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Finance - Conseil

Aide au déménagement : il n’y a plus d’argent pour le Mobili-Pass !

Chargé de verser aux salariés cette aide de 2200 euros, l’organisme Action Logement aura épuisé le budget dédié d’ici fin juin.

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MAGALI COHEN / Hans Lucas via AFP

Le Mobili-Pass passera-t-il l’été ? A priori non. Créée en 2001, cette aide publique de 2200 euros proposée aux salariés en cas de déménagement devrait disparaître ces prochains mois. Action Logement (anciennement connu sous le nom de 1 % Logement), l’organisme paritaire chargé de ce dispositif, l’a annoncé le 4 avril dernier dans une lettre adressée aux entreprises cotisantes. Un courrier que l’Informé a pu consulter. La teneur du message ? 10 600 employés ont déjà bénéficié de ce coup de pouce depuis le début d’année… Si bien que 22,6 millions d’euros ont déjà été engagés, sur un total de 33 millions d’euros prévu en 2023. « L’enveloppe dédiée à cette aide devrait être épuisée au plus tard le 30 juin », précise l’organisme, qui demande à ses cotisants d’adresser leurs demandes avant cette date. Pour les déménagements au second semestre, il est donc déjà trop tard !

Cette aide est pourtant bien utile. Proposée aux salariés d’entreprises de plus de 10 employés, lorsqu’ils déménagent à plus de 70 km de leur domicile, elle permet de payer un professionnel pour dénicher un point de chute idéal et faciliter l’ensemble des démarches administratives. « Avec l’envolée des prix de l’immobilier, ça devient compliqué de trouver un logement, surtout dans les métropoles régionales comme Lyon, Bordeaux ou Nantes », précise un spécialiste du secteur de la relocation. L’an dernier, 17 000 foyers ont ainsi eu recours au Mobili-Pass. De quoi contribuer à réduire (un peu) le nombre d’emplois non pourvus en France, encore à 377 900 au dernier comptage du ministère du Travail, en décembre 2022.

Le statut d’Action Logement au cœur du débat

Le dispositif est financé via la participation de l’employeur à l’effort de construction de construction (PEEC), contribution consentie chaque année par les entreprises de plus de 50 salariés pour soutenir le secteur du logement. Une manne d’environ 1,7 milliard d’euros par an, qu’Action Logement perçoit et utilise pour construire de l’habitat social – la structure détient un cinquième du parc — et assurer des missions ciblées : rénovation des zones urbaines sensibles, revitalisation des villes moyennes, rénovation énergétique. Mais Bercy lorgne de longue date sur cette ressource mirobolante et la ponctionne régulièrement : 500 millions en 2020, 1 milliard en 2021… En 2023, le gouvernement prélèvera 300 millions d’euros. « C’est en partie pour cela que notre budget Mobili-Pass Pass n’est pas extensible, explique-t-on au sein de l’organisme paritaire. Mais il y a d’autres dispositifs pour les salariés, comme le Mobili-Pass Jeune et la garantie Visale », une garantie pour les locataires.

La mise en suspens du Mobili-Pass intervient alors que des négociations complexes sont en cours avec l’exécutif. Le gouvernement veut faire d’Action Logement– une association actuellement gérée par les syndicats du patronat et des salariés chapeautant des sociétés unipersonnelles- une administration publique. Les parties discutent aussi toujours de la convention quinquennale prévue pour la période 2023-2027, qui n’est toujours pas adoptée. Dans l’attente, l’organisme fonctionne avec un budget identique à l’année précédente.

Contacté par l’Informé, le ministère du logement promet « de tracer des perspectives de plus long terme » avec la prochaine convention, tout en indiquant que « le cadre financier est désormais plus contraint ». Le gouvernement assure par ailleurs que « la bonne santé du marché de l’emploi permet un plus grand pouvoir des salariés dans les négociations avec les employeurs ». Et le cabinet d’Olivier Klein d’ajouter : L’important est surtout de trouver des logements abordables et d’en produire, c’est la priorité aujourd’hui.

Les professionnels de la relocation dans l’expectative

Cette situation pose non seulement problème aux salariés désireux de déménager, mais aussi à tout l’écosystème qui vit en partie de ces transferts. Car les entreprises de « relocation » se sont multipliées ces dernières années. « On est chargé de trouver des logements mais aussi des démarches administratives, comme les compteurs de gaz ou d’électricité, et de l’inscription des enfants à l’école », explique un spécialiste du métier. Désormais une centaine, ces sociétés sont représentées par deux syndicats : la FAR-MG (Fédération des Acteurs de la Relocation et de la Mobilité Géographique) et le SNPRM (Syndicat des Professionnels de la Relocation et de la Mobilité), qui plaident tous deux pour la prolongation du système, notamment pour protéger leurs propres emplois. Entre 500 et 800 personnes sont concernées.

Le succès de leur activité a aussi attiré de nouveaux profils d’acteurs, les agences immobilières, dont certaines n’hésitent pas à proposer des appartements sous condition de Mobili-Pass, attirées par le revenu supplémentaire qu’il constitue. On trouve ainsi des annonces, comme ici à Nantes ou Lyon qui l’affichent assez directement. Un dévoiement du système ? L’aubaine risque, en tout cas, de ne plus durer.

“Ma nouvelle Ville” : une centaine de postes menacés

Action Logement avait lancé son propre service de relocation, “Ma Nouvelle Ville”. Doté d’une centaine de salariés et décidé à conquérir un tiers du marché, le service s’est brusquement interrompu comme en témoigne la suspension de son site Internet. Ses salariés sont dans l’expectative : ils ont été prévenus de la liquidation prochaine du dispositif. “Le dossier n’est pas mûr” tempère-t-on chez Action Logement. Et d’autres se veulent rassurants. “Sur un groupe de 19.000 personnes, on peut reclasser facilement les effectifs” assure une source.