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Continuer la lectureChez Défense Conseil International, le management du PDG Samuel Fringant lourdement sanctionné
La cour d’appel de Paris a reconnu la réalité du harcèlement moral subi par un ancien cadre du groupe spécialisé dans la formation des armées étrangères.
Voilà qui fait mauvais genre pour un prestataire attitré du ministère des Armées, créé pour « contribuer au rayonnement de la France ». Chargé d’exporter l’expertise tricolore en matière de savoir-faire militaire, Défense Conseil International (DCI) vient de voir sa direction lourdement sanctionnée pour son management. La cour d’appel de Paris a donné raison à un ancien cadre du groupe qui, victime de harcèlement moral et licencié pour inaptitude en août 2020, avait saisi la justice : l’organisme a été condamné à lui verser 158 127,34 euros, dont 90 000€ de dommages et intérêts pour licenciement nul.
Dans la ligne de mire de cet ancien responsable grand compte ? Le PDG de DCI, Samuel Fringant, précédemment passé par Idemia et le cabinet de Nicolas Sarkozy. Selon le plaignant, le patron aurait commis au moins deux agressions verbales à son égard en l’espace de dix mois, entre février et octobre 2019. Des mots assez vifs pour provoquer un « état dépressif réactionnel », ayant nécessité un traitement médicamenteux et un suivi psychologique.
La première scène se déroule le 11 avril 2019, lors d’une réunion en présence des principaux directeurs de la société. « [Samuel Fringant] a dit [au salarié] que le projet présenté par lui était “abracadabrantesque” », atteste un témoin, général (2S) de gendarmerie. « Le climat de la réunion s’étant alors brusquement tendu, le directeur de la branche COFRAS (…) a [ensuite] remis de la sérénité dans les débats ».
Cinq mois plus tard, le 3 octobre 2019, une nouvelle altercation survient à l’occasion d’une réunion rassemblant plusieurs hauts responsables de Défense Conseil International. Frustré que son collaborateur ne parvienne pas à répondre aux questions qui lui sont posées, le manager le recadre sèchement et lui intime de quitter la pièce. « Me faire traiter d’ignorant (…) par le PDG parce que je ne connais pas par cœur l’organigramme de la représentation permanente de la France auprès de l’UE, (...), c’est trop », dénonce le salarié dans un mail adressé le 3 octobre 2010 à la directrice des ressources humaines et à celui du développement. « Me faire insulter, me faire sortir comme un malpropre de son bureau devant toi, (…) avoir la boule au ventre, j’ai mieux à faire. »
Ce nouvel incident lui vaut alors le soutien de plusieurs responsables présents, par e-mail. « Je regrette très sincèrement cette situation ; entre gens de bonne éducation, cela ne doit pas arriver », écrit le responsable zone Arabie Saoudite. « Je regrette que la situation soit ce qu’elle est au bureau », indique le responsable de l’ingénierie commerciale. « Je suis navré par la situation actuelle », ajoute le responsable de l’intelligence économique.
Le jour même, le salarié est arrêté par son médecin pour « burn-out » et « état dépressif réactionnel ». D’une durée initiale d’un mois, l’arrêt de travail est prolongé à plusieurs reprises jusqu’à ce que le soignant considère que le salarié ne peut reprendre son activité professionnelle, « compte tenu du stress vécu sur son lieu de travail nécessitant toujours, à ce jour, la prise d’un antidépresseur ainsi qu’un suivi psychologique spécialisé. »
Des échanges avec d’autres cadres, versés à la procédure, attestent du climat tendu dans l’entreprise à l’époque des faits. Dès son arrivée à la tête de DCI début 2019, Samuel Fringant avait en effet « détricoté » l’organisation mise en place par son prédécesseur Jean-Michel Palagos et engagé une logique de réduction des coûts, qui s’était accompagnée du départ de plusieurs directeurs, comme dévoilé à l’époque par La Lettre. La structure a entretemps été rachetée par le groupe d’intelligence économique ADIT fin 2023.
Étant donné que DCI n’a pas produit d’éléments objectifs à même d’infirmer la version des faits présentée par l’ancien salarié, la cour d’appel de Paris a retenu qu’il avait été victime de harcèlement moral et prononcé la résiliation judiciaire du contrat de travail. Un retournement de situation puisqu’en première instance, les prud’hommes avaient débouté le cadre.
Contactés, les parties et leurs avocats n’ont pas souhaité commenter la décision.