difficile d’arriver avec ce projet, même si l’attelage était le bon. » Eurazeo est connu pour avoir investi dans la plupart des licornes françaises, à l’instar de Doctolib, Vestiaire Collective, Back Market, Qonto ou bien encore Contentsquare. De son côté, Partech a financé près de 200 start-ups depuis sa création, dont certaines valent plus d’un milliard de dollars, comme Alan, Bolt, Sorare, Toss, Wave et People.ai. Enfin, Bpifrance soutient capitalistiquement onze licornes françaises, sur un total d’une trentaine référencées l’an dernier dans tout l’Hexagone. « Avoir raison trop tôt c’est avoir tort, mais avoir raison trop tard, c’est avoir tort aussi », ironise l’un des gérants.

Certains soulignent que le projet aurait été abandonné après les déboires rencontrés par la plateforme de streaming musical Deezer. La licorne déchue avait été rachetée en 2022 par le Spac I2PO, créé par Matthieu Pigasse, la famille Pinault (via Artémis) et Iris Knobloch, ex-Warner Music, sur la base d’une valeur d’entreprise de plus d’un milliard d’euros juste avant l’opération. Lors du premier jour de cotation de Deezer, le titre avait décroché de 29 %. Aujourd’hui, son cours de Bourse reste inférieur de 70 % à celui de son introduction. Une déception s’expliquant notamment par le repli des valeurs technologiques - lesquelles ont ensuite été les premières victimes du resserrement monétaire des banques centrales. « Entrer en Bourse sans avoir une valorisation d’au moins 3 ou 4 milliards d’euros est aujourd’hui compliqué », estime un banquier. De quoi laisser le champ libre aux investisseurs du non coté, même si ces derniers ont aussi essuyé les plâtres du dégonflement des valeurs tech.