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Continuer la lectureAu bord du gouffre, la plateforme d’intérim Iziwork cherche à sauver sa peau
Tout juste rentable en France et en Italie, ce leader de l’intérim en ligne (pour Carrefour, Fnac-Darty et Casino par exemple) est lâché par son garant et croule sous les dettes. Les repreneurs potentiels se font rares.
L’ubérisation de l’intérim a du plomb dans l’aile. Iziwork, l’un des principaux représentants français de ce marché avec près de 50 000 intérimaires employés l’an dernier, est en conciliation (une procédure amiable de prévention des difficultés des entreprises), a appris l’Informé. Le Comité intermin...
En 2021, elle avait rejoint le French Tech 120, un programme d’accompagnement public pour les jeunes pousses en fort développement et en capacité de devenir les leaders technologiques de rang mondial. La même année, elle a aussi levé 35 millions d’euros auprès d’un nouvel investisseur, Bpifrance, et de ses deux partenaires financiers historiques, le fonds franco-chinois Cathay Innovation et de l’allemand GFC Rocket Internet - lequel a été contraint de réduire massivement la voilure il y a quelques mois, comme le révélait le média britannique Sifted. Au total, pas moins de 55 millions d’euros ont été injectés depuis la création de la start-up en 2018.
Mais selon nos informations, ces investisseurs n’envisagent pas de repasser à la caisse, et Bpifrance est aujourd’hui coincé par sa stratégie consistant à n’investir qu’en accompagnement d’autres fonds. Or Iziwork se retrouve face à deux problèmes d’envergure : bien que rentable depuis peu en France (comme l’évoquait son dg Jérôme Bouin dans Les Échos en octobre 2022) et en Italie, elle ne peut plus rembourser ses dettes fiscales et sociales. Au 31 mai, elle était redevable de 16 millions d’euros de TVA et d’URSSAF… une somme qui augmente chaque mois de plusieurs millions d’euros. La société affiche aussi près de 10 millions de dettes bancaires, dont un prêt garanti par l’État. « Une bonne partie de la forte croissance d’Iziwork s’est faite en signant des contrats peu ou pas rentables auprès de grands comptes (ndlr : Carrefour, Fnac-Darty, Casino…), friands d’intérimaires, note un fin connaisseur du dossier. Pour gérer ces contrats tripartites, Iziwork délègue à des autoentrepreneurs, appelés les « Partners » d’Iziwork, une grande partie des tâches qui incombent habituellement aux agences d’intérim traditionnelles, et avec lesquels ils doivent partager une partie des honoraires. » Une particularité venant réduire mécaniquement la marge de la jeune pousse fondée par Alexandre Dardy et Mehdi Tahri.
Mais il y a plus grave : Iziwork devrait prochainement perdre son garant, Atradius. Ce spécialiste français de l’assurance-crédit, du recouvrement et de la caution lui apporte son soutien depuis le début de l’aventure, pour lui permettre de répondre aux obligations réglementaires qui incombent à toutes entreprises de travail temporaire (la garantie financière devant être au minimum de 8 % du chiffre d’affaires de l’année précédente). Atradius, qui n’a pas souhaité commenter, n’aurait plus confiance dans la solidité financière de la start-up et prévoirait de rompre son partenariat, au plus tard à fin septembre. Iziwork afficherait 240 millions d’euros de volume d’affaires annuel, dont 180 en France.
Des discussions avec Gojob
Faute de réussir à lever plusieurs dizaines de millions d’euros fin 2022, Iziwork a emprunté 4 millions d’euros d’obligations convertibles auprès de C4 Ventures. Puis a mandaté Cambon Partners pour tenter de trouver un repreneur. Problème : la plupart des grands acteurs stratégiques du secteur ont déjà fait leurs emplettes. À titre d’exemples, Adecco a racheté Qapa en 2021 et Randstad s’est offert Side l’an dernier. Deux noms de concurrents sont évoqués depuis quelques semaines : Gojob et Staffmatch, comme l’évoquait récemment Mergermarket. Le premier, basé à Aix-en-Provence, dispose d’une assise financière renforcée depuis la levée de 23 millions d’euros réalisée auprès de la Banque des Territoires, de Breega Capital, de Kois Invest, d’Alter Equity et d’Amundi, l’an dernier. Le second, situé en région parisienne, est accompagné par BNP Paribas Développement. Mais selon nos informations, il vient de signaler au vendeur qu’il ne souhaitait pas donner suite. Seul Gojob poursuivrait les discussions, avec prudence. Le rôle de l’État, impliqué comme actionnaire (via Bpifrance) et créancier dans Iziwork, sera en tout état de cause prépondérant dans la suite à donner à ce dossier.
Reste que la réputation d’Iziwork n’est pas à son apogée. Radiée de l’organisation professionnelle des entreprises de travail temporaire et de recrutement, Prism’Emploi, elle a aussi été visée par le compte Instagram #Balancetastartup, qui recueille les témoignages de salariés dénonçant les conditions de travail et les dérives managériales.
Contactés, Cambon Partners, Iziwork et ses investisseurs n’ont pas souhaité répondre à nos questions.