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Finance - Conseil

Business France prend les devants face au coup de rabot budgétaire

L’opérateur en charge d’aider les entreprises françaises à l’export anticipe un recul de 16 millions d’euros de sa subvention annuelle, soit 15 %.

L’ancien président de Business France, Pascal Cagni, et Emmanuel Macron lors d’un évènement Business France à Davos, en 2024.
L’ancien président de Business France, Pascal Cagni, et Emmanuel Macron lors d’un évènement Business France à Davos, en 2024. LUDOVIC MARIN / AFP

Officiellement, aucune notification n’a été signifiée à l’organisme français d’aide à l’export, Business France. Mais selon nos informations, sa direction générale par intérim anticipe d’ores et déjà un recul de 16 millions d’euros de la subvention de l’État dans son budget prévisionnel, qui atteindrait 90 millions d’euros en 2025 contre 106 millions en 2024. Un tour de vis sévère qui impose nécessairement une révision à la baisse des activités, alors que des efforts sur la productivité ont déjà été faits les années précédentes. La décision a été prise par le directeur général par intérim, Benoit Trivulce.

En 2024 déjà, Business France avait vu son budget reculer de 5 millions d’euros par rapport au contrat d’objectif pourtant signé avec l’État fin… 2023. Réuni le 12 mars, le conseil d’administration de l’organisation s’est penché sur les conséquences de ce coup de rabot. Si les aides au recrutement au travers du Volontariat International en Entreprise, un business particulièrement rentable, ne seront pas affectées, le conseil à l’export et l’aide à l’installation en France d’entreprises étrangères seront forcément impactés. Ainsi, la présence de Business France sur des salons étrangers devrait encore reculer, après être passée de 135 à 109 événements entre 2023 et 2024.

« On se retrouve presque avec le budget d’aide à l’export de la Wallonie !, regrette Dominique Picard, élu du CSE de l’organisation. Et alors que les droits de douane américains s’envolent et que certains secteurs comme l’automobile, la chimie et les semi-conducteurs risquent de souffrir de l’offensive chinoise. » Contrairement à ses homologues européennes, Business France facture un certain nombre de prestations, ce qui lui permet d’avoir le taux d’autofinancement le plus élevé, et de loin. Soit 53 % en 2024, et près de 60 % en 2025 en prenant en compte une subvention de 90 millions d’euros. À titre de comparaison, son équivalent italien, l’Italian Trade Agency bénéficie d’une aide de 250 millions d’euros, contre 275 millions d’euros pour le « Department for business & trade » au Royaume-Uni.

La question des exportations est pourtant au cœur des préoccupations de l’Élysée, qui a annoncé pour le mois de mai un « Conseil présidentiel du commerce extérieur » dont Business France doit se charger. Et au niveau européen, l’association European Promotion Europe qui rassemble Business France et ses pairs envisage de se développer, avec un nouveau pôle sur le réarmement industriel et militaire…

L’opérateur paie-t-il le fait de n’avoir personne à sa tête ? Voilà en effet 6 mois que l’organisation n’a plus de direction générale, après le départ de Laurent Saint-Martin en septembre pour le gouvernement Barnier. En interne, le moral des troupes est en berne. Au point que les organisations syndicales UNSA et FO se sont fendu d’un communiqué commun, et tentent actuellement de faire entendre leur voix en rencontrant des élus, ainsi que leurs tutelles. Parmi les candidats pressentis, Olivia Grégoire a jeté l’éponge. Louis Margueritte, ex-directeur de cabinet de Bruno Le Maire et également un temps candidat, est ensuite parti conseiller le Premier Ministre François Bayrou.

Entre-temps, le processus de recrutement chapeauté par Martin Vial a distingué plusieurs candidatures, dont celles de Victoire Vandeville, conseillère à l’Élysée, de Gabriel Cumenge de la direction générale du Trésor ainsi que de l’actuelle directrice générale déléguée de Business France, Marie-Cécile Tardieu. L’inspecteur des finances Benjamin Dubertret serait aujourd’hui favori. Mais le nécessaire accord entre les trois tutelles (Bercy, Quai d’Orsay, Intérieur) pour proposer un nom qui ait par ailleurs l’aval de l’Élysée pose visiblement problème. La fusion avec Atout France - l’Agence de développement touristique de la France - imaginée par le gouvernement Barnier a aussi du plomb dans l’aile. Plusieurs organisations professionnelles du tourisme sont montées au créneau pour la dénoncer, de même que le MEDEF et la CPME. La ministre déléguée au Tourisme a évoqué des mutualisations de moyens plutôt qu’une fusion, même si la question ne semble pas officiellement tranchée.